Laurence Parisot, la présidente du Medef lors du sommet social du 18 février 2009. © ReutersPas un jour ou presque sans une nouvelle révélation sur les revenus des grands patrons d'entreprise. Des revenus qui défient la crise, alors que parallèlement des sacrifices substantiels sont demandés aux salariés des groupes en difficulté, notamment en termes de coupes dans les effectifs, de limitation des salaires ou de chômage partiel.
François Fillon a présenté la semaine dernière un décret encadrant les rémunérations des dirigeants des entreprises aidées par l'Etat. Mais face au risque politique que représentent en temps de marasme économique les salaires de tous les patrons, au-delà de ceux qui bénéficient de la manne publique, le gouvernement a aussi fait pression sur le Medef pour qu'il s'attelle à la question. Et Laurence Parisot a accepté la création d'un "comité des sages" chargé de veiller à la rémunération des dirigeants d'entreprises qui licencient ou recourent massivement au chômage partiel. S'il faut en croire Le Figaro qui a révélé l'information, "la décision a été entérinée lundi, lors d'un conseil exécutif exceptionnel que Laurence Parisot avait convoqué en urgence".
Que sera ce comité, et quel sera son pouvoir ?
Ce comité des sages avait été réclamé à la fois par la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, et le ministre du Travail, Brice Hortefeux : ils avaient donné jusqu'à fin avril au Medef et à l'Association française des entreprises privées (Afep) pour le mettre en place. D'abord réticente à cette idée, Laurence Parisot s'y serait finalement ralliée, elle qui, selon Le Figaro, "militait pour que le rôle de gendarme des rémunérations des grands patrons soit plutôt dévolu au comité éthique du Medef".
Le Figaro précise que les débats se poursuivent au sein du patronat sur les modalités d'action de ce comité. "La seule certitude", souligne le quotidien, citant Jean-Charles Simon, l'un des directeurs généraux délégués du Medef et ancien dirigeant de l'Afep, "c'est que ce comité des sages sera bel et bien extérieur au Medef". Mais le risque est qu'au final "les grands patrons fixent eux-mêmes les règles de rémunération", ajoute encore Le Figaro, en se faisant l'écho des craintes d'un membre du comité éthique du Medef, instance créée par Laurence Parisot en mars 2008 : il redoute que l'Afep ne finisse "par mettre tout le monde d'accord au final". Et prévient : "le diable se cache dans les détails".
Patrons unis contre séquestrations
Par ailleurs, les trois principales organisations patronales (Medef, CGPME, UPA) ont fait part mercredi de leurs préoccupations sur "l'évolution du débat sur les séquestrations de dirigeants", prônant la négociation plutôt que la force pour résoudre les conflits sociaux. "La crise économique à laquelle nous sommes confrontés génère beaucoup de souffrances individuelles et collectives, pour des salariés, bien sûr, et aussi pour des chefs d'entreprise", soulignent le Medef, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) et l'Union professionnelle artisanale (UPA) dans un communiqué commun. "Il ne s'agit nullement de les contester ou de les minimiser".
"Mais quelle que soit la gravité des situations rencontrées, il ne peut pas être accepté que l'on déroge à la loi", poursuivent les mouvements patronaux. "Cela vaut pour toutes les infractions à la loi, qu'il s'agisse de menaces physiques, de séquestrations ou d'atteintes à la sécurité des personnes et des biens. C'est vrai aussi, naturellement, du non respect du droit du travail et de
toutes les obligations légales qui s'imposent aux entreprises".
Avec agences
| Du rififi au comité d'éthique du Medef |
La présidente du mouvement patronal Ethic, Sophie de Menthon, a annoncé jeudi sa démission du comité éthique de Medef, dont les propositions pour encadrer les rémunérations des patrons ne vont pas assez loin, selon elle. Le mouvement patronal présidé par Mme de Menthon estime en effet "nécessaire" que ce comité soit "totalement indépendant" du comité éthique du Medef, ce qui n'est pas l'avis du Medef. Il souhaite aussi que ce comité puisse prononcer des blâmes ou dénoncer les entreprises qui ne respecteraient pas le code de bonne conduite élaboré par le Medef en octobre. Or le comité éthique du Medef ne fait sur le sujet que des propositions "a minima", explique-t-on chez Ethic, pour justifier la démission de Sophie de Menthon, qui se sentait "en décalage" avec le Medef. Selon Mme de Menthon, "le comité éthique du Medef ne met pas suffisamment au coeur de ses préoccupations les enjeux de société qui se jouent actuellement, en particulier sur les écarts de rémunérations", écrit encore Ethic. |
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