MySpace : "Je ne regarde pas ce que fait Facebook"

Par , le 21 novembre 2008 à 17h43 , mis à jour le 21 novembre 2008 à 18h52

Interview - Le patron français de ce site aux 122 millions d'utilisateurs revient pour LCI.fr sur sa stratégie, ses concurrents, et la part laissée à la musique sur MySpace.

Olivier Hascoat, directeur général de Myspace FranceOlivier Hascoat, directeur général de Myspace France © Delphine Soulas / LCI.fr

Facebook, Skyblog, MySpace... Les réseaux sociaux ont explosé cette année. Ces sites permettent de se créer un profil sur Internet, d'y tisser un réseau de relations, ou encore de partager ses passions... MySpace en est un des géants : comme son grand concurrent Facebook, il compterait plus de 100 millions de membres.  LCI.fr a rencontré son patron en France, Olivier Hascoat.
 
LCI.fr : Tout le monde ne connaît pas MySpace. Comment présentez-vous votre site ?
 
Olivier Hascoat, directeur général de Myspace France : MySpace est un réseau social qui a bâti sa notoriété autour de la musique mais c'est bien plus que cela. C'est un espace de découverte où l'on peut s'exprimer, échanger autour de centres d'intérêt. Dans "la vraie vie", lorsque vous allez à un dîner avec des gens que vous ne connaissez pas : la discussion tourne vite sur les films que vous allez voir, la musique que vous écoutez...  MySpace en est la transposition sur Internet. Aux débuts du site, aux Etats-Unis, deux groupes s'y sont intéressés et ont fait son succès. D'abord, des groupes de musique américains mais aussi des Coréens qui trafiquaient leur voiture ! Cela montre que c'est un réseau social très divers, que l'on s'intéresse à la musique ou aux lampes italiennes des années 60...
 
LCI.fr : C'est donc un site culturel...
 
O. H. : Culturel, cela fait élitiste. C'est plutôt un réseau social sur la "pop culture", pour  reprendre un mot anglais. C'est très grand public.
 
LCI.fr : MySpace s'est pourtant d'abord fait connaître dans les milieux branchés, parisiens, artistiques...
 
O. H. : Vous dites cela car vous habitez à Paris, vous êtes déjà dans un microcosme. Certes, nous sommes des découvreurs de talents mais MySpace n'a jamais été branché. Nous avons chez nous des artistes populaires, pas mal de gens de la Starac'... Alors, bien sûr, il peut y avoir des gens pointus ou passionnés de tatouages mais il ne faut pas nous caricaturer : nous nous adressons à tous les Français.
 
LCI.fr : Vous lancez ces jours-ci une nouvelle version du site. Qu'est-ce qui a changé?
 
O. H. : Tout est maintenant plus simple alors qu'avant, pour la création et la personnalisation avancée des profils, il fallait parfois avoir des connaissances en HTML, le langage de programmation sur Internet. L'autre nouveauté, c'est la possibilité de pouvoir choisir ce que d'autres personnes peuvent voir de votre profil. Vous allez pouvoir rendre des informations publiques à beaucoup de gens et en limiter d'autres, plus confidentielles, à certains amis.
 
LCI.fr : FaceBook, Skyblog, copainsdavant...Sur votre créneau, les concurrents ne manquent pas.  Qu'est ce qui fait la particularité de MySpace?
 
O. H. : Je crois d'abord qu'il y a de la place pour deux, trois réseaux sociaux généralistes. Il y a aussi des différences démographiques. Par exemple, Skyblog est pour les teenagers, les ados, alors que nous sommes davantage sur les 18-30 ans, les jeunes et les "jeunes d'esprit". C'est une période de la vie ou l'on a envie de s'exprimer, se mettre en avant. Sur notre site, n'importe qui peut aller voir votre profil public, ce qui n'est pas le cas d'autres sites, et grâce à nos outils pour le blog, la photo, la vidéo, la musique, la possibilité de personnalisation est unique. Enfin, sur MySpace, contrairement à la plupart des réseaux sociaux, on est amis avec des gens que l'on n'a pas forcement rencontré dans la vie réelle.
 
LCI.fr : N'y aurait-il pas une logique à ce que MySpace rachète Skyblog, qui cartonne sur un public jeune, pour s'imposer en France?
 
O. H. : No comment... Je ne passe en tout cas pas mes journées à réfléchir à cela. Notre objectif est surtout de développer MySpace qui est un des leaders du marché en France. Pour nos dirigeants, la France est un territoire stratégique en termes d'audience et de  chiffre d'affaires. Notre site local a été mis en place assez tôt, début 2007, et nous y adaptons notre offre. Par exemple, les blogs sont ici très importants : si on regarde leur nombre par habitant, c'est peut-être le plus élevé au monde. Nous encourageons donc MySpace à développer ce produit au niveau mondial.
 
LCI.fr : Combien comptez-vous de  profils actifs en France, c'est-à-dire d'utilisateurs qui reviennent régulièrement sur MySpace ?
 
O. H. : Pour que je vous réponde, il faudrait d'abord que l'industrie se mette d'accord sur ce qu'est un compte actif. Nous sommes à 3,6 millions de visiteurs uniques par mois et la communauté de MySpace grandit.  Aujourd'hui, seulement 20% des gens sont inscrits à un réseau social : il y a donc encore beaucoup de chemin à parcourir.
 
LCI.fr : MySpace était le site social phare en 2007, cette année, c'est davantage FaceBook, qui vous a doublé. Comment allez-vous réagir ?
 
O. H. : C'est normal que les  médias s'intéressent au dernier-né, mais la route est longue et on parlera encore d'un autre dans un an. Je ne regarde pas ce que fait FaceBook. C'est un réseau très différent dont les membres se connaissent déjà le plus souvent dans la vie réelle.
 
LCI.fr : Les profils d'artistes, musiciens, ont fait votre notoriété. Quelle est leur part sur l'ensemble des membres du site ?
 
O. H. : Il y a deux façons de le voir. Aujourd'hui, pratiquement tous les artistes sont sur MySpace : 250.000 en France et 5 millions au niveau mondial. En même temps, cela représente seulement une petite partie de nos membres. On est largement en dessous de 20%.
 
LCI.fr : Ils ont joué un rôle moteur...
 
O. H. : Les musiciens ont en effet montré la voie pour d'autres artistes comme les acteurs, le cinéma... Ils se  sont appropriés cet outil et ont bien compris l'usage qu'il pouvait en faire pour accroître leur notoriété et réduire la distance avec leurs fans. Les marques leur emboîtent le pas.
 
LCI.fr : C'est une bonne nouvelle pour vous. Où en êtes-vous dans la monétisation de votre audience ? Gagnez-vous enfin de l'argent ?
 
O. H. : Oui, sur ce point, on est très loin devant les autres sites car notre rachat par Murdoch nous a permis d'investir. Nous proposons bien sûr aux annonceurs des bannières publicitaires classiques. Après, ce qui est intéressant, c'est le marketing de la conversation. Nous allons faire en sorte que les marques s'immiscent dans les conversations qui ont lieu sur MySpace et qui les concernent souvent elles-mêmes car elles passionnent. Comment faire pour qu'elles y participent sans les parasiter ? C'est un challenge. Une marque peut créer son propre profil et interagir, dialoguer avec les internautes qui sont très ouverts sur le sujet. Nous avons déjà fait 500 espaces de marque dans le monde et nous savons attirer les utilisateurs sur ces pages. On verra en 2009-2010 ces opérations se développer. Nous faisons aussi des opérations spéciales, des concerts, des événements, et des web-series avec des annonceurs. Le prochain temps fort en 2009 sera l'arrivée de MySpace Music. Les artistes pourront bientôt commercialiser leurs titres en téléchargement, sans DRM, au format MP3.
 
LCI.fr : Vous avez la chance de disposer de beaucoup d'informations sur vos membres. Vous autorisez-vous à les vendre ?  En ciblant les publicités sur leur âge, leur sexe...
 
O. H. : Jusque là, c'est du "socio-démo" classique.... Mais comme nous sommes un réseau social sur les centres d'intérêts, nous avons en effet énormément d'informations potentiellement disponibles. Nous sommes évidemment très prudents et respectueux de la vie privée de chaque internaute.
 
LCI.fr : Pourriez-vous par exemple adresser une publicité aux célibataires gays de moins de 30 ans passionnés de skateboard ?
 
O. H. : Oui, mais on ne le fait pas en France. Aux Etats-unis, ils sont capables de le faire. Ils ont 15.000 sous-segments de membres et peuvent s'adresser par exemple aux fans de Top Gun qui font du surf ! Ici, c'est inscrit à l'avenir, cela nous semble intéressant, mais avec toutes les précautions d'usage sur la vie privée. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment....
 
LCI.fr : Le problème des sites sociaux, c'est que, souvent, des quasi-inconnus demandent à être votre ami. A l'issue de cette interview, si je vous envoie une demande, allez-vous l'accepter ?
 
O. H. : (Rires...) Chacun à sa manière de gérer son MySpace ! C'est comme de décider qui vous invitez chez vous. Envoyez-moi une invitation et vous aurez la réponse !

Et la pédophilie ?

Une fois encore, l'affaire d'une jeune fille ayant rencontré un homme sur Internet, condamné par le passé dans une affaire de pédophilie a défrayé la chronique cette semaine. Sur cette question le patron de MySpace est prudent et rappelle que le site emploie du personnel pour protéger ses membres.  "Nous nous assurons qu'il n'y ait pas de dérapage", assure-t-il. "Personne ne souhaite que cela arrive. Ces affaires sont très rares même si elles sont sensationnelles. Déjà, si vous avez moins de 14 ans, vous ne pouvez pas être sur MySpace et, jusqu' à 18 ans votre profil est privé. Lorsque l'on observe quelque chose qui ne nous semble pas normal, nous faisons en sorte d'y mettre un terme... Voilà notre part du travail. Après, c'est une question d'éducation, c'est donc la responsabilité des parents et du gouvernement".

 

Par Olivier Levard le 21 novembre 2008 à 17:43
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3 Commentaires

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  • Investigator, le 23/11/2008 à 02h51

    "Déjà, si vous avez moins de 14 ans, vous ne pouvez pas être sur MySpace et, jusqu' à 18 ans votre profil est privé. " ---> Quel est le moyen de vérification de l'age réel ? Il n'y a tout simplement pas ! Tout ce blah blah blah est purement commercial et Mr Hascoat n'y échappe pas. "Sur cette question le patron de MySpace est prudent et rappelle que le site emploie du personnel pour protéger ses membres. "Nous nous assurons qu'il n'y ait pas de dérapage", assure-t-il. "Personne ne souhaite que cela arrive." ---> Comment vérifier qu'une personne de 40 ans ne se fasse pas passer pour une de 14 ans, voilà le problème et MySpace est loin de l'avoir résolu malgré les belles paroles de ses dirigeants. ceci est valable pour les autres sites d'échanges socio-culurels. Un vrai danger pour nos petites têtes blondes ! Parents, soyez très vigileant, interdisez ces sites ou vérifiez que votre ado ne laisse pas ses coordonnées, son adresse postale, son adresse de collège ou Lycée, son email, son tél ou autres lieux ou on peut le trouver. (Un spécaliste de la sécurité Informatique)

  • Aude, le 22/11/2008 à 16h30

    Par contre, je trouve que myspace s'adresse d'avantage aux collégiens et lycéens... Tandais que facebook s'adresse aux étudients...

  • ArcticMonkey, le 21/11/2008 à 19h54

    Myspace et Facebook sont effectivement très différents. Myspace doit être utilisé comme un blog, une manière de s'exprimer, de montrer ses goûts musicaux... Facebook est beaucoup plus privé, et concerne beaucoup plus la personnalité...C'est une sorte de journal que tous nos amis peut voir. La seule chose qui marque nos goûts, ce sont les pages/groupes auxquels on s'inscrit. J'utilise les 2 mais pas de la même manière. Et les Skyblogs ne s'adressent effectivement pas aux mêmes personnes... Ma petite soeurs en avait crée 1 l'an dernier et l'a complètement abandonné, c'est quand même très puérile!

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