© AFP"Stratégie d'influence", "rapports incestueux", "mélange d'intérêts"... Les politiques indignés ne mâchent pas leurs mots, alors que plusieurs médias assurent qu'un proche de Nicolas Sarkozy, François Pérol, secrétaire général adjoint de l'Élysée, prendra la direction de la nouvelle banque issue de la fusion Caisse d'Epargne-Banque Populaire. Rumeur ou pas, si la ministre de l'Economie a refusé, lundi matin sur Europe 1, de commenter "des rumeurs de marché", cette possible nomination fait polémique.
Premier à réagir dimanche, le président du MoDem François Bayrou a jugé qu'une telle nomination serait "illégale". "Tous les textes, à la fois de déontologie et du code pénal, indiquent qu'il est interdit à une personne ayant exercé l'autorité publique sur une entreprise privée, qu'elle soit fonctionnaire ou agent temporaire, d'exercer quelque fonction que ce soit dans cette entreprise avant un délai de trois ans révolus", a-t-il déclaré. Or, en participant au processus de fusion piloté par l'Elysée, François Pérol, conseiller de Nicolas Sarkozy pour les affaires économiques, "a joué un rôle actif" dans le dossier, "jusqu'à convoquer jeudi dernier les dirigeants des deux entités dans son bureau", a souligné François Bayrou. Même ton de la part l'ex ministre de l'Economie et président de la commission des Finances du Sénat Jean Arthuis (Union centriste), qui juge l'hypothèse de cette nomination "choquante (...) les règles déontologiques ne l'autorisant pas".
Hollande : la "volonté" de Sarkozy de "décider de tout"
Même dans les rangs de l'UMP, cela dérange. "On renoue là avec une vieille habitude de rapports incestueux entre la haute administration et les grandes entreprises qui était plutôt en régression ces dernières années", a déploré auprès de l'AFP le député villepiniste François Goulard. "Pourtant, on a vu durant les années 1990 pas mal de hauts fonctionnaires mener un certain nombre de banques à la catastrophe".
Au PS, c'est franchement l'indignation. Le porte-parole Benoît Hamon y avait vu dimanche une "stratégie" du président Sarkozy visant à "asseoir une partie de son influence dans les milieux économiques, par oligarques interposés ou par la volonté de placer untel ou untel". "Ce n'est pas que l'Etat Sarkozy, c'est le patronat Sarkozy", avait insisté l'eurodéputé. Au-delà du seul problème "déontologique, moral", l'ex Premier secrétaire François Hollande voit aussi un problème "politique" : cette nomination démontrerait "cette volonté" de Nicolas Sarkozy de "décider de tout", a-t-il estimé.
Les ‘pour', même à gauche
Il y a aussi ceux qui sont pour. Même dans les rangs de l'opposition. Pour le député socialiste Jean-Louis Bianco, proche de Ségolène Royal, "dans la vie, on peut être politique et on peut être homme d'entreprise", "ça ne me gêne pas du tout", a-t-il affirmé, relevant que le secrétaire général adjoint de l'Elysée avait été précédemment en poste "dans la banque et dans l'entreprise". "Maintenant il faut vérifier (...) s'il n'y a pas mélange d'intérêts", a-t-il toutefois ajouté.
Idem pour le député (UMP) Hervé Mariton. "S'il y a un problème déontologique, il existe une commission pour le dire", a-t-il déclaré. "Je ne crois pas que le fait que M. Pérol ait aidé à dénouer ce dossier constitue une raison suffisante pour nous priver de son talent" à la tête du futur groupe. Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a déploré une "malveillance systématique" entourant les nominations proposées par Nicolas Sarkozy, jugeant "ubuesque" la polémique concernant François Pérol, la décision le concernant n'étant "même pas prise". Quant au porte-parole du gouvernement Luc Chatel, il a assuré que si le collaborateur de Nicolas Sarkozy était nommé à la tête du futur groupe, "la commission de déontologie se réunirait et émettrait un avis".
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