© AFPElle l'avait promis dès l'annonce du placement en détention de son client, vendredi soir. L'avocate de Jérôme Kerviel, Elisabeth Meyer, a déposé mardi un pourvoi en cassation pour contester le placement en détention provisoire du trader soupçonné de falsifications qui ont coûté 4,82 milliards d'euros à la Société Générale, a indiqué mercredi une source judiciaire.
Jérôme Kerviel a en outre de nouveau été entendu mercredi pendant près de six heures par les juges chargés de cette affaire, selon des sources proches du dossier. Lors de cette nouvelle audition, le jeune trader de 31 ans a maintenu avoir agi seul, a rapporté un spécialiste de la communication travaillant avec son avocat. Mais l'audition a notamment porté, selon une source proche du dossier, sur ses liens avec le courtier de l'ex-Fimat (devenue Newedge), filiale de la Société générale par laquelle sont passées certaines des transactions litigieuses.
Les liens des deux hommes
Interrogé samedi dernier par les juges, ce dernier a le statut de témoin assisté (à mi-chemin entre celui de témoin et de mis en examen) et n'est donc pas poursuivi. Sa version a été confrontée à celle du trader, sur la base notamment des échanges de messages électroniques entre les deux hommes, versés au dossier par la Société générale. Aucune complicité active n'est retenue par les deux juges, même si ces messages montrent que les deux employés parlaient des transactions litigieuses. Alors que Jérôme Kerviel envisageait, prophétique, un séjour en prison, le courier lui répondait le 13 décembre, selon ces messages publiés dans la presse et confirmés de source judiciaire : "j'aimerais bien aller en taule tous les jours quand je fais de l'argent légalement". Le trader répondait à son tour: "ça va montrer la puissance Kerviel".
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris avait décidé vendredi le placement en détention provisoire du jeune trader notamment pour qu'il ne se concerte pas avec d'éventuels complices. Le jour-même, le courtier travaillant dans une filiale de la SocGen avait été placé en garde-à-vue. L'avocate de Kerviel avait alors estimé, vendredi soir sur TF1, que la garde à vue de ce courtier en relation avec le trader était "l'argument pour envoyer en prison" Jérôme Kerviel (voir la vidéo).
La détention de Kerviel ne peut excéder quatre mois
Le trader avait été placé le 28 janvier sous contrôle judiciaire par les juges Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset, décision dont le parquet avait fait appel. Or selon l'avocate, son client avait "respecté scrupuleusement chacune de ses obligations" découlant du contrôle judiciaire. Il est poursuivi pour "abus de confiance", "faux et usage de faux" et "introduction dans des systèmes de données informatiques". En l'état des poursuites, la détention de Jérôme Kerviel ne peut excéder quatre mois.
Par ailleurs, Jérôme Kerviel a évoqué "une perte de 2,2 milliards d'euros en juin 2007" auprès d'un expert judiciaire en informatique engagé par son avocate, dont Paris-Match publie l'interview. Dans cet entretien, Jean-Raymond Lemaire, expert judiciaire près de la cour d'appel de Versailles, relate ses discussions avec le jeune trader de 31 ans qu'il a hébergé chez lui en région parisienne et dans sa maison de campagne, dans l'Eure. Comme on lui demande si Jérôme Kerviel lui a parlé du gain de 1,4 milliard d'euros qu'il a réalisé fin décembre pour la Société Générale, M. Lemaire répond : "Evidemment. Comme il m'a parlé d'une perte de 2,2 milliards d'euros en juin 2007". "Dans son métier, pour gagner, il faut commencer par perdre. Ils sont construits comme ça les traders. c'est ce qu'on leur apprend", ajoute-t-il.
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