Google peut-il vous traiter d'arnaqueur?

Par , le 21 juillet 2009 à 17h49 , mis à jour le 22 juillet 2009 à 12h15

Deux entreprises associées aux mots "arnaque" par le moteur de recherches ont saisi la justice en urgence. Avec des résultats contraires...

Google suggest pas tendre avec Laure ManaudouGoogle suggest pas tendre avec Laure Manaudou © DR

Imaginez quelques instants. Vous êtes patron et vous tapez le nom de votre société dans Google pour savoir ce qu'on dit de vous sur Internet. A peine avez-vous fini de le saisir que le moteur vous propose de lancer une recherche en y associant un autre mot. "Arnaque" ! C'est ce qui est arrivé au Centre National Privé de Formation à Distance (CNFDI) et, pour cette entreprise qui propose des formations à une multitude d'emplois, la découverte n'est pas anecdotique. "C'est un préjudice énorme", explique à LCI.fr Eric Lehnisch, conseiller de l'entreprise, "depuis que Google nous associe au mot arnaque, nous estimons que notre chiffre d'affaires à chuté de 20% car nos clients sont nombreux à venir se renseigner sur Internet avant de faire appel à nous".

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Le CNFDI, une
Le CNFDI, une "arnaque" selon Google


Derrière cette suggestion qui révolte se cache une fonctionnalité astucieuse de Google. Sobrement baptisée Google Suggest, elle a été lancée l'été dernier par le moteur. Selon Google, le but de Suggest est de "deviner ce que l'internaute veut entrer dans le champ de recherches afin de lui suggérer des termes en temps réel". C'est une petite équipe du  centre de recherches de Haïfa, en Israël, qui a réussi à imposer cette nouvelle fonctionnalité très judicieuse sur les principaux sites de Google dans le monde, et même dans ses filiales comme YouTube, sur la recherche de vidéos en l'occurrence. Un coup de maître pour cette dizaine de chercheurs qui voient ainsi leur travail utilisé par des dizaines de millions d'internautes dans le monde. Et la perspective de beaucoup d'ennuis pour Google...
 
Blanc ou noir ?
 
Il y a  quelques mois, LCI.fr montrait que certaines suggestions très limites de Google risquaient bien de conduire le moteur de recherches devant la justice. Google n'hésitait pas à proposer les termes "gay", "juif", ou "nue" pour certaines célébrités, propageant ainsi des rumeurs, conduisant à des contenus nauséabonds, ou mettant à mal la vie privée des people. Mais les premières à réagir furent les entreprises...
 
Bien décidé à ne pas en rester là, le CNFDI a assigné Google en référé devant le tribunal de grande instance de Paris qui s'est prononcé le 10 juillet. Selon l'ordonnance du juge, l'expression litigieuse, à savoir "arnaque", est bien "susceptible d'avoir un connotation outrageante". Pour autant, le CNFDI a été débouté par la justice au nom de "la liberté de recevoir et de communiquer des informations". La surprise est d'autant plus grande que, comme l'ont remarqué nos confrères de PCinpact, le tribunal de Commerce de Paris a pris en référé  une décision inverse  le 7 mai dernier. Saisi par une autre entreprise, le fournisseur d'électricité Direct Energie, il a ordonné cette fois à Google de supprimer l'expression "direct energie arnaque". C'était une première en Europe mais le moteur de recherche a obtempéré.
 
Affaire de liberté
 
"Nous avons affaire à deux tribunaux  qui se positionnent très différemment sur un même sujet : la liberté d'expression", analyse pour LCI.fr maître Frédéric Forster, avocat au cabinet Alain Bensoussan. Selon lui, il n'est pas rare que la justice se contredise, surtout au bas de l'échelle judiciaire. "Le juge des référés est le juge de l'évidence qui se prononce pour mettre un terme à un trouble manifeste", rappelle Frédéric Forster. En d'autres termes, il doit agir prudemment et uniquement pour mettre fin à un préjudice en urgence, en attendant que la justice se prononce sur le fond de l'affaire, ce qui ne vient que dans un deuxième temps. Probablement à la fin de l'année pour l'affaire CNFDI.
 
Contacté par LCI.fr, Google campe sur ses positions. Le moteur reconnait des "jugements contradictoires" mais se félicite de celui qui lui a donné raison en rappelant qu'il n'a "pas été condamné à des dommages et intérêts" dans l'affaire Direct Energie. "Google n'a pas la prétention de refléter autre chose que ce qui existe sur le Net, ce que tapent les internautes, ce ne sont pas des termes sur lesquels on peut intervenir tant qu'ils ne sont pas illicites", insiste  Google France.
 
Arnaque ou pas ?
 
En somme, selon Google, si les entreprises sont associées à des arnaques, c'est qu'elles l'ont bien cherché puisque ce sont les internautes eux-mêmes qui l'ont suggéré. "Quasiment aucun forum ne parle de nous ainsi ! ", dénonce pourtant Eric Lehnisch pour le CNFDI, "parfois même c'est le nom d'un concurrent que l'on trouve associé à une arnaque mais, comme notre nom est sur la même page, il y a un amalgame". Contacté par LCI.fr, Direct Energie ne nie pas avoir eu, par le passé, des problèmes avec des commerciaux indélicats, ce qui pourrait expliquer cette mauvaise réputation sur Google. Mais le fournisseur d'électricité rend aujourd'hui des comptes : "tout abonnement donne lieu à une procédure de vérification".
 
La défense de Google n'est pas béton. Le moteur de recherche a tendance à se cacher derrière la liberté d'expression mais il n'hésite pas à modérer certaines propositions de Suggest lorsqu'elles relèvent de la haine ou de la pornographie. Google peut-il donc se considérer comme un simple hébergeur des suggestions - même très limites - des internautes alors qu'il n'hésite pas à les filtrer à l'occasion ? Peut-on laisser une entreprise privée décider de ce qui est un dérapage et ce qui ne l'est pas ? La justice devra trancher.


 

Olivier Levard

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Retrouvez ici notre article sur Google Suggest et les people...

Par Olivier Levard le 21 juillet 2009 à 17:49
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6 Commentaires

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  • Lena, le 23/10/2009 à 14h16

    Bonjour a tous je trouves personnellement je pense que c est beaucoup de bruits pour pas grand choses. depensons notre energie pour ce qui en vaut vraiment la peine.

  • El_zozo, le 22/07/2009 à 17h10

    C'est bien beau d'avoir donné raison à Direct Energie mais Google ne suggerait pas ces mots-clé par hasard. Il s'avère quand même que de nombreux sites et forums évoquent un sujet qui concerne les mots Direct Energie et arnaque... Ce qu'a demandé (et obtenu) l'entreprise, c'est que ces informations ne soient pas "trop facilement" accessibles. Un peu comme si demain une chaine de tv diffusait un reportage faisant état des comportements honteux d'une entreprise, et que cette dernière obtenait que la chaine n'ait pas le droit de diffuser de bande-annonces. Que je sache, il n'y a pas de fumée sans feu. Direct Energie n'a attaqué personne pour diffamation, ils ont juste demandé à ce que ça ne s'ébruite pas.

  • Jean-François DETOUT, le 22/07/2009 à 17h05

    Autre biais : Google peut suggérer des mots qui génèrent un maximum de revenus en AdWords en vue de maximiser leurs gains.

  • Jacques, le 22/07/2009 à 12h59

    J'avais essayé avec une grande agence immobilière française, ça marchait, mais c'était totalement justifié !

  • Eric, le 22/07/2009 à 11h19

    Il suffit tout simplement de désactiver cette fonctionnalité dans les préférences de Google, ce que j'ai fait depuis longtemps car je ne trouve pas les suggestions très pertinentes. Il faut aussi désactiver ce qu'ils appellent le "filtrage safe search" car l'air de rien, ils se permettent de décider à notre place ce qu'on doit voir ou ne pas voir.

  • Nicolas, le 22/07/2009 à 08h25

    Le souci c'est qu'en médiatisant ce problème, beaucoup de lecteurs de cet article vont essayer de faire une recherche sur google en associant ces 2 mots et de plus cet article (et d'autres) va être référencé donc la suggestion va encore plus augmenté. L'arroseur arrosé !

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