Le Crédit Agricole © TF1/LCIPour nombre d'entreprises, la crise est là avec son cortège de mauvaises nouvelles : embauches bloquées, CDD non renouvelés, progression salariale bien en deçà de l'inflation... Les banques souffrent aussi, elles par lesquelles la vague est arrivée : crise financière tout d'abord, crise de confiance ensuite, puis plus globalement crise économique... Dans ce contexte grisâtre de début 2009, Nicolas Sarkozy a demandé jeudi aux dirigeants des banques françaises de suspendre cette année la "part variable" de leurs rémunérations sur les résultats de 2008, en contrepartie du soutien financier que l'Etat leur a apporté.
Certains ont choisi de répondre d'emblée favorablement à la demande. D'autres bottent en touche. Dans la première catégorie, on trouve le président et le directeur général de BNP Paribas, Michel Pébereau et Baudoin Prot : ils avaient fait savoir samedi qu'ils renonçaient à ce fameux bonus, alors même que leur banque, malgré les déferlantes de la crise, devrait être l'une des rares bénéficiaires cette année, de près de 3 milliards d'euros. Ils avaient l'an dernier respectivement touché 875.000 et 2,27 millions d'euros au titre de cette fameuse part variable. Dans la deuxième catégorie, on trouve les directeurs généraux de la Société Générale, Frédéric Oudéa, et du Crédit Agricole, Georges Pauget, s'il faut en croire un "indiscret" du Journal du Dimanche. Selon le journal, Georges Pauget estime ainsi que la fixation de sa rémunération dépend de son conseil d'administration et de son comité de rémunération.
Il a toutefois tenu à souligner après la parution de l'article du JDD "qu'aucune polémique ne saurait exister" avec l'Elysée dans ce domaine, sa rémunération ne dépendant pas de lui mais bien "d'instances spécifiques représentant les actionnaires" - instances dont il respectera la décision. Le communiqué de Crédit Agricole SA a précisé par ailleurs que "le comité des rémunérations prend bien évidemment en compte le contexte général de l'entreprise et les recommandations des pouvoirs publics". Pas de commentaire en revanche, dimanche soir, du côté de la Société Générale.
Quid des actionnaires
L'Etat avait accordé aux banques françaises en décembre une première tranche de prêts de 10,5 milliards d'euros. Six grandes institutions financières en avaient bénéficié : Crédit Agricole, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Mutuel, Caisse d'Epargne et Banque Populaire. Et cette semaine, le ministère des Finances a précisé que les banques pourraient bénéficier d'un nouveau prêt de l'Etat de 10,5 milliards d'euros d'ici la fin du premier trimestre, ce qui porterait l'aide publique à 21 milliards d'euros.
Quels peuvent être les effets du "non" des dirigeants de la Société Générale et du Crédit Agricole à la demande du chef de l'Etat - s'il se confirme ? Alors que faillites et licenciements se multiplient avec la crise et que l'opposition reproche au gouvernement l'absence de mesures en faveur du pouvoir d'achat dans son plan de relance, tout nouvel excès en matière de rémunérations serait de nature à choquer l'opinion. "Des contreparties" seront d'ailleurs demandées aux banques qui voudront bénéficier de la deuxième tranche du plan de soutien de l'Etat, a ainsi promis jeudi le chef de l'Etat. A Bercy, on assure que ces engagements figureront noir sur blanc dans la convention qui sera signée avec les banques au moment du versement.
Mais pour la première tranche, il n'en avait pas été question. Et au-delà des dirigeants de banques, leur exemple pourrait influer sur les actionnaires : pour le président PS de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Didier Migaud, il serait ainsi "inadmissible" que les banques, qui ont reçu des fonds de l'Etat pour affronter la crise, versent des dividendes à leurs actionnaires pour l'exercice 2008. Le médiateur national du crédit René Ricol estime aussi que les actionnaires doivent faire preuve de "solidarité" en ne percevant plus de dividendes "pendant un an ou deux", compte tenu de la situation économique.
D'après agence
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