Selon Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), 20% des accidents du travail, d'absentéisme et d'incidents divers, comme les bagarres au bureau, sont liés à des addictions. Un phénomène qui toucherait 10% des salariés. Interrogé par TF1 News, Etienne Apaire donne les conclusions de sa mission.
TF1 News : Quelles sont les dépendances dont souffrent les personnes actives ?
Etienne Apaire : Les mêmes que celles qui existent en dehors du travail. Elles touchent les personnes qui prennent des produits illicites, comme le cannabis (qui concerne 550.000 usagers quotidiens) ou encore de la cocaïne et les ecstasys. Quatre millions de personnes en France consomment également de l'alcool de façon problématique. Des addictions qui touchent principalement les 15-25 ans. Et à 25 ans, beaucoup de personnes sont déjà entrées dans le monde du travail.
TF1 News : Est-ce qu'une situation de stress au travail peut favoriser ces addictions ou sont-elles imputables uniquement à des habitudes de vie extra-professionnelles?
E.A: Il est possible que certaines addictions aient pu se développer ou s'aggraver dans le cadre d'une activité professionnelle. Mais la majorité des personnes qui souffrent d'addictions les avaient en entrant sur le marché du travail. Une situation de mal-être au bureau peut conduire certains salariés à adopter des habitudes de dépendance. Mais dans ce cas, ce sont les médicaments et non les stupéfiants, qui sont consommés.
TF1 News : Des professions sont-elles plus touchées par ces addictions?
E.A: Le sujet et un peu tabou dans le monde de l'entreprise. Cela ne fait pas très bon effet de dire qu'on emploie de salariés qui souffrent d'un problème de dépendance. Mais d'après ce que l'on sait, il y a une surreprésentation des consommateurs de produits illicites dans les métiers exposés à des stress importants ou à des pics d'activités. C'est d'autant plus vrai si le personnel est jeune. C'est le cas des marins pêcheurs par exemple ou des saisonniers dans le monde du tourisme. Le secteur de la construction et les métiers de la sécurité sont également touchés.
TF1 News : Certains secteurs d'activité ont-ils leur drogue spécifique?
E.A: Certains milieux professionnels sont traversés par des effets de mode. Les drogues de synthèse dans les milieux médicaux sont plus facilement consommées car elles sont associées aux médicaments. Pour un marin pêcheur, le risque de consommer de la cocaïne est plus important car c'est dans les ports que transite cette drogue. Aux Etats-Unis, on dépiste les policiers car ils saisissent les produits stupéfiants. Ils ont plus de risques de contracter une addiction.
TF1 News : Quels sont les impacts de ces addictions au travail ?
E.A: Elles posent avant toute chose un problème de santé publique. Des complications du cœur et des pertes de mémoire peuvent apparaître à mesure que les consommateurs vieillissent. Il y a ensuite un risque de sécurité. Les salariés peuvent être dangereux pour eux et leur entourage quand ils conduisent une voiture dans un état second, par exemple. Enfin, il y a dangerosité pour celui qui achète le produit fabriqué par un salarié sous addiction. Il y a quelques années, du temps où les voitures étaient construites par des ouvriers à la chaîne, on disait qu'il ne fallait pas acheter des automobiles construites le lundi à cause d'éventuels week-ends bien arrosés.
TF1 News : Quelles mesures sont envisagées pour combattre ces addictions ?
E.A: Employeurs et syndicats doivent en parler. En Belgique des conventions d'entreprise viennent d'être signées avec des programmes de prévention mis en place. Il faut également mettre en contact les salariés avec les dispositifs de soin. Une addiction se soigne comme une maladie, Il faut en parler. Plus on intervient tard, plus il est difficile de soigner et de conserver la personne souffrante d'addiction dans l'entreprise.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




