Bush vole au secours de l'automobile américaine

le 19 décembre 2008 à 16h06 , mis à jour le 19 décembre 2008 à 22h36

Les constructeurs vont recevoir rapidement 13,4 milliards de dollars du fonds Paulson, en échange de conditions strictes pour assurer leur retour à la rentabilité.

George W. Bush annonçant une aide exceptionnelle à l'automobile américaine (19 décembre 2008)George W. Bush annonçant une aide exceptionnelle à l'automobile américaine (19 décembre 2008) © TF1/LCI

Après maints atermoiements, et l'échec du vote d'un plan de sauvetage pour l'automobile, le gouvernement américain va donc bel et bien puiser dans les 700 milliards de dollars du plan Paulson à l'origine réservés au sauvetage des banques américaines (les fonds dits "Tarp"). George W. Bush l'a annoncé vendredi dans une allocution, jugeant inenvisageable de laisser les constructeurs faire faillite au vu de la place prépondérante qu'occupe l'automobile au sein de l'économie américaine. Mais il a prévenu que cette aide serait subordonnée à l'adoption de "décisions difficiles".

En ce qui concerne l'ampleur de cette aide, qui aurait donné lieu à des consultations entre l'administration sortante et l'équipe de son successeur Barack Obama, elle a été précisée par un haut responsable de la Maison blanche : le gouvernement va offrir jusqu'à 17,4 milliards de dollars de prêts aux constructeurs en difficulté. General Motors et Chrysler auront accès aux fonds dès aujourd'hui, a-t-il ajouté. De fait écarté de cette aide, car jugé en situation bien moins critique, Ford a aussitôt salué comme une mesure "prudente" le soutien accordé à ses concurrents, soulignant le risque d'effet domino en cas de faillite de l'un d'eux.

13,4 milliards dès maintenant, 4 milliards plus tard

Dans un premier temps, quelque 13,4 milliards de dollars seront disponibles, sur les deux mois de décembre et janvier : 9,4 milliards de dollars  pour General Motors et 4 pour Chrysler. Une deuxième tranche de 4 milliards de dollars sera mise à disposition de Chrysler en février, sous réserve du déblocage des 350 milliards de dollars prévus dans la deuxième partie des fonds du plan Paulson par le Congrès - déblocage que le secrétaire au Trésor compte demander sous peu. Les prêts seront retirés si les constructeurs ne font pas la preuve de leur viabilité d'ici le 31 mars. Selon la Maison Blanche, les bénéficiaires seront considérés comme viables s'ils peuvent afficher une valeur nette d'actifs positive, en incluant l'ensemble de leurs coûts présents et futurs, et s'ils sont en mesure de rembourser complètement l'aide gouvernementale. Aucune aide spécifique n'est envisagée dans ce plan pour les compagnies de financement automobile. 

Les conditions posées au versement des aides incluent celles déjà envisagées lors des discussions au Congrès : attribution de warrants permettant à l'Etat américain d'obtenir des actions préférentielles, limitation des primes aux dirigeants et élimination de certains avantages en nature, comme l'utilisation de jets privés, pouvoir donné au gouvernement de bloquer les transactions supérieures à 100 millions de dollars, interdiction du versement des dividendes tant que les entreprises seront débitrices de l'Etat.

Le Trésor durcit les conditions de l'aide

Mais le Trésor, qui gèrera ce programme, a ajouté des conditions supplémentaires: - réduction des deux tiers de l'endettement par une conversion de la dette en capital ; - financement du fonds de protection sociale des retraités sous forme d'actions ; - élimination de la disposition qui permet aux salariés en chômage technique de recevoir leur salaire ; - mise en place de conventions d'entreprises qui permettent aux constructeurs d'être compétitifs avec les usines américaines des constructeurs étrangers d'ici le 31 décembre 2009 ; - alignement des salaires sur ceux pratiqués par les usines américaines des constructeurs étrangers d'ici le 31 décembre 2009.

La Maison Blanche souligne que ces conditions, d'une extrême rigueur, ne sont pas gravées dans le marbre : "les négociations pourront dévier de ces objectifs quantitatifs pour peu que l'entreprise explique les raisons de ces écarts et justifie qu'elle puisse atteindre une viabilité à long terme en dépit de cette déviation". Elles n'en sont pas moins dures à avaler pour le secteur. Le syndicat de l'automobile UAW,  estimant que certaines de ces conditions visaient "injustement" les salariés, en a  déjà appelé au futur président Barack Obama pour lui demander de revenir  dessus une fois qu'il serait à la Maison blanche. Pour l'heure, Obama, se contentant de saluer l'annonce de Bush, en a partiellement repris la rhétorique en appelant aussi à des "choix difficiles".

D'après agence

le 19 décembre 2008 à 16:06
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