Jérôme Kerviel sur "7 à 8" le dimanche 8 février 2009 © TF1![]() |
> "Je me battrai jusqu'au bout"
> L'intégralité de l'interview |
Avec sa souris d'ordinateur et son téléphone, il aurait fait perdre près de 5 milliards d'euros à la Société générale. Pour la première fois à la télévision, le trader Jérôme Kerviel, mis en examen pour des falsifications, a décidé de s'expliquer sur l'affaire. C'était dimanche sur TF1 dans l'émission 7 à 8.
Au début de l'entretien réalisé par le journaliste Thierry Demaizières, le jeune homme de 32 ans, vêtu d'une chemise rose pâle, d'un pull noir et d'un jean, est tendu. Le débit rapide, le front moite, il explique que cela lui coûte de parler. Mais ce soir, il est là pour dire sa vérité, prêt à aller jusqu'au bout "pour sauver sa peau".
"Alors tu as été une bonne gagneuse ?"
Celui que ses collègues appelaient "Cash Machine" commence par raconter l'engrenage. Le jeune breton découvre ce monde de la finance à l'âge de 28 ans. "Ce n'était pas un jeu, c'était mon métier d'investir sur les marchés financiers, précise Jérôme Kerviel en reconnaissant que peu à peu on perd les notions des montants". "Ça va très vite, raconte encore le trader, on investit de l'argent, on achète bas et on espère vendre plus cher. En 5 secondes vous pouvez investir 200 millions d"euros..." Il raconte aussi la pression induite avec ces objectifs qui montent chaque année. "A la fin de la journée, mon chef me donnait une tape dans le dos en me disant : 'Alors tu as été une bonne gagneuse aujourd'hui ?", se souvient le trader.
Jusqu'en 2007, tout marche. "L'argent rentre, mes chefs sont contents", résume Jérôme Kerviel. Et puis, la situation sur les marchés financiers se complique, pour le jeune trader aussi. "On est très mal, on ne dort pas bien parce que toute la nuit, on repense à ses opérations", raconte-t-il. Et de reconnaître un monde en vase clos.
"A aucun moment, on ne m'a dit 'arrête tes conneries"
Le ton se fait plus offensif. "Vous êtes accusé d'avoir falsifié des comptes", le questionne le journaliste. "Tout a été vu", se défend aussitôt Jérôme Kerviel réaffirmant que la Société générale était au courant de ses énormes prises de position sur les marchés. "A aucun moment, on ne m'a dit 'arrête tes conneries', continue-t-il. On me l'aurait dit, j'aurais arrêté". Il raconte que la seule question de ses supérieures se limitait à lui demander combien il avait gagné.
A plusieurs reprises, il conteste la version de la Société générale. "Oui j'ai fait des bêtises, il y a des opérations fictives, mais je n'ai pas falsifié les comptes, martèle-t-il. Et puis, "On m'a laissé faire" comparant sa situation à l'image suivante : "Ils ont ouvert la voiture, on m'a donné les clefs en me faisant des gestes de la tête en disant : 'Vas-y ! Vas-y'". J'ai peut être été plus loin que les autres mais on m'a poussé", résume-t-il se comparant à un petit soldat qui a voulu bien faire. Le trader remet également en cause le montant de la perte de 4,9 milliards d'euros que lui attribue la banque. "Aucune preuve n'a été apportée que ce chiffre correspond à ce qui a été perdu sur mes positions, dit-il.
"Je suis mister nobody et je veux redevenir personne"
Le jeune homme à la gueule de cinéma insite sur sa bonne foi : "Au début de l'affaire, lors de ma garde à vue, j'ai reconnu mes erreurs. Depuis, je n'ai pas changé de version des faits. Je pensais sincèrement qu'en expliquant à la brigade financière et au juge d'instruction où aller chercher, je pensais qu'ils iraient pour faire la vérité", a expliqué le trader. Mais, dit-il, "je me suis rendu compte qu'ils n'avaient pas envie d'y aller. Et à un certain stade, je me suis dit 'je suis en train de sauver ma peau'". Jérôme Kerviel critique également le déroulement de l'enquête judiciaire : "Toutes les preuves sont là-bas (à la Société générale, NDLR.), si les juges ne vont pas chercher les documents, je ne pourrais pas me défendre."
Si un trader s'est suicidé à la Défense pour des sommes inférieures, Jérôme Kerviel dit n'avoir jamais songé à se donner la mort. "La vie est trop précieuse". De cette histoire, il gardera l'image de sa mère au parloir quand il est en prison. "Mon père m'a transmis quelque chose qui est son nom de famille. Il a été sali pendant un an et je me battrai jusqu'au bout pour que la vérité soit faite", explique, ému, le jeune homme. Il termine par cette phrase : "Je ne suis pas un héros, ni un escroc. Une chose vraie : Je suis mister nobody et je veux redevenir personne."
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Kerviel resurgit
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