Avion en phase d'atterrissage © Médiathèque de la Commission européenneIndustrie particulièrement gourmande en carburant, le transport aérien est frappé de plein fouet par la hausse vertigineuse du prix des produits pétroliers. Toutes les compagnies ont dû s'adapter. En augmentant leurs tarifs et en adoptant une gestion de plus en plus serrée, tout d'abord. Mais aussi en tentant de rationaliser le plus possible l'utilisation de ce carburant de plus en plus précieux. Au point, parfois, d'aller dans le rouge ? C'est ce que suggère fortement un article du Figaro qui révèle les inquiétantes économies de la compagnie Continental Airlines.
En cause : une pratique de la compagnie, apparemment de notoriété publique dans le milieu du transport aérien aux Etats-Unis, qui utilise ses Boeing 757 pour effectuer des vols transatlantiques. Les contrôleurs aériens connaissent parfaitement le problème. Ces avions relient par exemple les aéroports de Newark, près de New York, et Gatwick, près de Londres. Plus petits, avec une capacité de 175 passagers, ils ont l'avantage de permettre de s'adapter à une clientèle moins nombreuse en basse saison ou de desservir des aéroports secondaires. Problème : à l'origine, ce type d'appareil n'a pas été conçu pour des vols long-courriers, mais pour des liaisons transversales aux Etats-Unis. Il emporte donc moins de carburant. Ce qui ne l'empêche pas de pouvoir parcourir aisément la distance... mais ne lui permet pas d'avoir une réserve de kérosène susceptible de faire face aux imprévus.
73 morts en 1990 lors d'un crash près de New York
Aux Etats-Unis, la réglementation fixe la quantité de carburant que doit emporter tout appareil de la manière suivante : au kérosène nécessaire pour le temps voyage, elle ajoute une marge d'une demi-heure de vol pour se dérouter vers un autre aéroport en cas de problème. En Europe, nombre de compagnies ajoutent 10% à cette marge de sécurité. Or, selon un rapport publié par le département fédéral des transports américains, au cours de l'année écoulée, à quatre-vingt-seize reprises, des appareils de Continental Airlines ont atterri à New York alors que les jauges de leurs réservoirs étaient dans le rouge.
Une situation à risque : en 1990, un appareil colombien à destination de l'aéroport Kennedy s'était écrasé, réservoirs à sec, peu avant son atterrissage, faisant 73 morts au sol. Continental Airlines récuse le problème de sécurité et souligne qu'aucun de ses avions ne s'est écrasé faute de carburant. La situation n'en est pas moins vigoureusement dénoncée par Robert Mendez, sénateur du New Jersey, l'Etat où se trouve l'aéroport de Newark. En France, Geoffroy Bouvet, du syndicat national des pilotes de ligne, met aussi en garde contre la tentation d'économiser sur la sécurité : "Les pilotes partent en sachant qu'ils sont très "limite" et doivent recalculer leur quantité de carburant tout au long du vol, en prenant en compte l'éventualité d'un atterrissage avant d'arriver à destination, ou de devoir demander une priorité à l'arrivée".
La situation semble d'autant plus acrobatique que ce même rapport du département fédéral des transports américains révèle d'autres pratiques inquiétantes au sein de la compagnie. Les Boeing 757 de retour d'Europe pourraient, par exemple, compléter leur carburant en faisant escale au Canada. Mais les pilotes sont fortement incités à ne pas le faire : la manoeuvre, coûteuse, est notamment découragée par une note interne soulignant les conséquences d'une escale sur "les bénéfices et éventuellement le financement de leurs retraites".
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