© TF1/LCIJean-Paul Huchon a décidé de taper du poing sur la table. Cumulant les casquettes de président du conseil régional d'Ile-de-France et de président du syndicat des transports d'Ile-de-France, l'élu socialiste reçoit aujourd'hui Guillaume Pepy, le président de la SNCF, et Pierre Mongin, le président de la RATP. La rencontre était planifiée avant Noël, et il s'agissait alors, pour la RATP, d'une "réunion de routine". Mais entretemps a eu lieu l'épisode du blocage de la gare Saint-Lazare. La pagaille monstre qu'a entraînée la semaine dernière la grève spontanée lancée après l'agression d'un conducteur, aggravée par la fermeture de la gare et l'évacuation des voyageurs mécontents "pour raisons de sécurité", n'a pas peu contribué à changer la réunion en séance d'explication sur les défaillances des transports en Ile-de-France. Et ce d'autant plus que cette crise avait été précédée d'un mois de perturbations sur le même réseau en raison d'une grève des conducteurs.
Installations vétustes, pannes à répétition, incidents divers et variés paralysant des lignes déjà saturées sur lesquelles circulent des rames bondées : les trajets quotidiens de nombreux voyageurs franciliens s'apparentent souvent à autant de parcours du combattant. Quelques chiffres en forme de signaux d'alarme : entre janvier et octobre 2008, le taux de régularité des trains gérés par la SNCF en Ile-de-France a été de 89,2%. Mais il cache des disparités, entre des taux dépassant les 95% en plein mois d'août, lorsque nombre de Franciliens sont en vacances et le réseau moins saturé, et des chiffres chutant à 84,3% en octobre. Or, 15,7% de trains en retard en moyenne sur un mois, cela signifie que 400.000 à 500.000 voyageurs en ont pâti.
Problèmes d'infrastructures et batailles politiques
Déjà au printemps, le chef de l'Etat et Jean-Paul Huchon s'étaient opposés après des incidents répétés sur la ligne A du RER, devenue la ligne la plus fréquentée du monde avec plus d'un million de voyageurs par jour. Nicolas Sarkozy avait assuré que l'Etat "reprendrait la main" pour la modernisation de cette ligne si les "oppositions stériles" et les "querelles politiciennes" locales retardaient les investissements nécessaires. Jean-Paul Huchon avait répliqué qu'il ne voyait pas "comment l'Etat pourrait reprendre la main", et "où il trouverait l'argent", puisqu'il avait transféré la compétence des transports régionaux "pour se débarrasser des dépenses".
Cet exemple illustre la dimension à la fois financière et politique des difficultés, liées notamment à l'insuffisance de l'offre de banlieue à banlieue. Pour aller d'Ormesson-sur-Marne au Kremlin-Bicêtre, séparés de 19,71 km, il faut 27 minutes en automobile et 1h19 en transports en commun, après un passage par Paris, souligne le secrétaire d'Etat UMP Roger Karoutchi. La seule solution est de réaliser les tangentielles et rocades prévues autour de Paris, s'accordent à dire les experts. Mais les besoins financiers à 20 ans sont énormes : le Groupement des Autorités Responsables de Transports Publics, rejoint par le gouvernement et les acteurs du Grenelle de l'Environnement, les estime à 27 milliards d'euros, contre 14 milliards pour l'ensemble des autres régions.
Si près de 4 milliards d'euros ont été annoncés à l'issue du Grenelle 1 pour les transports urbains, "aucune disposition n'a été retenue à ce stade pour l'Ile-de-France", souligne la région. Jean-Paul Huchon a présenté un "plan de mobilisation" de 17,8 milliards d'euros, dont 12 à la charge de la région et des départements franciliens. Selon lui, le Premier ministre l'a validé dans son principe. Le projet est en trois volets. Traitement des "situations d'urgence" : RER, ligne 13 du métro et "changement en profondeur" du matériel "vétuste" de la SNCF et de la RATP. Deuxièmement, accélération d'une dizaine de chantiers, dont les tangentielles ferrées Nord et Ouest, tram-train Massy-Evry et prolongement de la ligne 11 du métro. Enfin, réalisation d'ici à 2020 de deux grands projets : rocade ferroviaire autour de Paris Métrophérique Arc Express (6 milliards), "épine dorsale" du schéma directeur régional (SDRIF) adopté le 25 septembre, dont les études sont inscrites dans un contrat Etat-région, et prolongement du RER E à l'ouest.
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