© AFPComment Jérôme Kerviel, le trader soupçonné de falsifications qui ont coûté 4,91 milliards d'euros à la Société Générale, a-t-il pu engager des opérations aussi risquées sur des montants aussi élevés sans susciter les soupçons ? C'est l'une des grandes questions du dossier. La facilité avec laquelle Kerviel a pu agir est d'autant plus surprenante qu'il prenait des positions principalement sur un marché à terme germano-suisse, Eurex, qui est un marché réglementé : chaque soir, un "compensateur", Eurex Clearing, réconcilie l'ensemble des données du marché. Dès le 28 janvier, le procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin avait indiqué à la presse qu'Eurex s'était "inquiété" de prises de positions spéculatives de la Société Générale en novembre 2007.
L'audition de deux responsables du bureau de surveillance d'Eurex, entendus le 10 avril par les policiers de la brigade financière sur commission rogatoire des juges Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset, éclaire d'un jour nouveau ces échanges. Et les témoignages s'avèrent accablants pour la Société Générale. Ces auditions, révélées par L'Express sur son site internet, ont été confirmées de source proche du dossier. Le responsable du bureau de surveillance d'Eurex, Michael Zollweg, et l'un des analystes de ce marché à terme, Daniel Kuhlmann, ont détaillé les mises en garde adressées à la Société Générale en 2007.
Des relances restées sans réponse
Ils ont notamment indiqué qu'Eurex s'était inquiété très tôt - dès le mois d'avril 2007 - de l'achat exceptionnel de titres réalisé par un trader de la Société Générale et avait alerté la banque à plusieurs reprises à ce sujet. Eurex avait notamment réalisé que les transactions se faisaient toujours sur le même poste, ce qui semblait indiquer qu'un trader de la banque agissait de manière isolée.
Les inquiétudes d'Eurex s'aggravaient encore à partir du 19 octobre 2007, lorsque Kerviel négociait 6000 "futures", des contrats à terme, pour 1 milliard d'euros. Sachant qu'un seul trader ne pouvait engager de telles sommes pour sa banque, Eurex envoyait de nouvelles demandes d'explications le 7 novembre. Le supérieur hiérarchique du trader l'interrogeait alors directement sur ces opérations, avant, rassuré par les explications de Kerviel, d'envoyer sa réponse à Eurex : il y justifiait l'importance des sommes engagées par, notamment, la progression du marché et les circonstances ayant entouré les passages d'ordres. Une réponse truffée d'erreurs factuelles qui n'arrivait pas à convaincre Eurex. Mais ses relances devaient par la suite demeurer sans réponse.
D'après agences
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