L'ex-PDG de Valeo saute avec un jackpot

le 24 mars 2009 à 07h55 , mis à jour le 24 mars 2009 à 15h26

Valeo le confirme : Thierry Morin va empocher 3,2 millions d'euros, alors que l'équipementier automobile, aidé par l'Etat, va supprimer 1600 emplois.

Thierry Morin PDG ValéoThierry Morin en 2008 © REUTERS

L'information est maintenant confirmée officiellement par Valeo. Comme l'affirmait Libération, Thierry Morin, président-directeur général partant de Valeo, devrait quitter l'entreprise avec un parachute doré de 3,2 millions d'euros alors même que l'équipementier automobile est en grande difficulté. Le journal affirme que l'équipementier automobile lui a confirmé lundi ce montant, équivalent à deux années de salaire du dirigeant.

Selon le document de référence 2008 de Valeo, le groupe avait fixé en février l'indemnité de départ forfaitaire de Thierry Morin "à deux ans de  rémunération fixe et variable, la rémunération à prendre en compte étant la moyenne des rémunérations fixes et variables perçues au titre des trois derniers  exercices précédant son départ". Cette indemnité pouvait être versée dans le cas d'un changement de contrôle  du groupe ou dans celui d'un changement de stratégie décidé par le conseil d'administration, est-il indiqué. C'est le cas, puisque Valeo a annoncé lundi le départ de Thierry Morin à la suite de "divergences stratégiques" et son remplacement par Jacques Aschenbroich pour le seul poste de directeur général.

"Cette somme de 3,2 millions d'euros inspire de la colère quand sur presque tous les sites en France les salariés chôment les jeudi et vendredi, quand on est sous le coup d'un plan social d'une telle envergure avec 1600 suppressions en France et quand l'entreprise propose en moyenne 1% d'augmentation salariale", a commenté Denis Bréant, secrétaire CGT du comité de groupe européen. "Les salariés ont un sentiment d'injustice, on nous accoste dans les ateliers en disant : Valeo a touché les aides de l'Etat et ils vont donner ça à Thierry Morin".

"Un problème de morale"

Réagissant à cette information, Luc Chatel a annoncé mardi matin que l'Etat "s'opposerait" au versement de ce bonus. "Ce type de parachute doré doit être validé par l'assemblée générale des  actionnaires. L'Etat est aujourd'hui, à travers la Caisse des Dépôts et le fonds  de modernisation des équipementiers, présent au capital de Valeo, à hauteur de  8%, et donc il sera à l'assemblée générale", a expliqué le porte-parole du gouvernement sur Europe 1. Même indignation du ministre du Budget, Eric Woerth, qui a estimé  que l'indemnité n'était "pas normale" et qu'il "serait plus juste" qu'il y  renonce. Laurence Parisot elle-même a demandé à Thierry Morin de renoncer "immédiatement" à ses indemnités de départ. "Le mouvement des entreprises de France ne se reconnaît pas dans le comportement d'un dirigeant qui piétine ainsi l'intérêt général de son entreprise, qui méprise ses salariés, qui bafoue ses patrons de PME et notamment des PME sous-traitantes de cette entreprises et qui foule au pieds notre code de gouvernance", a déclaré la présidente du Medef lors d'une conférence de presse.
 
Comme ses concurrents, Valeo a été sévèrement éprouvé par le retournement des marchés automobiles mondiaux observé depuis l'été. Le Fonds stratégique d'investissement (FSI) a annoncé le 25 février une prise de participation de 2,35% au capital de Valeo pour près de 19 millions d'euros. Cette intervention en fonds propres lui permet de contrôler 8,33% du capital de la société aux côtés de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) qui détenait déjà 5,98%.
 
Valeo a publié le 13 février dernier une perte nette de 207 millions d'euros au titre de 2008 et prévenu que sa marge opérationnelle était susceptible d'être négative au premier semestre 2009, sans fournir de prévisions pour le reste de l'exercice. Confronté à une baisse drastique de ses ventes (près de 30% sur le seul quatrième trimestre 2008), il a fait part de son intention de supprimer 5000 postes dans le monde dont environ 1600 en France. En plein débat sur la rémunération des dirigeants d'entreprise, l'Association des actionnaires minoritaires avait accusé Thierry Morin de ne pas s'être conformé aux directives du Medef en la matière. La direction du groupe avait annoncé quelques semaines plus tard la réduction du salaire de son P-DG.

Les bonus choquent partout

En pleine crise, la planète bouillonne de scandales sur les rémunérations des cadres et dirigeants d'entreprises.
 
Aux Etats-Unis, des cadres de l'assureur américain AIG ont accepté de rendre environ 50 millions de dollars au total provenant des primes qu'ils ont reçues, a indiqué lundi le ministre de la Justice de l'Etat de New York, "Mon bureau a travaillé avec AIG et ses employés" pour retracer les 165 millions (de dollars) de primes qui ont été payées le 15 mars 2009, a indiqué Andrew Cuomo. "Pour l'instant, neuf des dix principaux bénéficiaires des primes ont accepté de rendre leur prime. Parmi les 20 principaux bénéficiaires, 15 ont accepté de rendre leur prime". "J'aimerai dire ceci aux personnes qui ont rendu l'argent : vous avez fait la bonne chose", a ajouté le ministre.
 
En Suède, le gouvernement a  fait savoir mardi qu'il allait interdire les bonus pour les cadres des entreprises nationales, ces primes ayant soulevé un tollé depuis le début de la crise financière. Le gouvernement de centre droit compte inviter les actionnaires d'autres grandes entreprises à discuter de "niveaux de rémunération raisonnables" au sein des sociétés suédoises. Les critiques ont visé surtout, en Suède, les primes versées aux cadres des fonds de pension privés comme des fonds de pension publics. Volvo, deuxième constructeur mondial de poids lourds, et la banque SEB ont retiré d'ores et déjà leur projet de verser des bonus à leurs cadres dirigeants.

le 24 mars 2009 à 07:55
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46 Commentaires

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  • Nat73, le 24/03/2009 à 13h05

    Non seulement il met sa boîte en danger et ses employés à la porte mais en plus on le remercie !!! Dites çà aux artisans qui n'ont plus de boulot et qui ferment parce qu'ils ne peuvent pas payer l'urssaf !!! Dites aux entrepreneurs qui ne trouvent plus le sommeil à force de se demander comment ils vont payer les salaires de leurs employés !!! Vous dormez comment, Monsieur Morin ???

  • Gg, le 24/03/2009 à 13h00

    Et qu'en pensent les actionnaires ???

  • PATRICK, le 24/03/2009 à 13h00

    J'imagine mal comment les employé(e)s de Valeo dont l'emploi est menacé peuvent garder leur calme , quand on annonce de tel chiffre pour un départ en carrosse doré,! ! !

  • Meister, le 24/03/2009 à 12h39

    Tout bonnement scandaleux, on licencie, et monsieur le directeur empoche le Jackpot, ne serait ce pas une sorte de parachute doré, alors que des millions de FRANCAIS, on du mal a joindre les deux bouts.--- -Décidément, la FRANCE, s'inspire vraiment du système Américain, on licencie des milliers d'employés, et le patron part avec une valise pleine d'argent, sans penser des milliers de familles, qu'il laisse sur le carreau.

  • Revard, le 24/03/2009 à 12h23

    Comme d'habitude toujours les memes qui s'engraisse et tjrs les ouvriers qui paye.....merci mr sarkosy!!!

  • Bouchu, le 24/03/2009 à 12h20

    Rien à dire concernant valéo.Mais que dire du crédit agricole.Ou sont passés les fonds levés en Bourse ?Que dire de la direction qui va recevoir les fonds de l'état et donc du contribuable.?et que dire du comportement à cet effet des directeurs régionnaux qui ont ruinés leurs actionnaires ? il y en a qui ont reçu la légion d'honneur.C'est à pleurer

  • Ferrante jacqueline, le 24/03/2009 à 12h17

    Je crois qu'il faut arreter, le gouvernement doit prendre ses responssabilités, et faire en sorte que ces"gens" qui partent avec un jackpot , alors que l'entreprise est en difficulté et va licencier, payent 95% d'impots sur les sommes qu'ils empochent, ou tout simplement interdire ce genre de pratique quand les entreprises vont mal.

  • Florent, le 24/03/2009 à 12h04

    Un contrat de dirigeant d 'entreprise portant sur une prime de départ se doit d'être caduc et dénoncé quand l'entreprise est laissée avec de tels résultats catastrophiques : monsieur Morin a échoué à son poste,qu'il ne soit pas en plus démesurément rémunéré.

  • Bebert44, le 24/03/2009 à 11h55

    Tous les jours des entreprises licencient par ce qu'elles ne font plus de bénéfices. Valéo licencie pour cette raison. 5000 personnes vont perdre leur emploi. Le PDG lui va toucher pour partir 3.2 millions d'euros. Tout cet argent sera mis sur un compte dormant. Comme peut on relancer une économie avec de tels comportement. Totalement irresponsable

  • Elodie82, le 24/03/2009 à 11h50

    HALLUCINANT, tout simplement scandaleux...Comment peut-on verser une telle somme à 1 seul homme alors que le secteur va si mal, est-ce que ces gens se rendent compte que avec 3.2 millions d euros on pourrait faire tellement, et a t-il vraiment besoin de tout cet argent...Si seulement l 'Homme était tout simplement plus solidaire, cela changerait beaucoup de choses. Elodie de Bordeaux

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