Christian Estrosi, secrétaire d'Etat à l'industrie. © TF1-LCIIl invente un mot pour l'occasion. "Imprivatisable". Christian Estrosi a expliqué lundi sur Europe 1 qu'il allait rendre La Poste "imprivatisable", alors que commence l'examen au Sénat en séance publique du projet de loi transformant La Poste en société par actions à capitaux publics. "Je vais faire ajouter dans le texte, qu'en application du préambule de la constitution de 1946, La Poste ne sera pas privatisable". "Je vais la rendre, c'est un mot qui n'est pas français mais que j'utilise à dessein, +imprivatisable+", a-t-il déclaré. "La Poste sera donc encore moins privatisable lorsque le texte aura été voté que dans l'état actuel", a-t-il ajouté. Après de nombreux mois de controverse, le projet de loi "relatif à l'entreprise publique La Poste et aux activité postales" arrive en séance lundi après-midi au Sénat.
Aujourd'hui, les opposants entendent donner de la voix. Devant le Sénat lui-même, où ils seront rassemblés une partie de la journée. A l'appel du Comité national contre la privatisation de La Poste, les délégations des comités régionaux doivent tenir une réunion symbolique avec pique nique, présentation du nombre de votants par région et assemblée générale. Avant, en soirée, une "happy hour citoyenne" en présence de différentes personnalités de la société civile et culturelle. Pas de répit pour les sénateurs : "On sera nuit et jour dans les tribunes pour faire une lecture critique de chaque amendement", a averti le représentant du Comité, Nicolas Galepides. Sur le plan politique aussi, la mobilisation se prépare : "On va leur pourrir la semaine", proclame-t-on au groupe socialiste. "Nous allons multiplier les prises de paroles, nous avons sonné la mobilisation générale pour faire durer le débat le plus longtemps possible et mettre la droite en minorité. La Poste, c'est le service public de proximité, il ne faut pas y toucher".
Pour le gouvernement, il s'agit de "moderniser" et "d'adapter" La Poste à l'ouverture de la concurrence. "Ce n'est pas une privatisation, l'Etat injecte des capitaux pour préserver l'entreprise publique. Le groupe est consensuel, tout va bien", assure-t-on au groupe UMP, briefé mardi en réunion par Christian Estrosi. Le Premier ministre François Fillon a écrit à tous les maires pour leur assurer que la transformation de La Poste était le "contraire d'une privatisation". Il pourra compter sur les centristes. "Nous voterons ce texte puisqu'il n'y a pas privatisation", a indiqué Jean Arthuis (Union Centriste). Mensonge pur et simple, rétorquent les syndicats et la gauche : c'est bel et bien la porte ouverte à une future privatisation, après France Télécom privatisé malgré les engagements du président de la République.
Fin de l'épique époque de l'Epic
Concrètement, le texte qui suscite cette empoignade comporte deux volets : l'un transpose la directive européenne sur l'ouverture totale à la concurrence du secteur postal en 2011. L'autre transforme La Poste, actuellement établissement public industriel et commercial, en société anonyme à capitaux public dès début 2010. Ce changement de statut permettra un apport en fonds propres de 2,7 milliards d'euros (1,2 milliard à la charge de l'Etat, 1,5 milliard venant de la Caisse des dépôts).
Le succès de la "votation citoyenne" du 3 octobre a compliqué la tâche du gouvernement. Selon le Comité national contre la privatisation (qui regroupe une soixantaine d'organisations, partis, syndicats et associations de gauche), plus de 2 millions de Français dans 90 départements ont voté, 90% se déclarant "opposés" à "toute privatisation". La gauche sénatoriale entendant capitaliser ce succès va mener un combat sous le signe de l'unité pour "empêcher tout changement de statut". Vendredi elle avait déposé plus de 620 amendements sur les 26 articles. Elle défendra trois motions de procédures ainsi qu'une "motion référendaire" visant à soumettre le texte à référendum. Cette dernière devrait, selon le PS, être déposée mardi après-midi. Lors du dépôt chaque signataire (au moins 30) doit être présent dans l'hémicycle et il est procédé à un appel nominatif. L'examen de la motion a lieu seulement le lendemain, risquant de retarder d'autant les débats.
D'après agences
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