Une liasse de roubles © DR"Comment devenir millionnaire ?" En période de crise, la question à la une du journal Novie Izvestia est un brin provocatrice. C'est pourtant le titre qu'a choisi un journaliste russe à l'heure où les places boursières du monde entier subissent la plus grande déroute financière de ces cinquante dernières années. Les compagnies russes ne sont pas épargnées. En quelques mois le rouble a perdu 25 % de sa valeur et, en février, la Russie comptait plus de six millions de chômeurs, un chiffre largement sous estimé selon les analystes. Mais de la crise, ici, personne n'en parle. L'Etat contrôle la télévision, les radios, la presse écrite. La consigne, pour tous, est la même : "Ne pas parler de la déroute financière" !
Le journaliste de Novie Izvestia profite du G20 pour faire une entorse au règlement en publiant les "bonus" et autres stock-options des PDG d'entreprises touchées par la crise. Et aidées par le gouvernement russe.... Le bilan est consternant. Chez Sberbank, chacun des 23 membres du comité de direction a reçu 41 millions de roubles (environ un million d'euros). La Banque de Moscou est un peu plus généreuse avec ses 13 directeurs et cadres dirigeants avec 67 millions de roubles (plus de 1,5 million d'euros). Le fleuron de l'Etat russe, GazpromBank (filiale du géant gazier) a "partagé" de son côté plus de 72 millions de roubles avec ses cadres "les plus méritants" (soit plus de 1,6 millions d'euros).
Et pour quelques roubles de plus...
Pour le journaliste russe, les "patrons" se paient à eux même des primes "astronomiques". Un mot suffisamment fort dans un pays où la critique à l'égard du pouvoir n'est pas vraiment tolérée. Il ajoute que toutes ces compagnies ont reçu un plan d'aide "anti-crise" du gouvernement russe (des aides estimées entre 100 et 160 milliards de roubles). La compagnie Avtovaz (groupe automobile russe) a ainsi payé plus de 4,2 millions de roubles de bonus à ses 12 principaux dirigeants alors que les dettes du groupe s'élèveraient à plus de 44 milliards de roubles et qu'une aide de l'état de 25 milliards est attendue prochainement...
L'article de ce quotidien jette un pavé dans la marre dans un pays où la corruption est le sport favori des oligarques. Même si pour la majorité des lecteurs cette crise ne changera pas grand chose en Russie.... Un brin désabusé, le journaliste russe conclut son article par une réflexion d'un économiste libano-américain, Nasim Taleb : "Il faut arrêter ce système de bonus qui est à l'origine de la crise actuelle. Si le banquier prend un risque et qu'il fait tout perdre à la banque, il ne perd rien ! Si le banquier prend un risque et qu'il gagne, il reçoit des sommes astronomiques. Un système où il n'y a pas de punition pour les pertes ne peut pas être stable."
En Russie un projet de loi est à l'étude pour encadrer le salaire des patrons. Mais selon des conseillers à la Douma, interrogés pour LCI.fr, il y a "peu de chances" que ce texte franchisse un jour les portes du parlement...
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