Vladimir Poutine devant la Douma, le 8 mai 2008 © LCILe Premier ministre russe Vladimir Poutine a mis vendredi au pied du mur le constructeur français Renault, propriétaire de 25% du groupe russe en difficultés Avtovaz, exigeant qu'il participe à son sauvetage, sans quoi il pourrait voir sa part du capital réduite. Examinant lors d'un conseil des ministres le sort de la maison mère de la célèbre marque Lada, mise à genoux par la crise économique, Vladimir Poutine a rappelé que le gouvernement lui avait octroyé fin mars un prêt de 25 milliards de roubles (570 millions d'euros), sans que la part de Renault ne soit diluée. Désormais, "soit (Renault et Nissan) participent à l'avenir au financement de l'entreprise, soit nous allons devoir nous mettre d'accord sur la hauteur de leur part", a-t-il déclaré, cité par les agences russes.
Le vice-Premier ministre russe Igor Chouvalov a, lors de cette réunion gouvernementale, indiqué qu'une rencontre aurait lieu lundi avec Renault et Nissan "pour examiner leurs projets concernant Avtovaz", selon l'agence Interfax. Renault, de son côté, s'est abstenu de tout commentaire. En février 2008, le groupe avait acquis 25% du capital d'Avtovaz plus une action pour une somme de 1 milliard de dollars, dans l'intention affichée de conquérir le marché russe, réputé à l'époque le plus appétissant d'Europe. Mais depuis, le secteur a été durement ébranlé par la crise économique, avec une chute vertigineuse des ventes de voitures à travers le pays. Et Avtovaz, qui était déjà dans une position inconfortable en raison de ses usines vétustes et de ses véhicules réputés de mauvaise qualité, n'a pas fait exception. Selon des chiffres publiés en juillet, sa dette a atteint 53 milliards de roubles (environ 1,2 milliard d'euros).
Participer à la restructuration ou sortir du capital
Dans ce contexte, le groupe a annoncé, le 24 septembre, qu'il s'apprêtait à sacrifier 27.600 emplois sur un total de 102.000. Pour un analyste de chez Ingosstrakh Investments, l'investissement de Renault "s'est avéré ne pas être le meilleur" que le groupe ait pu faire. Un analyste de la banque d'investissement moscovite Uralsib, estime de son côté que les déclarations de Vladimir Poutine annoncent une restructuration du secteur automobile et que Renault va de fait devoir prendre une décision. "Par conséquent, le gouvernement doit "faire le ménage" dans ses relations. (...) Cela signifie que Renault devra soit participer à la restructuration, ce qui se terminera par une position plus modeste, soit sortir du capital" d'Avtovaz, a-t-il conclu.
Les experts notent en outre que l'interpellation de Renault par Vladimir Poutine contraste avec l'offensive de charme qu'ils avaient cru déceler ces dernières semaines à l'intention des investisseurs étrangers. Le Premier ministre lui-même avait assuré mardi que l'Etat s'apprêtait à desserrer son emprise sur l'économie du pays, en mettant en œuvre un processus de privatisation.
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