Le filon des CD s'est épuisé © LCIIl était lâché par tous, studios et distributeurs : les derniers soubresauts du HD-DVD en prenaient un tour pathétique. Toshiba a donc décidé de donner le coup de grâce au format qu'il a longtemps défendu becs et ongles, à coups de millions de dollars. En arrêtant de fabriquer et de vendre des lecteurs et enregistreurs de DVD de nouvelle génération au format HD-DVD, le groupe japonais consacre la victoire finale du format concurrent, le Blu-Ray de Sony, en tant que norme mondiale. Mais les véritables gagnants et perdants de cette guerre commerciale ne sont pas si évidents.
Toshiba renonce à temps
"Nous avons soigneusement évalué l'impact à long terme de la poursuite de la dénommée guerre des formats de nouvelle génération, et nous avons conclu qu'une décision rapide serait la meilleure pour aider le marché à se développer", a commenté dans un communiqué le PDG de Toshiba, Atsutoshi Nishida dans un verbiage très diplomatique.
La défaite est nette mais les investisseurs voient la fin de la bataille comme un signe positif pour tous les acteurs du marché. Sur les rumeurs de l'abandon du HD-DVD, l'action Toshiba bondissait déjà de 5%, les analystes appréciant que l'entreprise ne s'entête pas à soutenir son format en difficulté.
Pour faire bonne figure, Toshiba a affirmé qu'il entendait "maintenir des relations de collaboration" avec les entreprises qui ont continué jusqu'au bout à soutenir le HD-DVD, comme les studios de cinéma Universal et Paramount et, dans l'informatique, Intel et Hewlett Packard et surtout Microsoft.
Microsoft aurait déjà retourné sa veste
Pour Microsoft qui n'a jamais directement intégré de lecteur HD-DVD à sa console Xbox 360 - il est proposé en version externe - les dégâts pourraient être limités. Il se murmure déjà que le géant américain pourrait annoncer dans les prochains jours un lecteur Blu-Ray pour sa console, après avoir combattu ce format...
Pour ne pas être pris au dépourvu, Microsoft misait déjà également sur la vidéo à la demande (VOD) qui pourrait être la vraie gagnante du combat des DVD du futurs. Après les Etats-Unis, l'Américain vient de signer un accord en France avec Paramount -autre perdant du format HD-DVD - pour diffuser directement les films du studio sur Xbox 360 via Internet (Voir notre interview). Plus besoin de support physique, quel qu'il soit...
Sony : une victoire mais quelle victoire?
Ce décollage de la VOD au moment ou personne ne sait quel sera le marché pour les DVD du futur force à relativiser la victoire de Sony. Si le marché du DVD du futur décolle, Sony pourrait tirer quelques milliards de sa victoire, grâce au brevet du Blu-Ray mais personne ne sait encore comment le marché va se repartir entre support physique - autrement dit le Blu-ray -et le support dématérialisé de la vidéo à la demande.
Passée cette inconnue, il faut au moins reconnaître à Sony une victoire de prestige grâce à une stratégie efficace : en faisant grand bruit autour du Blu-Ray dans les boutiques, et en basant une partie de la promotion de sa console de jeux vidéo PlayStation 3 (PS3) sur sa compatibilité avec les DVD Blu-Ray, Sony a séduit les technophiles cinéphiles. Sa victoire devrait aussi faire du bien à sa console phare qui a connu des débuts hésitants, précisément à cause d'un prix gonflé par les coûts de production du lecteur haute définition de la bête.
Une grande partie du combat s'est déroulé sur le terrain américain où les éditeurs de films et distributeurs ont, les uns après les autres, déserté le clan Toshiba pour s'allier à Sony. "Nous avons été effarés par la décision soudaine des studios Warner" de rejoindre les partisans du Blu-Ray, a concédé mardi le PDG de Toshiba. Avec seulement deux gros éditeurs dans son camp, le déséquilibre des forces devenait en effet trop grand face à Sony épaulé par six géants du cinéma (sa propre filiale d'édition, 20th Century Fox, Metro-Goldwyn-Mayer, Disney, Lionsgate et Warner Brothers) capables de bombarder le marché mondial de films en haute définition.
Et les consommateurs?
Les consommateurs désireux de s'équiper en lecteur haute définition sans mauvaise surprise sont maintenant fixés : ils peuvent investir sans risque dans une platine Blu-Ray. Les prix restent toutefois très élevés et l'abandon de Toshiba devrait mettre un terme pour le moment à la guerre sur les prix des lecteurs. Pour voir chuter les prix, il faudra maintenant que les petits constructeurs se lancent dans la bataille en sortant leurs propres lecteurs Blu-ray à prix discount.
En 2007, les ventes de DVD haute définition en France n'ont représenté que 1% de celle des DVD classiques, selon le cabinet Gfk. S'il y a un marché pour le DVD du futur, les constructeurs et les grands studios devront encore en convaincre les consommateurs.
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