Kerviel plaide sa cause devant les juges

le 14 mars 2008 à 05h57 , mis à jour le 14 mars 2008 à 15h23

La chambre d'instruction de la Cour d'appel de Paris doit se prononcer ce vendredi sur la demande de remise en liberté du trader.

[Expiré] [Expiré] Jérôme Kerviel © AFP

Jérôme Kerviel est derrière les barreaux depuis cinq semaines. Peut-il attendre libre la conclusion de l'enquête ? La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris statue ce vendredi, en présence du trader, sur la demande de remise en liberté de Jérôme Kerviel. Mais la position du parquet général de Paris est claire : il va demander le rejet de la demande de libération du trader, auquel la Société Générale impute une perte record de 4,9 milliards d'euros. Pourquoi cette opposition ? "D'abord pour les nécessités de l'instruction, puisque les investigations se poursuivent. Il faut veiller à conserver toutes les preuves utiles à la manifestation de la vérité et empêcher toute concertation frauduleuse", a déclaré à la presse Ulrika Weiss, magistrate chargée de la communication au parquet général. Sera aussi invoqué par l'accusation le risque de fuite à l'étranger.

Les juges d'instruction Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset avaient initialement laissé Jérôme Kerviel en liberté mais sur la demande du parquet général, la chambre de l'instruction l'a envoyé le 8 février à la maison d'arrêt parisienne de la Santé. A ce moment, la garde à vue d'un courtier d'une filiale de la banque, Moussa Bakir, laissait penser à un nouveau développement de l'affaire mais cet homme a finalement bénéficié du statut de témoin assisté, ce qui a amené la défense de Jérôme Kerviel à dénoncer une manipulation. Un épisode similaire semblait s'être amorcé ce mercredi, avec l'arrestation et le placement en garde à vue d'une autre ami proche du jeune homme, courtier dans la filiale de la banque SG Securities. Il a cependant été remis en liberté vendredi matin sans être présenté aux juges et sans qu'aucune charge soit retenue contre lui.

"M. Kerviel est un très bon trader"

Jérôme Kerviel reste donc seul dans l'affaire. Il reconnait les faits depuis le début de la procédure, tout en expliquant que la banque avait "fermé les yeux". On lui reproche des prises de position à risque à hauteur de 50 milliards d'euros sur des "futures", des contrats à terme sur des indices boursiers. Leur liquidation par la banque entre le 21 et le 23 janvier a généré une perte historique pour la finance de 6,3 milliards d'euros. La "facture" finale est de 4,9 milliards d'euros pour la Société générale, car au 31 décembre 2007, de précédentes positions risquées avaient déjà été liquidées par le jeune homme, mais cette fois au profit de la banque pour 1,4 milliards d'euros, a révélé l'enquête judiciaire.

Les manoeuvres de Jérôme Kerviel, dissimulées par des faux grossiers, duraient depuis plusieurs années, ce qui amène les juges à s'interroger sur l'éventuelle passivité de la hiérarchie du jeune homme, alertée notamment en novembre 2007 par la société Eurex, partenaire de la SocGen. Lors d'une confrontation la semaine dernière chez les juges avec son supérieur hiérarchique direct, Eric Cordelle, Jérôme Kerviel a reconnu que la limite globale d'engagement de son service 'Delta one' était de 125 millions d'euros, selon le procès-verbal judiciaire, dont des extraits sont publiés vendredi dans Le Monde.

Il déclare avoir aisément déjoué les questions d'Eric Cordelle : "j'étais évasif dans mes réponses". Quant à Eric Cordelle, il assure n'avoir rien remarqué, même lorsqu'Eurex l'a alerté. "Je reçois 200 ou 300 mails par jour (...) Il ne me paraissait pas anormal que les volumes aient augmenté, du fait, d'une part, de l'augmentation d'activités de Delta One, de la volatilité plus fortes sur les marchés en juillet-août 2007 et d'autre part du démarrage d'une activité d'arbitrage". Il l'a maintenu devant les juges : "M. Kerviel est un très bon trader". Jeudi, le trader a été de nouveau confronté dans le bureau des juges à deux de ses anciens responsables hiérarchiques sur un épisode de l'affaire remontant à 2005.

D'après agence

le 14 mars 2008 à 05:57
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