© sxc.huLa crise touche aussi les consciences... Selon les résultats 2009 d'une enquête européenne publiée ce mercredi, le risque de fraude, de corruption, est accru dans un contexte de crise économique. Jean-Michel Arlandis, associé chez Ernst & Young, explique pour LCI.fr cette étude menée auprès de plus de 1000 employés dans 22 pays européens.
LCI.fr : Peut-on conclure de votre enquête que la corruption va augmenter avec la crise ?
Jean-Michel Arlandis
Jean-Michel Arlandis, associé chez Ernst & Young : Oui, mais nous parlons plutôt de "fraude" car cela englobe la corruption ainsi que le non respect des réglementations anti-concurrence, les détournements d'actifs, d'espèces, et tout ce qui peut entraîner un enrichissement personnel... Lorsqu'il y a un contexte de crise, il y a une pression managériale plus forte qui s'exerce sur les collaborateurs, une surveillance plus accrue sur les coûts, et donc peut être moins de dépenses pour les contrôles car les entreprises recentrent leurs investissements sur leur cœur de métier. De ce fait, cela va offrir des opportunités à des personnes qui auraient pu détecter dans le passé des défaillances dans l'organisation d'une entreprise. La crise engendre aussi une baisse des rémunérations dans les sociétés - à cause de la baisse de la part variable des salaires - et il y a une réaction de la part d'un grand nombre d'individus qui peut être de "se payer sur la bête". Presque la moitié des personnes interrogées en France - 47% contre 55% pour l'Europe - s'attendent donc à ce que la fraude en entreprise augmente dans les années à venir.
LCI.fr : Pour l'éviter, les Européens n'ont pas confiance dans leurs patrons...
J-M. A. : Une des conclusions de l'enquête est que l'intégrité de la direction est remise en cause. Quand on leur demande à quel niveau se situe le risque le plus élevé de fraude au sein de l'entreprise, 54% des salariés en France désignent les cadres dirigeants. Et 39% d'entre eux estiment que ces cadres ne font pas preuve d'une grande intégrité. Cela peut être aussi parce que les plus hauts dirigeants sont, dans certains cas, moins surveillés ou parce qu'ils ont accès à davantage de départements de l'entreprise.
LCI.fr : Y a-t-il des particularités françaises dans le regard porté sur la fraude ?
J-M. A. : Oui, pour les salariés français, il semble que, parfois, "la fin justifie les moyens". 48% de ceux que nous avons interrogés pensent qu'il pourrait être justifié d'offrir un cadeau personnel pour remporter un appel d'offres ou retenir un client dans l'objectif d'aider leur entreprise à surmonter la crise, contre 24% en Europe. Mais au contraire en Europe, le versement de pots de vin pour obtenir un marché est toléré à 25%, contre seulement 20% au niveau français. Peut-être que dans l'esprit français, on fait moins la différence entre un cadeau et un versement de pot de vin... Cela vient peut être aussi du fait que le sujet est moins présent dans les chartes d'éthique que l'on peut trouver dans les entreprises françaises, contrairement aux pays anglo-saxons qui ont légiféré il y a longtemps sur le sujet, dès 1977 aux Etats-Unis.
LCI.fr : Qu'est-ce qui rend une entreprise vulnérable à la fraude ?
J-M. A. : On constate que tout élément nouveau - lancement d'un nouveau produit, développement, d'une nouvelle activité, d'un système d'information, tout ce qui va susciter des bouleversements dans l'entreprise - concentre l'attention de la direction et cela ouvre des opportunités à certaines personnes qui en profitent, se sentant peut être moins surveillées. Il y a un élément positif, encourageant à souligner, c'est une anticipation de ce risque avec la mise en place de mesures anti-fraude dans les entreprises, peut-être en raison d'un certain nombre de scandales, à l'etranger comme en France.
Retour MYTF1
Chargement en cours...





