Le président Sarkozy lors de l'inauguration de l'AGV à La Rochelle le 5 février 2008 © TF1"Je crois aux usines, c'est mon truc", a résumé Nicolas Sarkozy devant les journalistes qui l'entouraient lors de l'inauguration mardi à La Rochelle de l'AGV, le nouveau train à très grande vitesse du groupe Alstom. Le président de la République a profité de l'exemple de la résurrection de l'entreprise pour se faire l'avocat, dans son discours, d'une politique industrielle décomplexée. "On peut être parfaitement libéral et avoir une volonté politique industrielle", a-t-il lancé.
"Ce lancement marque l'aboutissement du renouveau d'Alstom. Un renouveau qui survient après une crise terrible en 2004 qui menaçait l'existence même de l'entreprise", s'est réjoui Nicolas Sarkozy, qui fut un ministre de l'Economie volontiers interventionniste au moment des déboires du groupe industriel. L'Etat avait pris à l'époque une part dans l'entreprise pour la soutenir.
Après avoir loué le travail des salariés d'Alstom, le chef de l'Etat s'est félicité que le "renouveau de l'entreprise soit aussi le fruit d'un choix important de politique industrielle, en France et en Europe, c'est le choix d'une industrie puissante contre une certaine conception de la politique de concurrence". Une déclaration qui peut sonner comme une provocation pour les autorités concurrentielles européennes qui privilégiaient alors un rachat par l'Allemand Siemens. Il y a quelques jours, l'intention affichée par le gouvernement de protéger la Société Générale contre tout "raid hostile" d'une banque étrangère avait déjà fait grincer des dents à Bruxelles (Voir notre article).
"L'industrie n'est pas finie, l'industrie est essentielle"
Nicolas Sarkozy a également dénoncé, à nouveau, les effets négatifs de l'euro fort sur l'activité des industriels. "Si on veut continuer à produire en zone euro, il faut que nos industriels ne soient pas gênés par un euro trop fort", a-t-il répété. Un nouveau tacle à l'Europe puisque c'est la BCE, la Banque centrale européenne, qui est maître de la politique monétaire. Le chef de l'Etat a poursuivi en insistant sur la nécessité de maintenir un tissu industriel en France : "Pour cela, il faut ancrer dans les esprits (...) un message simple : l'industrie n'est pas finie, l'industrie est essentielle à l'économie d'un pays riche autant qu'à celle d'un pays émergent".
La veille, le président de la République avait assuré sur le site menacé de l'entreprise d'ArcelorMittal, à Gandrange (Moselle), que "l'Etat était prêt à prendre en charge tout ou partie des investissements nécessaires" pour maintenir en activité l'aciérie où près de 600 emplois sont menacés. "Je le ferai a chaque fois que je pense qu'un site a un avenir", a renchéri Nicolas Sarkozy à La Rochelle.
"L'improvisation permanente"
Ce bouillonnement sarkozyste en matière de politique industrielle a été accueilli fraîchement, à gauche comme au centre. Le chef de file des députés Nouveau Centre (NC), qui appartiennent à la majorité, a exprimé mardi une "réserve" sur une intervention de l'Etat pour ArcelorMittal estimant qu'il "ne faut pas que les chefs d'entreprises s'exonèrent de leurs responsabilités". La politique industrielle, "sera un des grands chantiers qu'il faudra entreprendre sur le plan européen", a ajouté François Sauvadet.
Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a de son côté estimé, après les annonces de Nicolas Sarkozy pour ArcelorMittal, que le chef de l'Etat était "à la conquête de sa popularité perdue". "Il y a de quoi s'interroger sur ce qu'il promet en Lorraine et ce que sa ministre de l'Economie dit le lendemain". Christine Lagarde avait déclaré plus tôt que l'Etat ne s'apprêtait pas "à subventionner AlcelorMittal".
Selon Jean-Marc Ayrault, "cela ressemble aux promesses faites aux pêcheurs à Boulogne sur les quotas de pêche et démenties le lendemain par le ministre de l'Agriculture et de la Pêche", Michel Barnier, à Bruxelles. "Il y a un discours en France et un discours pour l'Europe. S'il y avait une politique industrielle globale on pourrait s'en réjouir, mais c'est l'improvisation permanente", a-t-il conclu.
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