Salariés d'Airbus après l'annonce du plan "Power 8" © TF1/LCIIl y aurait deux poids, deux mesures. Les salariés d'Airbus en France ont débrayé jeudi matin pour protester contre le manque d'équité observé selon eux par leur direction dans le processus de vente de plusieurs sites en Allemagne et en France, prévues dans le cadre du plan de restructuration Power8. Mais alors que l'intersyndicale d'Airbus France avait appelé mardi à Toulouse à une grève de quatre heures, de 7h30 à 11h30, sur l'ensemble des usines françaises de l'avionneur européen, les salariés de Méaulte ont maintenu leur mot d'ordre de grève de deux jours, jeudi et vendredi. Et partout, les salariés ne cachaient pas leur colère, notamment dans la Somme, où des banderoles affirmaient : "Non à la délocalisation du site de Méaulte, non aux suppressions d'emplois, non aux ventes de sites".
Selon Force ouvrière, majoritaire à Airbus, la grève de ce jeudi a été suivie à 80% dans les usines toulousaines d'Airbus, dont les entrées ont été bloquées tôt dans la matinée par des syndicalistes et des salariés, et sur le site de Méaulte, devant être repris par le groupe français Latécoère. Plus de 1500 salariés se sont mobilisés, selon les syndicats, devant le site de Saint-Nazaire Ville, qui doit également être cédé à Latécoère, et ceux de Saint-Nazaire Gron et Nantes. Sur les sites nazairiens, FO a fait état d'une participation à la grève "de 85 à 90%". La direction d'Airbus a évalué le taux de grévistes à 60 % à Toulouse, 65% à Méaulte, 50% à Saint-Nazaire, et 40% à Nantes. Elle a également fait état de manifestations regroupant quelque 1500 manifestants devant les usines toulousaines.
"Le climat à Airbus est délétère"
Les syndicats protestaient contre la décision de la direction d'Airbus de filialiser à 100% trois de ses sites allemands, Varel, Nordenham et Augsbourg, au lieu de les vendre, comme il était initialement prévu dans le plan Power8, à l'instar de Méaulte et de Saint-Nazaire Ville, et du site britannique de Filton. Les trois sites allemands devaient être cédés à une PME allemande, MT Aerospace, mais les négociations ont été rompues le 27 mars, et depuis, aucun investisseur n'a été trouvé.
"Il n'y a pas de raison que l'industrie française, fondatrice de l'industrie aéronautique européenne, se démantèle, se déstructure (...) Nous demandons que Saint-Nazaire et Méaulte restent dans Airbus", estime Jean-François Knepper, délégué syndical central Force ouvrière d'Airbus France. Selon lui, Fabrice Brégier, directeur général d'Airbus, recevra l'intersyndicale mardi, jour où est prévu un Comité central extraordinaire d'Airbus. "Le climat à Airbus est délétère, et là c'est la goutte qui fait déborder le vase", a déclaré pour sa part à Saint-Nazaire Jean-Louis Belliot (CFDT), demandant la filialisation du site de Saint-Nazaire Ville. Pendant que Mathieu Degeorge, mécanicien sur la chaîne de l'A320 à Toulouse, ironisait : "Comme nous l'a expliqué au début M. Gallois (le président exécutif d'EADS), on est tous dans le même avion à Airbus. Aujourd'hui, on a l'impression qu'il y en a qui travaillent en classe Affaires et que nous on est dans les soutes".
D'après agence
| Pour Thomas Enders, le plus dur est à venir |
Le président d'Airbus a estimé jeudi à Berlin que les années les plus dures pour Airbus étaient à venir, la raison principale étant l'effondrement du cours de dollar. "Cela ne va pas vous étonner si je vous dis que nous réfléchissons aux mesures supplémentaires que nous pourrions prendre", a ajouté Thomas Enders, en précisant : "il n'y a toutefois rien à dire de plus pour l'instant". Selon lui, l'ensemble de la branche aéronautique allemande doit "prendre des mesures" face au coût du dollar si elle veut "minimiser les risques", et il faut en priorité miser sur les implantations dans la zone dollar et dans des zones à "coûts réduits". |
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