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Par Olivier LEVARD, le 15 mai 2009 à 15h23, mis à jour le le 15 mai 2009 à 16:14
Interview - L'opérateur, qui vient de lancer la première offre quadruple-play, explique sa stratégie et évoque notamment les antennes et la fibre.
Emmanuel Forest, directeur général délégué de Bouygues TelecomEn marge de la présentation jeudi de la première offre quadruple-play en France (Voir notre article), Emmanuel Forest, directeur général délégué de Bouygues Telecom, est revenu pour LCI.fr sur la stratégie de son groupe. L'occasion d'expliquer le lancement de cette nouvelle offre mais également d'évoquer des sujets qui fâchent, comme la guerre contre les antennes ou les relations avec France Télécom.
LCI.fr : Bouygues Télécom vient de lancer en grande pompe "Ideo", la première offre "quadruple-play" (Mobile + Telévision + Internet + Téléphone fixe) en France. Est-ce sur ce créneau que se jouera la guerre entre les opérateurs?
Emmanuel Forest, directeur général délégué de Bouygues Telecom : Nous avons choisi de lancer cette offre simplement car c'est ce que demandaient les clients : quelque chose d'économique et de simple. Nous proposons maintenant le meilleur des mobiles et des "box" en un seul forfait. Au niveau du prix, c'est une vraie plus-value, que l'on regarde nos offres ou celles de nos concurrents. La première offre à 45 euros correspond pour la partie mobile à un forfait deux heures SMS et surf internet illimités auxquels s'ajoutent tous les services classiques d'une "box" : téléphone fixe, télévision et internet. Et pour les clients qui veulent plus, nous la déclinons avec davantage de temps d'appel mobile.
LCI.fr : C'est une offensive pour faire décoller votre offre fixe qui ne compte encore que quelques milliers d'abonnés ?
E. F. : Depuis le début, nous avons toujours su et dit que fixe et mobile étaient deux métiers très différents et nous avons pris le temps d'apprendre le fixe pendant quelques mois avec un lancement très limité et progressif. C'est pendant ce temps que nous avons conçu Ideo. Pour nous, c'est le véritable lancement. Tout commence maintenant.
LCI.fr : Le numéro un du marché, Orange, compte sur les contenus pour faire la différence. La justice vient d'ailleurs de lui en donner le droit en autorisant son exclusivité sur Orange Sports. Pourquoi ne pas jouer également cette carte?
E. F. : C'est une histoire très ancienne et très claire chez Bouygues Telecom. Nous avons toujours considéré qu'il n'y avait pas de raison de faire d'exclusivité que ce soit sur les contenus, les services, ou les terminaux comme l'iPhone. Nous ne croyons pas fondamentalement que cela corresponde aux besoins des clients ni que ce soit un modèle économique viable. Dans le groupe Bouygues, il y a une chaîne qui s'appelle TF1 mais il est tout a fait normal que le client Bouygues ait accès à toutes les autres chaînes et réciproquement, TF1 doit pouvoir être accessible aux clients de tous les opérateurs mobiles ou fixes.
LCI.fr : L'iPhone chez SFR a fait un démarrage canon. Est-ce la même chose chez Bouygtel?
E. F. : Oui, nous en avons vendu 40.000 dans les dix premiers jours de commercialisation. Ce succès n'est pas une surprise car nous avions eu beaucoup de réservations. Il y avait une forte demande des clients de choisir leur opérateur avec l'iPhone, ce qu'a permis la décision du Conseil de la concurrence. Et nous lancerons une application cet été pour que nos clients puissent regarder la télévision sur le téléphone d'Apple.
LCI.fr : Les opérateurs mobiles semblent relativement épargnés par la crise...
E. F. : C'est vrai, nous avons encore gagné 144.000 abonnés au dernier trimestre. La récession ne touche pas tous les secteurs, peut être parce que le mobile et la technologie font gagner en productivité et facilitent la vie... Les Français font des arbitrages qui sont apparemment en faveur des télécommunications.
LCI.fr : Vous avez choisi de ne pas investir dans la fibre. Vous ne croyez pas au très haut débit ?
E. F. : Si, mais nous pensons qu'il n'est pas nécessaire d'y investir car d'autres opérateurs le font. Il y aura donc une assez forte capacité à terme et la loi de modernisation de l'économie (LME) a créé les conditions qui permettront à terme à tous les opérateurs de service de louer la fibre à ceux qui l'auront déployée. Grâce à la régulation et la concurrence, elle pourra être négociée à de bonnes conditions le moment venu. Maintenant, il y a aussi un modèle économique pour ceux qui investissent...
LCI.fr : Au sujet du dégroupage, Vivendi (SFR) et Iliad (Free) ont porté plainte contre France Télécom pour abus de position dominante auprès de la Commission européenne. Il se murmure que vous pourriez rejoindre cette fronde anti-Orange ...
E. F. : C'est vrai que nous y réfléchissons, mais c'est un sujet juridiquement et économiquement assez complexe et nous n'avons pas encore pris notre décision. Nous y travaillons.
LCI.fr : Début février, la cour d'appel de Versailles a confirmé l'existence d'un trouble anormal de voisinage causé par l'implantation d'une antenne-relais, un jugement lourd de conséquences pour les opérateurs. Allez-vous stopper l'implantation d'antennes?
E. F. : Non, nous n'avons pas pris de décision de moratoire. Mais il faut reconnaître qu'avec cette décision de justice, le déploiement est devenu quasi impossible. Cela n'est pas si grave car nous sommes déjà arrivés à 75% de couverture de la population en 3G+ (NDLR : les réseaux de dernière génération). Aujourd'hui, les opérateurs estiment qu'il y a contradiction entre, d'un côté, les impératifs réglementaires qui leur imposent de couvrir une certaine partie du territoire et prévoient même des amendes s'ils ne le font pas et, de l'autre, un juge qui dit qu'il y a un problème parce que les gens sont dans l'angoisse et que cela crée un trouble de voisinage. D'où ce "Grenelle des antennes" auquel nous participons. Pour nous, l'objectif est de rendre le débat le plus rationnel possible, en discutant sur des bases scientifiques.
LCI.fr : Et que comptez-vous faire pour les zones du territoire "grises" et "blanches", celles qui sont mal couvertes par les réseaux mobiles?
E. F. : L'Arcep (NDLR : l'autorité du secteur) a demandé aux opérateurs de travailler ensemble sur l'application de la loi de modernisation de l'économie (LME) qui nous impose assez clairement de partager nos infrastructures pour ne pas recommencer les bêtises faites sur la 2G. Sur la 3G, on arrivera dans les zones rurales à un partage plus ou moins approfondi de nos réseaux, ce qui permettra de générer des économies dont une partie sera utilisée pour une meilleure couverture des zones rurales.
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