Sarkozy à la Cité de l'architecture © LCI.frIls l'ont déjà entre les mains et ne se gênent pas pour le commenter. Le rapport Cotis sur le partage des profits et les écarts de rémunération suscite déjà de nombreuses réactions des partenaires sociaux. Il ne sera pourtant commenté que mercredi après-midi par son auteur, le directeur général de l'Insee, après voir été remis officiellement à Nicolas Sarkozy.
Les salariés ne bénéficient pas assez des profits de leur société
Il y a trois mois, Nicolas Sarkozy avait estimé qu'un tiers des bénéfices des entreprises devait aller aux salariés. Jean-Philippe Cotis a remis son rapport mercredi sur le partage des profits. Bilan : on est loin du compte.
Publié le 13/05/2009
Le chef de l'Etat l'avait commandé à Jean-Philippe Cotis lors du sommet social du 18 février. "Les partenaires sociaux doivent en discuter", avait réaffirmé fermement le président de la République début avril, ajoutant qu'un projet de loi sur le partage des profits pourrait voir le jour cet été si les syndicats et le patronat ne parvenaient pas à s'entendre sur le sujet. Selon la version du rapport qui a filtré dans la presse, la part des rémunérations dans la valeur ajoutée est restée stable depuis la deuxième moitié des années 1980, mais avec des écarts de croissance des salaires, notamment une vive accélération des très hauts salaires dans la dernière décennie. Quant aux profits, ils vont pour un peu plus d'un tiers aux revenus du capital (36%), pour une grosse moitié à l'investissement (57%) et le restant à la participation et l'intéressement (7%), selon le document, qui souligne cependant la grande diversité de situations entre grandes entreprises et PME.
"Croissance des inégalités", pour la CFDT
Déjà, les syndicats saisissent cette occasion pour demander des changements. La CFDT a appelé mardi patronat et gouvernement à "corriger les déséquilibres" générés par "la croissance des inégalités entre salariés, des rémunérations variables et des dividendes aux actionnaires". Le syndicat "demande au patronat d'ouvrir des négociations portant sur la gouvernance d'entreprise" afin de "mieux intégrer l'intérêt des salariés aux décisions stratégiques, éviter les déboires auxquels la financiarisation excessive a conduit et parvenir à un meilleur équilibre dans le partage de la valeur ajoutée". FO a également réclamé le rétablissement de la part des salaires dans la valeur ajoutée, jugeant que l'état des lieux du rapport confirme "la hausse spectaculaire des dividendes" ainsi que "la progression sensible des hauts salaires".
La semaine dernière, l'union syndicale Solidaires (dont Sud) avait sonné une charge contre le rapport en dénonçant la "présentation en trompe-l'œil" de l'évolution du partage de la valeur ajoutée. "Il est indéniable (...) que la part salariale a régressé considérablement à partir de 1982 puisque, revenant au niveau de 1950, c'est plus de 30 ans d'évolution favorable qui ont été gommés", estime l'organisation syndicale qui pointe que "cette détérioration de la part salariale s'est faite essentiellement en faveur des dividendes versés aux actionnaires. En 2007, ceux-ci représentaient 8,5% du PIB contre 3,2% en 1982".
"L'écart entre salaires a tendance à baisser", pour le Medef
Le patronat n'entend pourtant pas céder et Laurence Parisot, qui s'est dite opposée le 18 février à des discussions "au niveau national" sur le partage de la valeur ajoutée, livre sa propre lecture du rapport. La présidente du Medef a jugé mardi qu'il prouve la stabilité en France de la part des salaires dans la valeur ajoutée, contrairement à d'autres pays voisins, comme l'Allemagne, où elle a récemment diminué. Pour autant, depuis le début des années 1980, la "progression moyenne annuelle des alaires nets est de 1%, c'est peu", a-t-elle reconnu, faisant le lien avec une croissance faible.
Revenant sur les écarts de rémunération mis en avant par le rapport, Laurence Parisot a souligné que "l'écart entre l'évolution des 10% des salaires les plus élevés et les 10% des salaires les moins élevés avait plutôt tendance à baisser en France". Au sommet de l'échelle salariale, 0,1% des Français ont vu leurs salaires augmenter plus que les autres de 1996 à 2001, a reconnu Laurence Parisot. Mais cela concerne 13.000 personnes et seuls 15% sont des dirigeants d'entreprises, a-t-elle relativisé. Pour la présidente du Medef, "les dividendes dont on parle sont essentiellement distribuées par les très grandes entreprises françaises". Si les PME n'en distribuent pas autant, c'est que "leur rentabilité est souvent trop faible", a-t-elle souligné. Pour créer de la dynamique salariale, son organisation propose donc de simplifier les dispositifs de l'intéressement et de la participation en les fusionnant pour les entreprises de moins de 250 salariés.
Début février, Nicolas Sarkozy avait estimé que "la règle des trois tiers est bonne : un tiers des bénéfices vont aux salariés, un tiers aux actionnaires sous forme de dividendes et un tiers sont réinvestis dans l'entreprise pour financer son développement". Le Medef avait immédiatement affiché son hostilité à une telle règle.
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