Créations d'entreprise : les banques ne jouent pas le jeu

Par , le 21 avril 2009 à 11h06 , mis à jour le 23 avril 2009 à 23h04

Malgré leurs promesses de rouvrir le robinet du crédit, les banques ne prêtent pas aux jeunes créateurs d'entreprise, selon une enquête HCG-LCI.fr.

Le classement de l'enquête HCG-LCI.frLe classement de l'enquête HCG-LCI.fr © DR

'Les banquiers ne tiennent pas leurs promesses" : l'analyse de l'étude sur LCI Radio avec Fabrice Lanoë, patron de HCG

Qui bluffe ? Lorsque l'on est confronté d'un côté, à des banques qui jurent la main sur leur cœur qu'elles ont rouvert le robinet du crédit, et de l'autre, à des entrepreneurs qui alertent notre rédaction pour nous dire qu'il est toujours bel et bien fermé, la question se pose rapidement...
 
Pour s'en assurer, nous avons décidé de "tester" les banques. Pour LCI.fr, la société d'études Human Consulting Group (HCG) a soumis les établissements financiers au même exercice, de la mi-février à la mi-mars. Elle a confronté les banques à deux jeunes créateurs d'entreprise - en réalité des enquêteurs -  munis d'un bon dossier (fictif) de création d'entreprise. Elle a ensuite suivi ces vrais-faux entrepreneurs pas à pas. Volontairement, HCG a proposé aux banques une ouverture de compte et un dossier de crédit apparemment faciles à décrocher : elles ne devaient prêter que 10.000 euros sur les 30.000 nécessaires à la création d'une nouvelle activité, l'apport de 20.000 euros restants étant avancés par les entrepreneurs eux-mêmes.

  
Verdict sans appel : les banques ne prêtent pas
 
Enquête HCG-LCI.fr – classement généralTrois étapes ont été passées au crible. D'abord, l'accueil téléphonique de la banque lors d'une première prise de contact. Ensuite, l'entretien avec un responsable lorsqu'une rencontre a été proposée. Enfin, les suites données à cet échange par la banque jusqu'à l'éventuelle ouverture d'un compte et la signature du crédit demandé. Douze grandes banques ont été "testées" dans un même quartier, celui de Nation à Paris, où elles ont chacune au moins une agence. Ce choix est révélateur des pratiques des banques en France car les demandes de prêts remontent ensuite à leurs sièges régional ou national.

Au terme de l'étude, deux notes ont été attribuées à chaque banque : une pour l'évaluation de son accueil - téléphonique et en agence - et une autre pour celle de son professionnalisme (explications, suivi et conclusion éventuelle du prêt). La moyenne de ces deux notes a permis l'élaboration d'un classement. Les banques ont été testées qu'elles proposent effectivement ou non des prêts aux créateurs d'entreprises, l'objet de l'étude étant de jauger la manière dont ils sont accueillis en France, une banque refusant un prêt pouvait donc s'en sortir avec une bonne note si elle les informait avec professionalisme.
 
Le verdict est sans appel. "Dans le cadre de l'ouverture d'un compte professionnel et d'une demande de prêt, 92% des banques n'aideront pas les jeunes entrepreneurs. Ce chiffre accablant et alarmant est un juste reflet de l'état de crise dans lequel est plongé le secteur bancaire aujourd'hui", conclut l'étude de HCG. Les notes attribuées aux banques illustrent ces constatations négatives. Outre le CIC qui s'en sort avec les honneurs et une note générale de 16,42, seuls le Crédit mutuel (12,25) et la Banque Populaire (10,64) atteignent la moyenne. Derrière, de grands établissements comme la BNP (8,59), LCL (5,95), le Crédit Agricole (5,48) ou la Société Générale (3,69) s'illustrent par leur médiocrité dans l'aide aux entrepreneurs. Et que dire du zéro pointé de la Caisse d'Epargne Ile-de-France ?
 
 
Bon accueil, mauvais travail
 
Enquête HCG-LCI.fr – classement accueilLe détail de ces notes permet de mieux juger les performances des banques. Sur l'accueil, il y a peu de reproches à faire aux établissements financiers.  Sur douze banques, sept décrochent une note supérieure à quinze. En somme, le contact téléphonique est rapide, les employés sont souvent efficaces voire chaleureux de prime abord. "Les banques ont fait d'énormes efforts dans ce domaine depuis quelques années", explique Fabrice Lanoë, le patron de HCG. Trois mauvais élèves s'illustrent toutefois.  La Banque postale, injoignable au téléphone et incapable de donner des informations pertinentes en agence. Fortis, dont l'agence refuse ses conseils aux "personnes non clientes" (peu importe qu'elles souhaitent le devenir...) et ne travaille pas avec les PME de "moins de 18 mois d'existence". Sans parler de la Caisse d'Epargne (0) où il a été impossible de décrocher un rendez-vous, que ce soit au téléphone ou en agence !

Mais si la majorité des banques s'en sort avec les honneurs pour leur accueil, la plupart a pêché par un manque criant de professionnalisme, c'est en tout cas ce que révèle le classement édifiant sur le "suivi" des banques. Cette fois encore, le CIC prend la tête avec un 15. A croire que la campagne de pub un peu "donneuse de leçon" de la banque ne repose pas que sur du vent... Derrière, le Crédit Mutuel, la Banque Populaire et le Crédit du Nord accrochent la moyenne, devant la BNP qui affiche un piteux 5/20. Plus grave pour les Français qui souhaitent entreprendre : sept banques - LCL, HSBC, Crédit agricole, Société générale, La Banque Postale, Fortis, Caisse d'Epargne IDF - voient leur professionnalisme frappé d'un zéro.

 
 
Le pouvoir de dire : "peut-être"
 
Enquête HCG-LCI.fr – classement professionnelQuelques exemples permettent de mieux comprendre cette avalanche de notes-sanctions. Après avoir demandé une série de documents à nos deux entrepreneurs, la Banque Postale leur explique qu'elle ne fait pas de prêt à la création d'entreprise. Et après leur avoir donné son accord pour un prêt, la BNP est de son côté aux abonnés absents... Dans les banques françaises, tous les moyens sont apparemment bons pour ne pas venir en aide aux créateurs d'entreprise. Au Crédit Mutuel, on ne prête pas "pour acheter du matériel informatique", on ne prête pas plus aux entreprises qui ne s'adressent pas au grand public.

Chez LCL, on ne regarde pas une demande de prêt si elle n'émane pas d'un client. A la Société Générale, c'est encore plus simple : on ne répond pas du tout... C'est d'ailleurs apparemment la stratégie adoptée par la plupart des banques : plutôt que de formuler un "non" embarrassant, elles font traîner les choses en longueur - plus d'un mois sans donner de réponse - jusqu'à ce que se découragent  les entrepreneurs. En somme c'est d'abord le pouvoir de dire "peut-être"; et ensuite la disparition pure et simple... Les enquêteurs de HCG ont été surpris du décalage entre un accueil intéressé voire enthousiaste en agence, rapidement douché par une décision négative du siège, lorsque ce dernier prend la peine de répondre.
 
"Malgré de nombreuses années d'étude, malgré une grande motivation pour un projet, malgré un dossier viable et malgré des apports plus que conséquents, les jeunes entrepreneurs ont beaucoup de mal à trouver une banque pour les suivre dans leur projet !", en déduit HCG.  Bien sûr, l'étude ne peut prétendre dresser un portrait complet de ce que sont les prêts aux créateurs d'entreprise en France. Elle révèle toutefois une inquiétant schizophrénie des banques françaises : "coopératives et aimables" face aux entrepreneurs qu'elles reçoivent  mais finalement "injoignables et peu disposées à donner une réponse concrète".
 
Nicolas Sarkozy n'a eu de cesse de répéter aux Français que l'aide offerte par l'Etat aux banques était conditionnée à un redémarrage du crédit... Force est de constater que face aux entrepreneurs, toutes ne tiennent pas leurs engagements. Sachant que les créations d'entreprises d'aujourd'hui sont les emplois de demain, le gouvernement pourrait être amené à les rappeler à l'ordre.

 

- Les "mauvais élèves" se justifient -


Mal classées, les trois dernières banques du classement ont tenu à donner des précisions à LCI.fr.


"Dans votre enquête, le rendez-vous  en agence n'a pu avoir lieu et nous enquêtons en interne pour identifier le dysfonctionnement", explique la Caisse d'Epargne Ile-de France qui ne "remet pas en cause le professionnalisme de (ses) équipes". La banque rappelle l'attention portée au financement des jeunes entrepreneurs et précise que "la production  de prêts professionnels sur le premier trimestre 2009 a connu une augmentation de  10 % par rapport à 2008 et  atteindra  plus de 110 millions d'euros à fin avril".  La Caisse d'Epargne Ile-de France se dit par ailleurs  "particulièrement active sur la première installation de professions libérales et de commerçants".


Fortis Banque tient à préciser de son côté qu'elle s'adresse aux PME, entreprises en développement en France en Europe et à l'International et non aux créateurs d'entreprise sauf si "ces demandes proviennent de personnes déjà clientes à titre professionnel ou privé de notre banque".  "Les classements professionnel et général de l'étude pour Fortis Banque ne sont pas corrects dans la mesure où ils s'établissent sur une démarche globale qui n'a pas abouti : en effet, les deux derniers points de la méthodologie (qualité de l'accueil et de l'entretien avec l'agence et qualité du suivi de la demande) n'ont pas été réalisés. Dans ces conditions, il n'est pas possible de comparer Fortis Banque avec des banques qui sont allées jusqu'au bout de la démarche", ajoute la banque.


Enfin, la Banque postale explique qu'elle "ne propose pas de prêts aux entreprises. Cela ne fait pas partie de son offre ; elle n'est pas autorisée par l'Etat, son actionnaire, à distribuer cette offre". Elle considère donc que les "résultats s'expliquent en grande partie par ce fait" car  l'enquête n'a pu être menée "à son terme pour notre établissement". Elle conteste aussi le numéro de téléphone retenu pour tester son accueil téléphonique.

 

Le "bêtisier" des banques

Lors de cette enquête, les banques se sont parfois illustrées par un comportement bizarre, voire franchement incorrect. De la conseillère qui vous raccroche au nez pour ne pas avoir à traiter votre appel au patron d'agence qui déclare une guerre à l'e-mail, voici les surprises que les agences nous ont réservées.
 
BNP Paribas - Raccroche, c'est un client !
 
La première conseillère n'étant pas là, nous avons appelé une de ses collègues. Après de multiples appels sans réponse, la deuxième conseillère nous raccroche trois fois au nez...
 
Société Générale -  Aux abonnés absents...
 
Après près d'une dizaine de rappels, le banquier ne nous a toujours pas rappelé malgré tous les messages laissés avec la réception. Il semble être tout le temps occupé ou en déplacement...
 
HSBC - mail imaginaire
 
Notre premier mail n'a jamais été reçu. En effet, le standardiste nous a donné, à deux reprises, une adresse e-mail erronée...
 
LCL - Le patron déteste les mail : il les supprime !


La banque du LCL Nation n'a aucune adresse e-mail, ni pour l'agence ni pour les banquiers... L'explication donnée était que "le patron de la banque en avait marre des e-mails" alors qu'il avait "besoin d'originaux signés". Il a donc décidé de supprimer toutes les adresses e-mail de l'agence !

Par Olivier Levard le 21 avril 2009 à 11:06
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97 Commentaires

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  • soleur06, le 09/12/2009 à 09h25

    Bonjour cher Monsieur, je pense que vous n'avez pas compris l'article. Mais il est vrai que les banquiers vous écoutent mais ne vous entendent pas. Voici le véritable probléme dans notre pays. Bien cordialement.

  • soleur06, le 09/12/2009 à 09h19

    Des état dans un état, je suis scandaliser a la lecture des toutes ces constatations. Et il y a quelques choses de vraiment catastrophique a travers ce scandale. C'est que ce sont les banques qui dirigent et plus l'état. Vraiment scandaleux.

  • Michbe, le 25/08/2009 à 17h24

    Je crée mon entreprise avec un projet bien ficelé et de bonnes garanties. Et lorsque je me présente à MA banque( Caisse d'épargne) pour un prêt de 15000 euros on me propose un taux moins intéressant que chez CETELEM!!!( véridique) Et encore, je ne suis pas assuré de l'obtenir. C'est honteux ! Je suis furieux!! La fidélité avec nos banquier ne paie certainement pas . Michel, Hennebont,Morbihan

  • Ptit menuisier, le 20/08/2009 à 06h59

    Cela fait 10 ans que je suis artisan dans le batiment, je possède une maison que j'ai restauré donc estimée 4 fois plus que je l'ai achetée. Je veux racheter l'atelier de mon oncle menuisier qui part en retraite et j'ai était confronté aux meme scénarios que votre enquete. Les banques ne pretent pas! Elles se renflouent en nous submergent de frais! SCANDALEUX! personnelemnt j'ai fait des courriers au président et à la ministre de l'économie, il faut s'en plaindre!!!!

  • Valjumat, le 07/08/2009 à 17h28

    A vous lire je suis totalement découragée . J'ai 20 ans ,je suis fleuriste, une opportunité s'offre à moi . et j'en suis à la 4ème banque qui refuse mon projet qui est une reprise de fond de commerce de fleur dans une zone commerciale. Les banques me font trainer (1 mois) pour me répondre parfois NON, pas d'apport perso ou trop jeune pas d'expéience!! je ne sais plus vers qui me tournée sinon vers une ènième banque le CIC ma contacté on va voir je continue car je sais que mon affaire marchera mais après avoir lu vos commentaires je me dis qu'il va falloir plus que de la détermination bonne chance à tous JEUNE , MOTIVE , BOSSEUR ON S'ACCROCHE!!!

  • Dorothee, le 05/08/2009 à 15h51

    On ne prete qu au riche ,j ai un projet de creation d entreprise ,avec un previsionnelle en beton valide par oise initiative,valide par deux expert comptable ,qui me stipule que le projet est très fiable ,n ayant aucun apport en faisant les demarches auprès de plusieurs banques ,celles -ci me donne un tres bonne espoir verbale,arrivé en au lieu le projet est rejete pour cause d insufisance de l apport ,comment voulez vous en gagnant 1000? par moi et en elevant ma fille toute seule je puisse avoir un apport ,alors que je n ai aucune dette .les banquiers ne prennent aucun risque,et ne jouent pas le jeu ,pouvez vous m aide a présenté ce projet a une banque qui prendrais un risque ,ou est elle cette banque.

  • Clochette, le 21/07/2009 à 16h25

    Tout à fait d'accord....En création de SARL..impossible d'otenir un emprunt de 35000 euros...Toujours quelquechose qui cloche..garant..garanties..chomage...peur du risque...mais projet viable!!! Bref..Impossible de créer une société...Ah si..j'oubliais!!Pour un emprunt de 2000 voir 3000euros..c'est envisageable!!!!Ils se moquent de qui????? Allez,qu'on arrête de nous mettre de la poudre aux yeux!!!!

  • DOUDASSE, le 19/05/2009 à 14h52

    Bonjour, merci pour cet article, je suis gerante d une tpe qui a fait un bon bilan en 2008 et effectivement la SOCIETE GENERAL m'a dit non pour l'acquisition de materiels neuf pour l'entreprise arguant que mon entreprise est trop jeune. Alors que j'ai droit à 70% DE garantie de la part d'oseo et que j'ai un apport, mais ca ete un refus de la part de SOCIETE GENERAL ,BANQUE POPULAIRE ET CREDIT COOPERATIF, j'ai donc fais intervenir le mediateur du credit mais jusqu'a present je n'ai aucune nouvelles de leur part; Leur but a ces banquiers est de faire couler les jeunes entreprises et j'ai décidé d'ecrire au president sarkosy pour me plaindre.

  • Hervé Piron, le 28/04/2009 à 23h41

    Une enquête incroyable mais vrai, maiis que font nos politiques ?

  • Valois, le 27/04/2009 à 18h28

    La Banque postale est autorisée à prêter pour financer l'immobilier hors habitation depuis qu'elle n'a plus la contrainte de l'épargne logement préalable. Elle n'est donc même pas capable de répondre sur ses propres produits.

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