Kerviel dit ses vérités

Par , le 08 février 2009 à 21h39 , mis à jour le 08 février 2009 à 22h53

Pour la 1ère fois à la télé, le trader mis en examen pour falsifications raconte comment il a pu faire perdre des milliards d'euros à la Société générale. "On m'a laissé faire", a-t-il dit dans 7 à 8 sur TF1.

Jérôme Kerviel Société généraleJérôme Kerviel sur "7 à 8" le dimanche 8 février 2009 © TF1

> "Je me battrai jusqu'au bout"
  • Kerviel resurgit

    Alors que son procès s'ouvre le 8 juin, l'ex-trader de la Société générale relance sa ligne de défense, en publiant un livre, en accusant sa hiérarchie et en appelant ses anciens collègues dans une interview au JDD à "témoigner".

    Publié le 02/05/2010 Kerviel resurgit
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> L'intégralité de l'interview
 

Avec sa souris d'ordinateur et son téléphone, il aurait fait perdre près de 5 milliards d'euros à la Société générale. Pour la première fois à la télévision, le trader Jérôme Kerviel, mis en examen pour des falsifications, a décidé de s'expliquer sur l'affaire. C'était dimanche sur TF1 dans l'émission 7 à 8.
 
Au début de l'entretien réalisé par le journaliste Thierry Demaizières, le jeune homme de 32 ans, vêtu d'une chemise rose pâle, d'un pull noir et d'un jean, est tendu. Le débit rapide, le front moite, il explique que cela lui coûte de parler. Mais ce soir, il est là pour dire sa vérité, prêt à aller jusqu'au bout "pour sauver sa peau".
 
"Alors tu as été une bonne gagneuse ?"
 
Celui que ses collègues appelaient "Cash Machine" commence par raconter l'engrenage. Le jeune breton découvre ce monde de la finance à l'âge de 28 ans. "Ce n'était pas un jeu, c'était mon métier d'investir sur les marchés financiers, précise Jérôme Kerviel en reconnaissant que peu à peu on perd les notions des montants". "Ça va très vite, raconte encore le trader, on investit de l'argent, on achète bas et on espère vendre plus cher. En 5 secondes vous pouvez investir 200 millions d"euros..." Il raconte aussi la pression induite avec ces objectifs qui montent chaque année. "A la fin de la journée, mon chef me donnait une tape dans le dos en me disant : 'Alors tu as été une bonne gagneuse aujourd'hui ?", se souvient le trader.
 
Jusqu'en 2007, tout marche. "L'argent rentre, mes chefs sont contents", résume Jérôme Kerviel. Et puis, la situation sur les marchés financiers se complique, pour le jeune trader aussi. "On est très mal, on ne dort pas bien parce que toute la nuit, on repense à ses opérations", raconte-t-il. Et de reconnaître un monde en vase clos.
 
"A aucun moment, on ne m'a dit 'arrête tes conneries"
 
Le ton se fait plus offensif. "Vous êtes accusé d'avoir falsifié des comptes", le questionne le journaliste. "Tout a été vu", se défend aussitôt Jérôme Kerviel réaffirmant que la Société générale était au courant de ses énormes prises de position sur les marchés. "A aucun moment, on ne m'a dit 'arrête tes conneries', continue-t-il. On me l'aurait dit, j'aurais arrêté". Il raconte que la seule question de ses supérieures se limitait à lui demander combien il avait gagné.
 
A plusieurs reprises, il conteste la version de la Société générale. "Oui j'ai fait des bêtises, il y a des opérations fictives, mais je n'ai pas falsifié les comptes, martèle-t-il. Et puis, "On m'a laissé faire" comparant sa situation à l'image suivante : "Ils ont ouvert la voiture, on m'a donné les clefs en me faisant des gestes de la tête en disant : 'Vas-y ! Vas-y'". J'ai peut être été plus loin que les autres mais on m'a poussé", résume-t-il se comparant à un petit soldat qui a voulu bien faire. Le trader remet également en cause le montant de la perte de 4,9 milliards d'euros que lui attribue la banque. "Aucune preuve n'a été apportée que ce chiffre correspond à ce qui a été perdu sur mes positions, dit-il.
 
"Je suis mister nobody et je veux redevenir personne"
 
Le jeune homme à la gueule de cinéma insite sur sa bonne foi : "Au début de l'affaire, lors de ma garde à vue, j'ai reconnu mes erreurs. Depuis, je n'ai pas changé de version des faits. Je pensais sincèrement qu'en expliquant à la brigade financière et au juge d'instruction où aller chercher, je pensais qu'ils iraient pour faire la vérité", a expliqué le trader. Mais, dit-il, "je me suis rendu compte qu'ils n'avaient pas envie d'y aller. Et à un certain stade, je me suis dit 'je suis en train de sauver ma peau'". Jérôme Kerviel critique également le déroulement de l'enquête judiciaire : "Toutes les preuves sont là-bas (à la Société générale, NDLR.), si les juges ne vont pas chercher les documents, je ne pourrais pas me défendre."
 
Si un trader s'est suicidé à la Défense pour des sommes inférieures, Jérôme Kerviel dit n'avoir jamais songé à se donner la mort. "La vie est trop précieuse". De cette histoire, il gardera l'image de sa mère au parloir quand il est en prison. "Mon père m'a transmis quelque chose qui est son nom de famille. Il a été sali pendant un an et je me battrai jusqu'au bout pour que la vérité soit faite", explique, ému, le jeune homme. Il termine par cette phrase : "Je ne suis pas un héros, ni un escroc. Une chose vraie : Je suis mister nobody et je veux redevenir personne."

Par Amélie Gautier le 08 février 2009 à 21:39
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8 Commentaires

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  • Jacqueline, le 09/02/2009 à 08h33

    Je pourrais être ta mère et de ce fait, je te dis courage mon fils, c'est le pot de fer contre le pot de terre, mais tu as beaucoup de monde derrière toi, ta sincérité est évidente. Jacqueline.

  • Minou, le 08/02/2009 à 23h17

    C'est toujours pareil. Quand les traders font gagner des milliards aux banques, on ne dit rien. Mais quand rien ne va plus, on s'attaque à ceux.

  • Nouchka13, le 08/02/2009 à 23h08

    Allez Jérome nous avons tous compris, la SG a voulu se servir de toi pour masquer ses pertes dans l'affaire des subprimes aux USA. Nous savons bien que tu n'as pas pu faire ça tout seul.

  • Dan, le 08/02/2009 à 22h56

    Courage Jérôme tiens bon, on sait bien que c'est toi que tu dis la vérité et cmomme dit Claudine de Nantes tu es le bouc émissaire tout trouvé, on ne doute pas que tu as été pris par le système. Je te souhaite de revenir trés vite mister nobody.

  • Amarlekabyle51, le 08/02/2009 à 22h56

    Qui peut croire qu'une banque ne sache pas ce que "fabrique" un de ses pions ? Il suffit de voir ce qu'entraîne un découvert de 10 euros. Alors quand il ne s'agit que de 5 milliard ? Jérome Kerviel sert de fusible, la morale est sauve et tout le monde est content.

  • Roro, le 08/02/2009 à 22h50

    Mr Kerviel je ne vous connais pas mis je suis enièrement derrière vous. Ce n'est pas vous le fautif mais votre hiearchie, elle était bien aux premières loges quans vous lui faisiez faire des bénéfices. Mais hélas en France c'est toujours comme ça tant que ça marche c'est grace aux supérieurs et quand ça ne ne marche pas c'est à cause des sans grades ou des ouvriers. Tenez bon on est derrière vous

  • Joel, le 08/02/2009 à 22h25

    Il a l'air sincère

  • Claudine, le 08/02/2009 à 21h50

    Vas-y petit, nous sommes derrière toi, nous savons que tu dis vrai, il faut toujours un bouc émissaire. Tiens bon.

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