Société GénéraleQue s'est-il passé à la Société Générale? Sur la base des explications fournies dimanche par Jean-Pierre Mustier, directeur général adjoint de la banque à Reuters, voici trois types de défaillances qui auraient permis la débâcle.
Des contrôles imparfaits
Le trader incriminé, Jérôme Kerviel, travaillait sur le desk de l'équipe "Delta One" de la banque. Il réalisait des opérations d'arbitrage sur les futures sur indices, une activité jugée a priori relativement peu sophistiquée et peu risquée. Les activités d'arbitrage consistent à acheter un portefeuille d'actifs financiers (A) et à vendre simultanément un portefeuille légèrement différent (B) pour tenter de bénéficier de l'écart de valeur entre les deux.
Comme dans un système de contrepoids, tout achat doit normalement être compensé par une vente quasi indentique, la différence ne se faisant qu'à la marge. La fraude a consisté à prendre des positions "fictives" sur la position B, afin de laisser croire qu'elle venait bien compenser le portefeuille A alors qu'il n'en était rien. Sans contrepoids, le risque de la position a "explosé" sans que rien ne soit détecté par les systèmes de contrôle de la banque.
Le problème est là : le système de contrôle automatique de la SocGen visait jusqu'à présent essentiellement à détecter les risques excessifs d'une position. Il ne surveillait pas prioritairement la taille des positions, ce qui aurait pu permettre de détecter le montant anormalement élevé des positions d'achat prises par le trader, qui ont atteint le somme de 50 milliards d'euros. Pour Jean-Pierre Mustier, "une des premières leçons que nous avons tirées, c'est de mettre en place systématiquement des contrôles sur les tailles nominales de toutes les opérations d'arbitrage même si elles ne montrent aucun risque de marché".
Un ex-policier devenu cambrioleur?
Avant de devenir trader, Jérôme Kerviel a travaillé plusieurs années au middle-office de la SocGen, un organe qui sert à vérifier le travail des traders. C'est ce savoir-faire qui lui aurait ensuite permis de contourner les systèmes de contrôle de la banque. Pour expliquer la fraude, la SocGen a mis en avant à plusieurs reprises cet élément tout en affirmant que ce type de cursus était assez exceptionnel au sein de la banque.
Selon la banque, cette connaissance aurait également permis au trader d'"usurper" des codes d'accès appartenant à des opérateurs du middle-office et, ainsi, d'annuler certaines opérations avant qu'elles ne soient contrôlées. Nul besoin, dès lors, d'être un "génie" de la fraude informatique.
Sans vacances, pas de recul
Le règlement interne de la Socgen, comme celui d'autres grands établissements financiers, oblige les traders à prendre régulièrement des vacances, afin notamment de rendre plus difficile la dissimulation de positions en perte. Après avoir pris des vacances cet été, il devait en prendre vers la fin de l'année, mais il avait pu les reporter, avec l'accord de sa hiérarchie, pour des motifs personnels non précisés par la banque.
Plusieurs de ses collègues, qui ont requis l'anonymat, on confirmé qu'il n'avait pas pris de vacances depuis longtemps et qu'il restait tard au bureau. "Quand j'arrivais le matin, il était là et quand je partais le soir, il était toujours là. Ce n'était pas un génie ou quoi que ce soit du genre. Il travaillait beaucoup", a observé l'un d'eux.
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