Société Générale : la banque affirme que la fraude portait sur 50 milliards

le 27 janvier 2008 à 15h03 , mis à jour le 27 janvier 2008 à 18h25

Le trader mis en cause aurait notamment usurpé des codes d'accès et falsifié des documents pour détourner les contrôles.

Société généraleImage d'archives.

La fraude porterait sur 50 milliards d'euros. C'est ce qu'affirme la Société Générale dans une note diffusée dimanche. La banque indique que la hiérarchie du trader et celle de son département n'ont été alertées que le 18 janvier après qu'une position anormalement élevée eut été détectée dans les jours précédents et que les explications fournies par le trader eurent conduit à des contrôles complémentaires. "A ce stade, rien ne permet de penser [que Jérôme Kerviel] a bénéficié de complicités tant internes qu'externes", a déclaré dimanche le patron de la division de banque de financement et d'investissement de la Société Générale, Jean-Pierre Mustier.

Lors d'une conférence téléphonique, ce dernier a précisé que le trader mis en cause a utilisé ses techniques frauduleuses "fin 2006 début 2007, en commençant par de petites transactions". Actuellement en garde à vue à la Brigade financière à Paris, Jérôme Kerviel était chargé d'effectuer des opérations "d'arbitrage" sur des portefeuilles constitués de produits à terme sur trois indices boursiers européens, le Dax (Francfort), le FTSE (Londres) et l'Eurostoxx, un indice composite regroupant des actions d'entreprises européennes. Les opérations d'arbitrage consistent à vendre ou acheter en fonction de l'écart de valeur, souvent minime, entre un portefeuille A et un portefeuille B. "Le trader a introduit au sein du portefeuille B des opérations fictives, afin de laisser croire que ce portefeuille venait bien compenser le portefeuille A qu'il avait acheté", explique la banque.

Usurpation de codes d'accès, falsification

Et pour que ces opérations fictives ne soient pas identifiées, il a privilégié des transactions qui "limitaient les occasions de contrôle", ne donnant pas lieu par exemple à des mouvements de trésorerie. Toujours selon la Société Générale, il aurait aussi usurpé les codes d'accès informatiques d'opérateurs du middle-office et falsifié les documents "lui permettant de justifier la saisie de ses opérations fictives". Le 18 janvier, la Société Générale repère une position "anormalement élevée" qui la conduit à demander à la "contrepartie", c'est-à-dire l'autre intervenant sur le marché avec lequel l'opération est réalisée, si celle-ci a bien eu lieu. "Mais le mail de confirmation apparaît suspect" et "une équipe est immédiatement constituée pour investiguer", souligne le communiqué.

Le 19 janvier, la hiérarchie du trader n'obtient pas de lui des réponses satisfaisantes et la contrepartie indique qu'elle ne reconnaît pas ces opérations. Le lendemain, l'ensemble des positions prises par le trader est chiffré : "environ 50 milliards d'euros". Le PDG de la banque, Daniel Bouton, avertit alors le Gouverneur de la Banque de France et la Société Générale décide de liquider ces positions le plus vite possible. "Au total, l'évolution défavorable des marchés, amorcée par la forte baisse des bourses asiatiques dans la nuit du 20 au 21 janvier, a porté la perte finale totale à 4,9 milliards d'euros", précise la banque. Pour Jean-Pierre Mustier, "la taille de la position", de l'ordre de 50 milliards d'euros selon la banque, "n'est pas une raison pour penser qu'il ait eu des complicités".

Bouton "n'échappera pas à sa responsabilité"

Une thèse à laquelle ne croit pas le député socialiste Pierre Moscovici. "J'avoue ne pas tout à fait croire à la thèse de l'homme isolé, du génie méconnu qui aurait fraudé tout le monde", a-t-il déclaré sur Radio J. "J'en tire quand même une conclusion, c'est que les contrôles, éventuellement, n'ont pas marché. Il y a un échec du contrôle en matière de régulation", a-t-il ajouté. Il estime que la responsabilité de Daniel Bouton, P-DG de la Société générale, est engagée. "Dans aucun autre pays au monde, on pourrait imaginer le président d'une banque qui connaît ce genre de problème gigantesque, (...) se contenter de dire 'je donne six mois de mon salaire'", a-t-il dit. "Il me semble qu'il n'échappera pas à sa responsabilité."

De son côté, le ministre du Budget Eric Woerth a déclaré dimanche croire en la thèse d'une fraude commise par un seul employé de la Société Générale. "C'est un système de fraude, visiblement, qui a été découvert par la Société Générale. Je crois que la Société Générale a dû faire le tour du sujet et met en cause un de ses employés à juste titre", a-t-il dit sur France 5 dimanche. Vendredi, un rapport a été demandé "sous huit jours" par François Fillon à la ministre de l'Economie Christine Lagarde. "Nous sommes en présence d'une fraude massive dont il va falloir expliquer comment elle a pu se produire, de façon à mettre en place les dispositifs permettant d'éviter" la répétition de tels faits, a expliqué le Premier ministre.

(D'après agence)

le 27 janvier 2008 à 15:03
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9 Commentaires

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  • Fred, le 27/01/2008 à 22h40

    Ça sent vraiment la magouille a plein nez et le fameux trader, dont la présomption d'innocence est complètement bafouée, joue le rôle de fusible/bouc émissaire.

  • Norqui, le 27/01/2008 à 21h51

    Les clients de la banque apprécieront le coût de leur compte au vu des sommes englouties et...perdues.

  • Patrice, le 27/01/2008 à 20h47

    Il est urgent que BNP Paribas remette de l'ordre à la SG. AU nom des salariés et des actionnaires, ce n'est plus supportable. Dehors le Top Management et vite!

  • Marc, le 27/01/2008 à 20h36

    Quand je pense que j'ai eu une pénalité de 25 euros pour un prélèvement impayé parcequ'il me manquait 0.50 euros sur mon compte, bravo le système capitaliste.

  • Fred, le 27/01/2008 à 20h32

    Moi je pense jérôme est innocent et qu'il va pouvoir être riche devant les prud'homme ,la SG cache ce que beaucoup de financiers ont perdus sur les marchés boursiers en 2007/2008

  • Mojorisin, le 27/01/2008 à 19h08

    Comme on dit au casino : "la banque saute"...mais à qui le crime profite t'il vraiment, telle est la question!

  • FLORI, le 27/01/2008 à 18h56

    Sept fois plus forts que les milliards déjà dénoncés.C'est plus que grave c'est très pénalisant tant pour cette grande banque que pour ses propres clients qui doivent trembler pour leur patrimoine.Maintenant où sont-ils passés ces milliards en euros (?)?

  • Philippe, le 27/01/2008 à 16h12

    Wow 50 milliards de positions c'est enorme ! c'est quand meme incroyable que les organismes de controle n'aient rien vu.

  • Jean 930, le 27/01/2008 à 15h20

    Il est urgent de demander la démission de la Direction Générale de la Société Générale. Comment peux-ton "spéculer" sur une telle somme sans aucun contrôle?

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