Christine Lagarde/Image d'archives © DRAlors que les dommages de l'affaire Madoff ne sont pas encore complètement connus, les déclarations se sont multipliées jeudi pour tenter de rassurer les petits épargnants français. Mercredi, l'Autorité des marchés financiers estimait que les épargnants ayant investi dans des titres gérés collectivement par des institutions financières (OPCVM) pourraient perdre "plusieurs centaines de millions d'euros". "Un petit peu plus" de 500 millions d'euros, a même chiffré jeudi, sur France Info, le secrétaire général de l'AMF, Gérard Rameix. Mais Christine Lagarde l'assure : "à ma connaissance, les OPCVM qui seraient touchés sont des OPCVM spécialisés et pas du tout des OPCVM grand public, pas du tout non plus des OPCVM gérés par des banques".
"Ce que je sais aujourd'hui, c'est qu'une toute petite part des encours gérés en France est touchée ou susceptible de l'être par les agissements connus sous le nom de Madoff", a ajouté la ministre de l'Economie lors d'une conférence de presse. "Cette toute petite part représente à ma connaissance 0,05% du total des actifs. Donc, je crois que les dommages sont limités", a-t-elle poursuivi. Avant d'ajouter : "notre responsabilité aujourd'hui, ça n'est surtout pas d'affoler les épargnants puisque ce ne sont pas des OPCVM grand public qui sont concernés".
Un milliard pour les banques françaises
Même message de la part du nouveau président de l'AMF Jean-Pierre Jouyet. La fraude Madoff "ne porte que sur des investisseurs avisés, professionnels, qui disposent en général de fortunes importantes. Il n'y a aucun fonds grand public qui soit impliqué et aucun fonds où il y ait des petits épargnants", a-t-il souligné à l'issue d'un entretien avec le Premier ministre François Fillon. Un peu plus tard, l'AMF indiquait toutefois que 8% des quelque 500 millions d'euros de pertes potentielles des OPCVM exposés concernent le "grand public", soit environ 40 millions d'euros. L'Autorité a également demandé à toutes les sociétés de gestion dont les fonds sont concernés de "prévenir sans délai leurs clients de façon individuelle et de diffuser également l'information sur leur site internet".
Pour l'heure, la facture se monte à environ un milliard d'euros pour les banques françaises, touchées via les prêts qu'elles ont accordés à des investisseurs qui ont placé leur argent dans des fonds gérés par Madoff. La plus exposée est Natixis, avec 450 millions d'euros, suivie par BNP Paribas, avec 350 millions. D'autres banques européennes sont concernées, dont l'espagnole Santander (2,33 milliards d'euros), la néerlandaise Fortis (1 milliard d'euros) ou HSBC (1 milliard de dollars). Jeudi, l'Union bancaire privée (UBP), grande institution genevoise, a reconnu dans la presse une exposition de plus d'un milliard de francs suisses, soit 645 millions d'euros. Dans cette escroquerie pyramidale dont est accusé Bernard Madoff, les intérêts de ses clients existants étaient payés grâce au capital apporté par de nouveaux investisseurs. La fraude a été découverte lorsque des clients ont voulu récupérer leur mise en raison de la crise financière.
Une enquête de la SEC dès 2006 |
Les inspecteurs du régulateur boursier américain avaient enquêté sur des irrégularités concernant l'investisseur Bernard Madoff dès 2006, mais avaient écarté l'éventualité d'une fraude, affirme jeudi le Wall Street Journal. "Les inspecteurs de la Securities and Exchange Commission avaient découvert en 2006 que Bernard Madoff avait trompé l'agence sur la manière dont il gérait l'argent de ses clients, mais la SEC avait manqué l'occasion de découvrir" la fraude gigantesque montée par l'investisseur, indique le WSJ. Le quotidien financier a ainsi épluché les courriers et documents d'un investisseur concurrent, Harry Markopolos, échangés avec la SEC pendant plusieurs années. "Quand il a commencé à se pencher sur les performances des investissements de M. Madoff fin 1999, M. Markopolos avait dit à un collègue de l'époque : 'Cela n'a aucun sens. Cela doit être un schéma de Ponzi'", un système de fraude pyramidale, relate le WSJ. Sur la base des allégations de Harry Markopolos, la SEC avait ouvert le 4 janvier 2006 une enquête sur la société de Bernard Madoff, examinant des documents de l'investisseur. Finalement la SEC avait décidé de clore l'enquête, "parce que les irrégularités n'étaient pas suffisamment sérieuses pour mandater une action en justice", rapporte le quotidien. |
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