"J'espère que l'ambition de Sarkozy se traduira en actes"

Par , le 08 février 2008 à 19h17 , mis à jour le 08 février 2008 à 19h31

Interview - Jihade Belamri, chef d'entreprise qui soutient l'emploi dans les quartiers, attend de voir les effets du plan banlieue "sur le terrain".

Jihade Belamri, chef d'entreprise et membre de la commission d'AttaliJihade Belamri, chef d'entreprise et membre de la commission d'Attali © DR

Que vaut le plan banlieue annoncé vendredi par Nicolas Sarkozy ? Un acteur de l'emploi en banlieue le jauge pour LCI.fr. Jihade Belamri est un chef d'entreprise à la tête d'un bureau d'études industrielles à Villeurbanne, près de Lyon. Il préside "créacteur", une association qui accompagne la création d'entreprises par les jeunes de banlieue. Membre de la Commission Attali, il a notamment travaillé sur les propositions faites pour les quartiers.

LCI. fr : Quelle est votre impression générale sur le "plan banlieue" présenté par Nicolas Sarkozy?
 
Jihade Belamri, chef d'entreprise : Il est très ambitieux et j'espère que cette ambition se traduira en actes. J'attends maintenant la réaction des jeunes, demain, dans les quartiers. Ceux qui veulent s'en sortir, les plus nombreux, sont très pragmatiques et vont regarder ce qui va changer concrètement pour eux. Les autres, ceux qui leur pourrissent la vie, sont une minorité. Pour moi la mesure la plus importante est l'accompagnement de 100.000 jeunes vers l'emploi en trois ans.
 
LCI. fr : Est-ce une mesure réaliste?
 
J. B. : J'ai vérifié les chiffres affichés par le plan et ils me paraissent en phase avec la réalité. Il pourrait en effet créer 20.000 à 30.000 emplois par an dans les 750 quartiers visés, à condition que les mesures prévues soient véritablement appliquées sur le terrain. Je mettrais aussi un petit bémol : j'aurais aimé voir des grands chef d'entreprises sur la tribune pour appuyer ce discours et montrer qu'ils soutiennent les initiatives sur l'emploi.
 
LCI. fr : Le financement encore flou des mesures vous inquiète-t-il?
 
J. B. : J'entends en effet parler de "Plan Marshall à zéro euros". C'est vrai qu'il n'y a pas encore de plan chiffré concret. Peut-être y aura-t-il des redéploiements de crédits existants : on ne sait pas. Nicolas Sarkozy a tout de même dit qu'il fallait pérenniser les moyens des associations. C'est quelque chose d'important car, ces deux dernières années, elles ont rencontré des difficultés. Ce plan ne pourra d'ailleurs pas se faire sans les associations et il faudra même renforcer leurs moyens, mais avec des contrats d'objectif, sans donner de l'argent comme ça.
 
LCI. fr : Le plan intègre aussi un volet sur la sécurité...
 
J. B. : L'aspect sécuritaire nous a un peu choqués. Je mets deux chiffres en parallèle : 4000 policiers en plus et 4000 places dans les "internats de réussite éducative". Ce sont les mêmes peut-être? (Rires) Sur le fond, le discours musclé ne me choque pas, ni même que le président l'intègre au plan banlieue mais ce n'était pas utile de commencer par ça. Nicolas Sarkozy n'a malheureusement pas non plus parlé de discrimination positive ou de quotas pour permettre aux jeunes de banlieues d'accéder à l'emploi.
 
LCI. fr : Le contrat d'autonomie pour amener à l'emploi 45.000 jeunes des quartiers vous parait-il pertinent?
 
J. B. : Tout a fait. Nous souhaitions à la Commission Attali un contrat d'évolution adaptable à tous, et en particulier aux jeunes de banlieue. Pendant un période donnée, on voulait les accompagner pour chercher un emploi, une formation tout en les payant pour cela car c'est un vrai boulot. Avec ce "contrat autonomie", j'ai retrouvé cette idée dans le plan du président.
 
LCI. fr : Et s'agissant des mesures éducatives?
 
J. B. : Je les ai trouvées moins claires mais je trouve que la mesure d'installation d'écoles privées dans les banlieues qui souhaitent le faire est une bonne chose. En plus de laisser, comme ailleurs, un choix aux habitants des banlieues entre public et privé, cette compétition entre écoles permettra de tendre vers l'excellence. Dans la Commission Attali, nous allions plus loin en proposant un chèque aux parents pour leur permettre de choisir l'école ou ils souhaitent envoyer leurs enfants.
 
LCI. fr : Favoriser la mixité sociale dans les écoles en permettant aux élève d'étudier dans une autre commune, cela peut marcher?
 
J. B. : C'est une excellente mesure. Ça permet de sortir les plus jeunes de leur contexte, d'échanger avec d'autres. Ils diront ensuite à leurs copains : regardez, ça marche on peut s'entendre avec d'autres milieux.
 
LCI. fr : Les critiques dirigées contre le rapport Attali vous ont-elles atteint?
 
J. B. : Nous avons beaucoup travaillé et je n'ai pas apprécié d'être traité de "guignol", notamment par les taxis, ou encore d'"expert parisien". Je ne suis ni expert, ni parisien. J'habite à Lyon et je suis d'abord français. Si je suis expert, c'est de la problématique de mes quartiers, car je connais les problèmes des gens qui y vivent. Cette expérience, je la revendique. Ceci dit, je reste optimiste sur l'avenir du rapport Attali.

Par Olivier Levard le 08 février 2008 à 19:17
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2 Commentaires

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  • Carisa, le 09/02/2008 à 13h24

    Enfin,quelqu'un qui ne critique pas pour critiquer ;un peu de serenite ,de temps en temps;cela ne fait pas de mal

  • Albert, le 09/02/2008 à 13h19

    Enfin une réaction positive et pertinente. ça fait du bien après les critiques désobligeantes et intolérantes!!! Et n'oublions pas Fabela AMAra qui a bien travaillé à ce projet depuis 8 mois.encourageons la!!!

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