Image d'archives © TF1/LCI
Mi-septembre, le douloureux dossier a été pris en main par le gouvernement. L'entreprise s'engageait encore à lutter contre les suicides qui se sont multipliés depuis février 2008. Mais la "spirale infernale" continue. Un salarié de France Télécom s'est suicidé lundi matin en Haute-Savoie en se jetant du haut d'un viaduc surplombant une autoroute, a indiqué la préfecture, qui précise qu'il a écrit une lettre d'adieu dénonçant "le climat au sein de son entreprise". Selon le décompte des syndicats, il y a eu pas moins de 23 suicides en 18 mois, sans compter ce dernier.
Agé de 51 ans, cet employé travaillant au sein d'une centrale d'appel à Annecy s'est suicidé "en se jetant d'un pont" sur l'autoroute A41, près d'Alby-sur-Chéran, a ajouté la préfecture de Haute-Savoie. Marié et père de deux enfants, il a laissé dans la voiture "une lettre à l'attention de son épouse, dans laquelle il explique que c'est le climat au sein de son entreprise qui a rendu propice le passage à l'acte", a précisé la préfecture. "Cet homme avait été muté il y a quelques mois d'un service de relation avec les entreprises à un centre d'appel d'Annecy", a précisé Christian Pigeon, du syndicat Sud-PTT. Il a souligné que les délégués du personnel avaient déjà alerté la direction "sur la souffrance de ce salarié" (lire plus bas le récit d'un syndicaliste).
Darcos presse la direction
Ce nouveau suicide a placé une nouvelle fois le PDG du groupe, Didier Lombard, dans une position difficile. Il s'est rendu sur place, à Annecy, dans l'après-midi, pour échanger avec les collègues de travail du salarié suicidé... et a été accueilli par des sifflets et des huées de salariés (voir la vidéo). "Lombard, démission, ça suffit", proclamait une pancarte improvisée à l'entrée des locaux. Après avoir écouté les salariés, Didier Lombard a tenu dans la soirée une réunion avec les syndicats. Pressé par le gouvernement, France Télécom s'était engagé le 15 septembre à adopter des méthodes de gestion "plus humaines" pour enrayer la "spirale infernale des suicides" frappant ses salariés. Didier Lombard a cependant indiqué qu'il n'était pas possible, comme le demandent les syndicats, de mettre un terme aux "restructurations" de l'entreprise de 102.000 salariés. Il sera en tous cas entendu mardi matin par la commission des Affaires sociales du Sénat.
De son côté, le ministre du Travail Xavier Darcos a demandé lundi au à Didier Lombard d'accélérer les "négociations sur la prévention des risques psychosociaux" au sein de l'entreprise. Xavier Darcos "s'est entretenu par téléphone avec Didier Lombard en tout début d'après-midi", et lui a demandé "d'accélerer l'aboutissement des négociations sur la prévention des risques psychosociaux", a indiqué son cabinet. "L'inspection du Travail a engagé une enquête", a précisé le cabinet.
Les syndicats ont réagi lundi à ce nouveau suicide en dénonçant les conditions de travail dans cette centrale téléphonique située à Annecy-le-Vieux, dans l'agglomération d'Annecy. "C'est honteux. Il travaillait sur un plateau qui était connu depuis longtemps pour être invivable, il y avait une vraie indifférence, aucune humanité, on ne parlait que de chiffres, les salariés étaient de la chair à pâté", a réagi Patrice Diochet, de la CFTC. "Une semaine après le début de la négociation sur le stress au travail, on pensait que les managers auraient compris", a ajouté M. Diochet. "C'est quelqu'un qui a été signalé à l'entreprise comme une personne en difficulté", a-t-il précisé, évoquant le récent "basculement" de cet employé d'un service de relations avec les entreprises "vers ce plateau d'appel à Annecy".
| Récemment muté, le salarié "était livré à lui-même", selon un syndicaliste |
Récemment muté, le salarié de France Télécom qui s'est suicidé lundi ne se sentait "pas bien" dans son nouveau service, où "il était livré à lui-même" et ne reconnaissait pas son "métier", selon Danièle Rochet, déléguée SUD-Solidaires de ce service. "Jean-Paul est arrivé chez nous il y a deux ou trois mois. Son service avait fermé et on lui a proposé 'le 1016 ou le 1016'", numéro destiné aux clients professionnels de FT, ne lui laissant d'autre choix que cette centrale d'appel implantée à Annecy-le-Vieux, a expliqué Mme Rochet à l'AFP. Venu d'un service situé à Annecy où il faisait de la gestion, l'homme de 51 ans a eu "une petite formation" puis s'est retrouvé au milieu de "100 personnes sur un plateau". Selon Mme Rochet, les délégués du personnel avaient "été voir la direction il y a une dizaine de jours pour leur expliquer : 'ça ne va pas, il ne se sent pas bien'. On en a encore reparlé en réunion vendredi. La direction a dit 'On va le surveiller'". "Il disait tous les soirs : 'Je n'en peux plus, ce n'est pas pour moi'. Il m'a dit que c'était difficile, que ce n'était pas son métier", a insisté la syndicaliste, soulignant que cet homme "avait demandé un rendez-vous au médecin du travail". Pour la déléguée SUD, "quand vous arrivez d'un service public et qu'on vous dit qu'il faut vendre, qu'il faut faire 5,2 appels à l'heure, c'est ingérable". |
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