© AFP PHOTO / MARTIN BUREAUVolontiers provocateur, il est le patron symbole de la grande distribution. Michel-Edouard Leclerc est salué par certains comme l'ultime défenseur du consommateur français, brocardé par d'autres comme le dernier représentant de la démagogie patronale.
Pour LCI.fr, le patron de Leclerc réagit aux dernières études sur les prix dans la grande distribution qui mettent l'accent sur le manque de concurrence au niveau local entre les chaînes de supermarché et admet que les distributeurs, y compris Leclerc, profitent de ce système. Mais il affirme aussi vouloir en changer. Polémique sur les médicaments, confiseries bannies des caisses ou concurrence des hard-discount, Michel-Edouard Leclerc répond à toutes nos questions.
LCI.fr : Des études locales révèlent que sous couvert d'une apparente concurrence au niveau national - on pense à vos relations plutôt tendues avec Carrefour - chaque chaîne de supermarchés fait flamber les prix dans ses bastions. C'est une vision que vous rejetez?
Michel Edouard Leclerc, patron des centres Leclerc : Les études d'Asterop et de l'UFC-Que choisir, je ne vais pas dire que c'est de la daube, mais, statistiquement, c'est nul. Pour autant, leur conclusion est juste : il n'y a pas assez de concurrence en France, en particulier dans certaines zones. C'est ce que je dis depuis dix ans quand je me bats contre la loi Raffarin ou la loi Galland. La réalité, c'est que du point, de vue des implantations de magasins ou de fixation de prix, la France est un territoire complètement protégé qui s'est payé des rentes de situation énormes, profitant aux industriels et aux distributeurs. Aux dépens des consommateurs.
LCI.fr : Que reprochez-vous alors à ces études?
M-E. L. : Celle d'Asterop ne corrèle pas le leadership d'une enseigne (NDLR : la domination d'un acteur dans une zone) avec son positionnement-prix. Par exemple, dans l'Ouest, c'est vrai que Leclerc, Système U, ou Intermarché sont dominants, mais les prix sont bas. Ce n'est donc pas forcément le leadership qui induit les prix chers. Et quand je lis que pour l'UFC-Que choisir, il y a dix points d'écart entre le Leclerc de Sarlat et celui de Valence dans le Sud-Ouest, je l'ai vérifié, ça n'est que 3%. Quand au géant Casino qui est en face de celui de Sarlat, ce n'est pas lui qui peut faire baisser nos prix : il est 5% plus cher que nous!
LCI.fr : Certains de nos internautes nous écrivent (Voir notre article) que vous avez beau jeu de dénoncer des rentes de situation dont vous êtes le premier à profiter...
M-E. L. : Que les centres Leclerc profitent de rentes de situation après être passés entre les mailles du filet, bien sûr! Mais il faut savoir que nos magasins qui sont les moins chers sont ceux qui se font concurrence les uns avec les autres. Comme à Nantes, Bordeaux, dans le Finistère.... A Brest, il y a trois centres Leclerc qui se tirent la bourre...
LCI.fr : Vous les laissez faire?
"Aldi et Lidl ne sont pas moins chers" |
| Michel-Edouard Leclerc |
M-E. L. : Bien sûr. Et que ce soit clair : je suis pour qu'on supprime totalement les barrières à l'entrée, c'est à dire les demandes d'autorisations pour ouvrir de nouveaux supermarchés. Et si toutes ces études nous aident à aller dans ce sens alors tant mieux.
LCI.fr : Et si le salut venait des hard discount qui, comme Aldi et Lidl, cassent les prix?
M-E. L. : En réalité, ils ne sont pas moins chers et ne font pas baisser le prix des marques car ils en vendent très peu. Quand au reste de leurs produits, les premiers prix de Leclerc, et, je ne fais pas ma pub, même ceux d'Auchan et Carrefour, sont moins cher que ceux de Lidl ou Aldi. C'est donc un élément de concurrence mais il ne faut pas en attendre une révolution.
LCI.fr : Les hard discount permettent pourtant aux Allemands de payer moins cher leurs courses...
M-E. L. : En Allemagne, ils représentent 40% de l'offre donc si vous prenez leur caddie moyen il y a moins de marques et il est donc moins cher. C'est un problème de comportement, de culture de pays protestant. En matière de prix, ils ne font pas crédit aux marques des qualités supposées par leurs publicités.
LCI.fr : Pour payer moins cher, les Français devraient donc se convertir au "protestantisme des caddies"?
M-E. L. : Ce n'est pas à moi de le dire mais ils pourraient être plus exigeants. Le consommateur Français est assez schizophrène. Il va rouspéter contre une hausse de 5% du petit noir au zinc ou de 10% sur les produits laitiers, et en même temps, il plébiscite les produits L'Oreal dont les prix n'ont pas cessé d'augmenter avec des hausses à deux chiffres. Il faut donc mettre de la concurrence entre enseignes mais aussi entre les industriels en tirant parti des premiers prix.
"De combien ont augmenté les médica-ments en un an?" |
| Michel-Edouard Leclerc |
LCI.fr : Vous cherchez maintenant à vendre des médicaments (Voir On en parle avec Valerie Expert). Votre publicité sur le sujet a fait polémique et, ce matin, Roselyne Bachelot vous tra ite en substance de menteur lorsque vous annoncez pouvoir faire baisser leurs prix...
M-E. L. : Ça ne mange pas de pain de dire cela maintenant qu'elle m'a refusé de vendre des médicaments dans mes magasins... Plutôt que lui répondre, je lui pose une question. De combien ont augmenté les médicaments non remboursé en un an? La réponse est 36%. Alors, est-ce qu'elle croit qu'en mettant les médicaments en libre-service dans les pharmacies, cela suffira à les faire baisser? Que c'est normal? Que la France peut se passer de concurrence? Mais j'adore Roselyne Bachelot (Rires).
LCI.fr : Une autre de vos décisions devrait réjouir la ministre. Vous allez retirer de vos caisses un certain nombre de confiseries. Pour prouver que la santé de vos clients vous importe?
M-E. L. : Comme pour les médicaments, nous ne sommes pas prêts à vendre tout et n'importe quoi n'importe comment. Je pense bien sûr que l'alcool ne doit pas être vendu aux jeunes et qu'il ne faut pas mettre les produits dangereux en en accès libre. Nous avons aussi été les premiers à retirer les armes de chasse et cartouches de nos rayons, qui constituaient pourtant un marché important dans le Sud-Ouest. En relocalisant la confiserie pour enfants dans le fond des rayons, je montre que nous avons un rôle citoyen en permettant d'éviter la tentation. Je ne sais pas si ce sera efficace, c'est d'abord aux parents de ne pas bourrer leurs frigos de Coca-Cola et bonbons Haribo.
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