Le siège de Nestlé en Suisse. © REUTERSVoici venu le temps où les groupes industriels n'hésitent plus à faire du chantage aux Etats. Peter Brabeck, le patron de Nestlé, la plus grande compagnie de produits alimentaires au monde actuellement basée en Suisse, a déclaré que son entreprise pourrait quitter son pays d'origine. Ciel ! Mais pour quelle raison brandir la menace d'un tel déménagement ? A Berne, certains politiques, influencés par les idées récemment avancées dans l'Union européeenne, pourraient décider de plafonner les salaires des dirigeants d'entreprises. Et ça, ça ne plaît pas au PDG de Nestlé.
De fait, la crise financière et économique provoque une colère grandissante contre les salaires et les primes des dirigeants des grandes sociétés et notamment de ceux qui travaillent dans la finance. Au cours des dernières semaines, des responsables politiques de plusieurs grandes nations industrielles ont proposé d'imposer un plafonnement de ces salaires et ce point précis doit être discuté lors du prochain G20 à Pittsburgh (Etats-Unis). Mais, Mais cela n'émeut pas outre-mesure le patron de Nestlé.
"Pressions extérieures sur la Suisse"
Interrogé par le journal dominical suisse Sonntag sur les conséquences d'une telle mesure sur son groupe, Peter Brabeck joue carte sur table : "Nous serions amenés à nous demander si la Suisse est toujours pour nous le lieu le plus approprié" pour y garder le siège de la société. Nestlé, qui a son siège à Vevey (ouest), a réalisé l'an dernier un bénéfice net de 18 milliards de francs suisses (17,3 milliards de dollars, 11,9 milliards d'euros). On imagine donc le manque à gagner des pouvoirs publics et les pertes d'emplois si ce mastodonte venait à quitter la Confédération.
Selon Peter Brabeck, la caractéristique la plus attrayante de la Suisse a été la "sécurité légale" qu'elle offrait. Toutefois, ajoute-t-il, cette sécurité "qui était aussi solide qu'un bloc de granit, s'est ramollie". "Récemment, il y a eu des pressions extérieures sur la Suisse et des pressions populistes à l'intérieur, et nous avons pu constater que le gouvernement et le parlement se sont empressés de montrer leur disposition à modifier les lois", note-t-il. "C'est préjudiciable au pays. La Suisse avait la réputation de ne pas céder à ce type de pressions".
En évoquant cette "sécurité légale", le PDG de Nestlé fait allusion à l'action en justice intentée auprès d'un tribunal des Etats-Unis contre le géant du système bancaire suisse UBS. Ce dernier avait accepté de révéler l'identité de 4.450 de ses clients américains. Pour certains, cet événement a scellé la fin du légendaire secret bancaire suisse. "Il est indispensable que la sécurité légale soit restaurée en Suisse", conclut Peter Brabeck.
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