La voiture transportant Jérôme Kerviel arrivant à la Brigade financière à Paris, le 26 janvier 2008 © TF1/LCI 
> L'arrivée de Jérôme Kerviel à la brigade financière
> Les déclarations du parquet sur la garde à vue de Jérôme Kerviel
L'enquête est "extrêmement fructueuse" et "progresse bien". C'est ce qu'assure le chef de la section financière du parquet de Paris, Jean-Michel Aldebert, quelques heures après la prolongation de la garde à vue de Jérôme Kerviel, le trader accusé par la Société Générale d'être l'auteur d'une "fraude" qui a fait perdre près de 5 milliards d'euros à la banque. Jérôme Kerviel "a accepté de s'expliquer sur la plainte déposée contre lui par la Société Générale". Le jeune trader "collabore" et la garde à vue, qui a été prolongée de 24 heures, soit jusqu'à lundi, en début d'après-midi, "apporte des éléments très intéressants". Lorsque sa garde à vue prendra fin, deux options sont ouvertes : sa remise en liberté si aucune charge n'est retenue contre lui, ou, plus vraisemblablement, sa mise en examen et éventuellement en détention ou sous contrôle judiciaire.
Après avoir été convoqué, l'homme de 31 ans s'est présenté de lui-même à la police. Un important dispositif de sécurité avait permis samedi, peu avant 14 heures, l'accès de deux véhicules, dont un Renault Kangoo à bord duquel se trouvait Jérôme Kerviel, au parking souterrain de l'immeuble de la brigade financière, rue du Château-des-Rentiers, dans le XIIIe arrondissement de Paris.
Des "pièces utiles à l'enquête"
Un peu plus tôt dans la journée, le parquet de Paris avait confirmé que des enquêteurs se sont rendus vendredi au siège de la Société Générale, non pas pour y procéder à une perquisition comme l'avait annoncé plus tôt une porte-parole de la banque, mais pour se faire remettre "volontairement" par la banque des "pièces utiles à l'enquête", notamment du matériel informatique. Le parquet a également confirmé qu'une perquisition avait eu lieu vendredi en début de soirée, au domicile du jeune trader à Neuilly. Quatre policiers en sont ressortis quelques minutes plus tard avec des documents peu dignes d'intérêt, selon une source proche du dossier. Selon des voisins de Jérôme Kerviel, le trader n'aurait pas mis les pieds à son domicile depuis plusieurs semaines, certains évoquant une sous-location de son appartement à un couple.
L'enquête policière a donc commencé pour élucider le scénario exact de la fraude massive imputée par la Société générale à l'un de ses traders, dont la seule responsabilité est mise en doute par sa famille mais aussi par nombre de professionnels au vu de l'importance de son coût. Le parquet de Paris travaille sur le fondement de deux plaintes : l'une contre "X" déposée par un petit porteur de la banque pour "escroquerie" notamment et l'autre émanant de la direction de la Société générale et visant nommément Jérôme Kerviel. Il encontre jusqu'à cinq ans de prison. Mais le parquet de Paris a invité dès vendredi à la prudence sur les accusations portées contre Jérôme Kerviel. "Avant même que l'enquête policière ait démarré, le coupable est déjà désigné. Il faut savoir raison garder. Il faudra voir ce qu'il y a dans le dossier de la Société générale", a-t-on déclaré au cabinet du magistrat.
De nombreux spécialistes et responsables politiques se disent sceptiques sur le fait qu'un seul homme ait pu creuser un tel trou financier. Pour perdre 5 milliards d'euros, le jeune homme, décrit comme un employé ordinaire par ses collègues, aurait en effet engagé une somme de l'ordre de 50 milliards d'euros - un chiffre proche du déficit annuel du budget de l'Etat français - dans des produits spéculatifs liés à des indices boursiers européens, et ce pendant une période d'environ un an, sans que rien soit repéré.
L'indice-vedette allemand source de 2 milliards de pertes ? |
Jérôme Kerviel aurait acheté 140.000 contrats sur l'indice-vedette DAX en Allemagne, affirme samedi le site internet de l'hebdomadaire Spiegel, Spiegel-Online. Ces contrats ont été négociés selon le Spiegel "il y a quelques semaines" sur le marché dérivé Eurex, qui est une filiale suisse de l'opérateur allemand Deutsche Börse. "Si l'on admet que Kerviel est entré sur le marché quand le DAX était au-dessus de 8.000 points, la bourse devait alors créditer chaque jour 25 euros par contrat sur le compte de la Société Générale pour chaque point gagné. A l'inverse, pour chaque point perdu sous les 8.000, la bourse récupérait 25 euros" de la banque française, écrit le Spiegel. "Or le DAX a perdu 600 points entre le début de l'année et le 18 janvier - et Kerviel probablement autour de 2 milliards d'euros", estiment des experts |
D'après agences
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