Les salariés de l'équipementier Heuliez, dans les Deux-Sèvres © TF1/LCILe gouvernement a cédé. Il garantit jeudi qu'il apportera "au moins" 10 millions d'euros pour secourir l'équipementier automobile Heuliez, menacé de cessation de paiement, même si les conditions qu'il avait posées ne sont pas réunies. Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, l'a annoncé en expliquant que le projet industriel de l'entreprise était "intéressant". "Compte tenu des perspectives industrielles intéressantes du véhicule électrique, le gouvernement a demandé au FSI (Fonds souverain d'investissement) de monter au moins à hauteur de 10 millions d'euros" au capital d'Heuliez, a-t-il détaillé, précisant qu'il ferait "plus si nécessaire". Créé en décembre, ce fonds stratégique a notamment pour vocation de sécuriser le capital d'entreprises stratégiques.
Luc Chatel avait annoncé le 24 mars que le FSI apporterait 10 millions d'euros à Heuliez, mais il avait alors posé trois conditions. Il a reconnu jeudi que deux de ces conditions n'étaient toujours pas réunies : la constitution d'un groupe d'investisseurs et la participation de la famille actionnaire à ce tour de table. "La famille a indiqué qu'elle ne souhaitait pas être associée (...) Et le tour de table n'est pas encore bouclé", a expliqué Luc Chatel. "Notre objectif, c'est d'éviter la liquidation judiciaire d'Heuliez", a-t-il ajouté après avoir reçu les représentants du personnel du groupe. L'entreprise, employeur de 1.000 personnes à Cerizay (Deux-Sèvres), risque d'être placée en redressement judiciaire mardi prochain par le tribunal de commerce de Niort, si elle n'a pas réuni les 45 millions d'euros et les éventuels partenaires financiers et industriels indispensables pour éviter de disparaître.
L'Etat compte "obtenir la période d'observation la plus longue possible pour nouer des partenariats industriels", a dit Luc Chatel. Il a également indiqué qu'EDF engagerait un partenariat avec Heuliez à hauteur de 5 millions d'euros sur le développement d'un prototype de voiture électrique. De son côté, le directeur général du FSI, Gilles Michel, a estimé jeudi matin sur BFM que le projet industriel d'Heuliez sur le véhicule électrique avait "des chances d'être viable". Le FSI est actuellement "en discussions avec différents investisseurs - fonds d'investissements, investisseurs industriels - pour finaliser les contours de ce projet", selon Gilles Michel qui a évoqué un accord "d'ici deux ou trois jours". Dans un premier temps, il avait pourtant jugé que le projet industriel présenté par Heuliez ne "garantissait pas sa pérennité".
Affrontement Royal-gouvernement
Le montage financier en cours de négociation prévoit un apport de 15 millions d'euros d'un pool bancaire, 15 millions supplémentaires de plusieurs fonds d'investissement spécialisés dans les véhicules non polluants, en plus des 10 millions du FSI. Le porte-parole du gouvernement a "souhaité que le conseil régional de Poitou-Charente confirme son engagement" d'apporter les 5 millions d'euros restants. "Nous sommes un peu plus rassurés", a réagi Emile Bregeon, délégué de la CFDT.
Il faut dire que le dossier Heuliez est depuis plusieurs semaines un terrain d'affrontement entre le gouvernement et Ségolène Royal. La présidente PS de la région où se trouve Cerizay ne manque pas une occasion de mettre la pression sur l'exécutif pour faire avancer le dossier. Luc Chatel avait estimé la semaine dernière à ce sujet que Ségolène Royal était passé de "l'incantation" à la "diffamation". La finaliste de la présidentielle s'était interrogé lors d'un point presse à Paris, sur le rôle dans le dossier Heuliez de deux amis de Nicolas Sarkozy, Lagardère et Bolloré, qui sont sur le "créneau" de la voiture électrique, et a dit redouter de voir l'équipementier automobile "dépecé"."Je ne peux imaginer que les deux amis de Nicolas Sarkozy, Lagardère (Matra) et Bolloré (...) attendent effectivement qu'Heuliez leur tombe dans les mains pour quelques euros symboliques", avait-elle dit. Ségolène Royal avait aussi estimé au sujet d'Arcelor-Mittal à Gandrange, de Caterpillar en Isère et d'Heuliez (Deux-Sèvres): "Avec moi, ces entreprises seraient sauvées".
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