© AFPUne semaine après avoir laissé libre l'ex-trader de la Société générale, les juges ont changé d'avis. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a ordonné vendredi le placement en détention de Jérôme Kerviel, accusé d'avoir causé une perte de près de 5 milliards d'euros à la Société Générale. Le parquet de Paris avait fait appel de la première décision de laisser le jeune homme en liberté en invoquant les "nécessités de l'enquête" et de supposés risques de fuite à l'étranger. Il a donc obtenu gain de cause.
Ce dernier a été transféré à la prison de la Santé, à Paris. Comme le soulevait le parquet, la cour retient comme motifs de son arrêt la nécessité de protéger les "nombreuses investigations techniques à mener", la nécessité "d'éviter la concertation avec d'éventuels complices ou co-auteurs", "les risques de pressions sur d'éventuels témoins" et les risques de fuite à l'étranger, a-t-on rapporté de source judiciaire.
Un courtier placé en garde à vue
Cette question de la concertation entre les acteurs de l'affaire a pu jouer un rôle clef dans le placement en détention du trader, d'autant que l'enquête se déplace sur d'éventuelles complicités de Jérôme Kerviel. Un employé de la société de courtage boursier Newedge, ex-Fimat, a été placé en garde à vue jeudi et cette mesure a été prolongée de 24 heures vendredi, a déclaré le parquet de Paris.
Cet homme semble être intervenu comme intermédiaire dans les transactions litigieuses. Jeudi, la brigade financière a perquisitionné les locaux à Paris de l'ancienne Fimat, importante société de courtage, à l'époque des faits filiale à 100% de la Société générale . Cet organisme, situé sur les Champs-Elysées a assuré, comme c'est l'usage dans ce type de transactions, la réalisation concrète de certains des engagements financiers du trader sur des indices boursiers, les "futures".
Les enquêteurs tentent de comprendre pourquoi la prise de position sur 50 milliards d'euros de Jérôme Kerviel n'a pas été détectée, à la Société Générale et chez le courtier. Selon Le Monde, la Société Générale a versé au dossier judiciaire des éléments sur la Fimat, notamment un message informatique envoyé le 30 novembre par le courtier de la Fimat en garde à vue à Jérôme Kerviel. "Tu n'as rien fait d'illégal au sens de la loi", disait le courtier au trader de la Société Générale, dans une possible allusion à ses prises de position.
Son avocate, en larmes, va engager un pourvoi en cassation
Après la décision de placer son client en détention, l'avocate de Jérôme Kerviel, Me Elisabeth Meyer, était partie en larmes, après avoir dit qu'elle faisait un pourvoi en cassation. "C'est maintenant le pot de terre contre le pot de fer", a-t-elle dit à la presse. "Je sors seule. Jérôme Kerveil est parti en prison. (...) Je ne m'explique pas cette décision, je ne la comprends pas. Rien n'a changé. J'interprête cela comme un désaveu de la décision d'un juge d'instruction. Je le regrette".
Invitée du 20h de TF1 vendredi soir, son avocate a répété qu'elle allait former un pourvoi. Elle qui a "passé 15 jours avec Jérôme", "en contact permanent" avec lui, a jugé cette "décision d'une brutalité totale". Alors qu'on lui demandait s'il y avait un lien avec le courtier placé en garde à vue vendredi, elle a répondu : "je pense que c'est l'argument pour l'envoyer en prison". Et à la question de l'état d'esprit actuel du trader, elle a répondu : "on ne peut pas partir serein quand on va en prison". Elle a rappelé que Jérôme Kerviel n'était "pas licencié à l'heure qu'il est, en tout cas il n'a pas reçu de lettre" (voir la vidéo).
"Il a menti en arrosant autour de lui"
"Les déclarations de M. Kerviel, l'éloignement entre ses déclarations et la vérité font que la cour d'appel ne pouvait être que sensible à l'appel formulé par le parquet", a expliqué à la presse Me Jean Veil, l'avocat de la Société Générale, à l'issue de l'audience de la Cour d'appel de Paris. "Il a menti en arrosant autour de lui, en prétendant que sa hiérarchie, en tout cas la plus proche, était au courant. (..) Je pense que son placement en détention est une décision cohérente avec l'évolution du dossier", a-t-il ajouté.
Jérôme Kerviel avait été mis en examen le 28 janvier dans l'affaire de la perte de 5 milliards à la Société Générale pour "abus de confiance", "faux et usage de faux" et "introduction dans des systèmes de données informatiques" par les juges Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset.
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