Image d'archivesCrise financière oblige, le projet d'ouverture partielle au privé du capital de La Poste ne sera pas mis en oeuvre dans l'immédiat. Cette annonce d'un conseiller de Nicolas Sarkozy a été considérée dimanche comme une première victoire par les opposants au projet. Ceux-ci, dont la gauche et les syndicats, estiment en effet qu'il existe d'autres solutions que le changement de statut et pensent par ailleurs que la privatisation totale de La Poste est l'objectif caché, à terme, du projet. La méthode a déjà été utilisée pour France Télécom ou GDF. Mais Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, s'est exprimé dimanche sur le sujet en plusieurs temps, suscitant en soirée un appel de François Hollande à Nicolas Sarkozy.
"Je pense qu'aujourd'hui il y a d'autres priorités"
"Je crois qu'il n'est plus question pour l'instant dans la situation où nous nous trouvons d'ouvrir le capital de La Poste", a déclaré Henri Guaino, au Grand Rendez-Vous Europe1/Le Parisien-Aujourd'hui en France, en faisant référence à la crise financière. Plus tard sur France Info, il a cependant précisé que "le calendrier" de cette réforme restait "valable sauf qu'aucune décision n'a été prise sur la manière de financer" La Poste. "Je pense qu'aujourd'hui il y a d'autres priorités", particulièrement "répondre à la crise financière", a-t-il dit. La direction de La Poste estime en effet que le changement de statut, suivi de l'ouverture d'une minorité du capital au privé, est la seule solution pour trouver au moins trois milliards d'euros afin d'affronter l'ouverture totale du marché postal à la concurrence, en 2011, décidée au niveau européen.
Le secrétaire d'Etat à la Consommation, Luc Chatel, a confirmé de son côté que l'ouverture du capital de l'entreprise publique n'était "pas d'actualité", mais "il n'en demeure pas moins que La Poste a besoin d'argent pour financer son développement et se préparer (...) à l'ouverture des marchés en 2011". Le gouvernement doit agir "avec pragmatisme" et tenir compte de la situation économique globale sur la réforme de La Poste, mais la réforme reste "indispensable", a renchéri le secrétaire national à l'économie de l'UMP, Frédéric Lefebvre.
"C'est une formidable victoire"
Ces déclarations n'ont pas rassuré les syndicats, qui maintiennent leur appel à une journée nationale d'action le 22 novembre, contre le projet de changement de statut de La Poste, préalable à une ouverture de capital, à leur yeux synonyme de "privatisation". Pour la CGT, premier syndicat de La Poste, "on voit dans cette annonce un encouragement à multiplier les initiatives d'actions pour assurer l'avenir du service public postal et celui des postiers". Sud-PTT, deuxième syndicat, a trouvé cette annonce "très insatisfaisante", et a exigé "l'abandon pur et simple du projet". "La mobilisation doit continuer", a précisé Régis Blanchot, son porte-parole. FO, troisième syndicat, a souligné que la bagarre n'était "pas terminée", même si "le gouvernement a pris de la distance" avec un projet "socialement et politiquement pas tenable".
Du côté des partis, le PCF a lancé un communiqué victorieux : "Nicolas Sarkozy suspend le projet de privatisation de La Poste. C'est une formidable victoire. La crise financière impose l'évidence : la libre concurrence, la loi du marché, le libéralisme ont fait leur temps". Il a néanmoins appelé à "poursuivre la mobilisation" et Olivier Besancenot (LCR) a exigé "le retrait pur et simple du projet de privatisation". François Hollande a pour sa part ironisé en soirée sur les propos de Henri Guaino, qui selon lui a dit "tout et le contraire de tout" sur le sujet. "Ce que je demande ce soir, c'est qu'il y ait une parole définitive et venant de Nicolas Sarkozy abandonnant purement et simplement ce projet de privatisation de La Poste", a-t-il dit sur France inter.
D'après agences
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