Jérôme KervielLe parquet a ouvert lundi une information judiciaire notamment "pour faux et usage de faux" et "introduction dans un système automatisé de données informatiques" dans l'affaire de la "fraude" imputée par la Société Générale à l'un de ses traders, Jérôme Kerviel, a annoncé le procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin. Le parquet va requérir son placement en détention provisoire, a-t-il ajouté au cours d'une conférence de presse.
L'information judiciaire a également été ouverte pour "abus de confiance aggravé par le caractère professionnel de l'auteur" ainsi que pour "tentative d'escroquerie", a précisé Jean-Claude Marin. La peine la plus lourde encourue est celle pour abus de confiance, soit 7 ans d'emprisonnement et 750.000 euros d'amende. "Il ressort des motivations de Jérôme Kerviel qu'il n'a pas agi à son profit direct et personnel", a ajouté le procureur de Paris. Selon Jean-Claude Marin, Jérôme Kerviel a par ailleurs "admis", lors de sa garde à vue, "avoir accompli certains actes et faits pour dissimuler" ses actions sur le marché.
"En l'état, il apparaît qu'un certain nombre d'alertes ont été faites par des responsables de service (de la Société Générale, ndlr) et il semble que ces alertes ont reçu des réponses falsifiées qui ont abouti au constat que les opérations n'étaient pas risquées parce qu'elle étaient couvertes", a également expliqué Jean-Claude Marin.
Propos diffamatoires
La garde à vue de Jérôme Kerviel doit s'achever lundi en début d'après-midi. Lundi matin, son avocat, Maître Christian Charrière- Bournazel, s'est déclaré "convaincu" qu'il serait remis en liberté à l'issue de sa garde à vue. Interrogé sur Europe 1, il a estimé que son client serait "probablement" mis en examen "puisqu'une information est ouverte". Il avait par ailleurs affirmé qu'il n'y avait "aucune raison qu'il soit mis en détention provisoire". "Je suis convaincu (qu'il va retrouver la liberté, ndlr) ou ce serait tout à fait effrayant de penser" que les autorités judiciaires donnent du crédit "à cette politique du bouc émissaire".
Interviewé juste avant lui, le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, a qualifié Jérôme Kerviel de "fraudeur formidablement dissimulateur" pour expliquer comment le trader de 31 ans avait réussi à déjouer tous les systèmes de contrôles internes. "Daniel Bouton prend la responsabilité des propos qu'il tient et qui sont diffamatoires", a réagi Me Charrière-Bournazel. Jérôme Kerviel "est un garçon qui n'a pris aucun intérêt personnel, aucun centime, tout le monde le sait. L'expression de fraudeur est tout à fait déplacée et l'attitude de la banque, elle, est incompréhensible", a poursuivi l'avocat.
Dimanche soir, ses avocats, Elisabeth Meyer et Christian Charrière Bournazel, ont clamé son innocence et mis en cause la banque. Ils l'ont accusée de vouloir "élever un écran de fumée" pour détourner l'attention du public "de pertes beaucoup plus substantielles (...) accumulées notamment dans l'invraisemblable équipée des subprimes" (lire l'article). La banque n'a pas souhaité commenter ces déclarations. Dimanche, le chef de la section financière du parquet de Paris a souligné que l'enquête progressait de manière "extrêmement fructueuse" (lire l'article).
(D'après agence)
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