Northern RockDepuis cinq mois, la banque britannique Northern Rock cherche un repreneur, sans succès. Faute d'offre suffisamment intéressante, le gouvernement britannique a décidé dimanche de nationaliser temporairement l'établissement bancaire. "Dans les conditions de marché actuelles, nous ne pensons pas que les deux propositions offrent une valeur suffisante pour le contribuable", a déclaré le ministre des Finances Alistair Darling. La banque redeviendra privée lorsque les marchés financiers seront stabilisés.
"Les conditions du marché s'amélioreront. Le portefeuille hypothécaire de Northern Rock est bon et je pense que ce serait une erreur pour nous de renoncer à cet actif et d'inscrire une perte dès à présent", a encore déclaré Darling. "Il nous fallait intervenir parce que si nous avions laissé choir cette banque, le risque était grand de voir les problèmes se répandre dans l'ensemble du système bancaire britannique", a-t-il ajouté. Le ministre des Finances a précisé que le gouvernement était prêt à prendre en compte d'autres offres pour Northern Rock. "Si quelqu'un a une proposition à faire, nous l'écouterons. Il y a juste une condition sine qua non à remplir : il faut que l'offre soit la meilleure possible pour le contribuable britannique", a-t-il déclaré sur la BBC.
Une nationalisation qui ramène "dans les années 1970"
Cette décision a été condamnée par les actionnaires de Northern Rock, qui craignent de ne pas s'y retrouver en termes de rendement de leur investissement. "Le texte de loi permettra à l'Etat d'acquérir les titres et les actifs de la banque ; il pourvoira à un dédommagement qu'un expert indépendant fixera", a expliqué Darling. Suite à cette annonce de nationalisation temporaire, les autorités boursières britanniques ont suspendu temporairement de la cotation de Northern Rock. Décision également condamnée par Virgin, candidate à la reprise de la banque, et par la propre direction de Northern Rock, qui avait aussi proposé une offre. "Le conseil d'administration espérait qu'au moins l'une des solutions de reprise réussirait et est très déçu que le gouvernement ait conclu qu'il ne pouvait soutenir une proposition de reprise par le secteur privé, et en particulier, celle qui avait été présentée par la société", a déclaré la direction dans un communiqué.
Dans les rangs de l'opposition, si les libéraux-démocrates ont salué une nationalisation qu'ils défendaient depuis plusieurs mois, accusant seulement le gouvernement d'avoir tergiversé inutilement, le candidat conservateur au poste de Chancelier, George Osborne, a dénoncé une opération qui ramène la Grande-Bretagne "dans les années 1970". Cette décennie avait été marquée par une crise économique douloureuse et c'est à cette époque que remontait le dernier exemple de nationalisation pleine et entière d'une entreprise britannique, le groupe Rolls-Royce, cette fois sous l'égide d'un gouvernement conservateur.
"Un moment de honte pour le gouvernement" |
"De chancelier de fer à chancelier de l'hésitation, Alistair Darling s'est écroulé suite à une série d'incroyables contorsions", dénonce ce matin The Guardian, pourtant le plus à gauche des quotidiens de qualité, parlant d'un "moment de honte pour le gouvernement, qui a tenté pendant six mois d'éviter l'inévitable". De son côté, le Daily Telegraph estime que la "crédibilité du gouvernement Brown en matière d'économie a subi un coup sévère". Exception notable, le quotidien de référence de la City, le Financial Times, se montre compréhensif a l'égard de l'exécutif, affirmant qu'il avait pris une décision "délicate, difficile et non-idéologique", même s'il estimait qu'on peut se poser "des questions légitimes sur le fait qu'il a fallu cinq mois pour en arriver là". |
D'après agence
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