Technocentre de Renault à Guyancourt © Jean DescombelsLe Technocentre avait connu fin 2006-début 2007 trois suicides de salariés. Un 4e suicide avait endeuillé le site en mars 2008. En pleine tourmente chez France Télécom, cadre d'une vague de suicides, un ingénieur de 51 ans du Technocentre Renault de Guyancourt, dans les Yvelines, s'est suicidé mercredi à son domicile. Il n'aurait pas laissé de message liant son geste à ses conditions de travail.
Ce dernier cas de suicide a été découvert mercredi soir par la famille de cet ingénieur, marié et père de deux enfants, qui était en vacances depuis le début de la semaine. Employé dans l'amélioration de la qualité au Technocentre depuis six ans, après une carrière au Mans chez Renault, il devait prendre dans les prochains jours de nouvelles fonctions, dans la conception de la future Logan, qui "correspondaient bien à ses compétences" et pour lesquelles "il avait exprimé son contentement", selon le directeur général délégué de Renault. Ce poste était "important" et il allait devoir travailler pour une douzaine d'usines dans le monde. "Je connaissais personnellement ce collaborateur et, comme tous, je suis choqué. Nous sommes en contact avec la famille et je me tiens personnellement disponible", a déclaré le directeur général délégué de Renault. Il s'est rendu au Technocentre dans l'après-midi et a rencontré son équipe, dont certains membres "culpabilisent" d'après lui, n'ayant pas vu venir ce geste.
"Une conjonction de problèmes"
"Depuis trois ans, nous avons mis en place des mesures importantes dans l'entreprise (...) Nous n'avions jamais revu autant en profondeur les dispositifs d'accompagnement et de soutien notamment en structurant cette démarche autour d'un plan d'amélioration des conditions de vie et de travail des équipes", a rappelé le directeur général délégué. Le constructeur a en effet lancé début 2007 un plan auprès de 15.000 salariés des sites d'ingénierie : création de responsables de ressources humaines de proximité, réduction des horaires d'ouverture, possibilité de signalements aux médecins du travail... "Il y a eu un nouveau drame qui nous rappelle qu'il faut continuer à être vigilant. Nous nous mobilisons tous pour d'abord comprendre ce qui s'est passé et renforcer encore la prévention", a-t-il complété. Selon lui, quand un suicide survient, en général, "c'est parce qu'il y a une conjonction de problèmes". "On ne peut pas jouer sur toutes les dimensions de la vie des gens, mais on peut jouer sur la dimension de la vie au travail", a-t-il souligné.
La CGT a salué "l'attitude humble de la direction, très différente de ce qu'on a connu à une époque", et "partage son constat d'un échec des systèmes de détection". La CFDT a jugé, elle, que "le problème de fond du système de management de l'entreprise reste entier". Les syndicats ont demandé un Comité d'hygiène et sécurité extraordinaire. D'après eux, aucun autre salarié Renault du Technocentre ne s'était donné la mort depuis la vague d'il y a trois ans. Un salarié employé par un prestataire de services travaillant au Technocentre s'était toutefois suicidé à son domicile en février 2008.
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