Espionnage industriel : Renault va porter plainte

le 06 janvier 2011 à 08h51 , mis à jour le 06 janvier 2011 à 21h56

Renault compte "inévitablement" déposer plainte dans l'affaire d'espionnage industriel qui a conduit à la mise à pied de 3 dirigeants. Le ministre de l'Industrie a, lui, évoqué une "guerre économique".

Technocentre RenaultImage d'archives © TF1

Bien que la nature des faits reprochés aux trois salariés de Renault demeure pour le moins flou, l'affaire dite d'espionnage chez Renault est prise très au sérieux par le ministre de l'Industrie. "Oui, malheureusement, l'affaire paraît sérieuse", a affirmé Eric Besson sur RTL jeudi, en indiquant en avoir discuté avec la direction générale de Renault. "L'expression guerre économique, parfois outrancière, là pour le coup est adaptée", a-t-il ajouté, indiquant avoir demandé aux services de Bercy de renforcer les obligations en matière de sécurisation du secret industriel pour les entreprises bénéficiant d'argent public.

Plus d'infos

  
Refusant d'évoquer plus avant les faits en raison de la présomption d'innocence, il a simplement souligné qu'une mesure de "mise à pied à titre conservatoire" avait été prise contre les trois cadres du groupe incriminés. "Il semble que cela concerne la voiture électrique, mais je ne veux pas aller plus loin". Renault se refuse pour l'instant à livrer le moindre détail précis sur cette affaire en raison de l'enquête interne en cours, mais une porte-parole du groupe a évoqué mercredi des "faits graves" tout en précisant qu'aucune plainte officielle n'avait été déposée à ce stade.

De son côté, Renault va "inévitablement" déposer plainte dans cette affaire , a annoncé sa direction dans une déclaration transmise jeudi soir à l'AFP. "Sur un plan juridique, nous sommes en train d'étudier toutes les options qui conduiront inévitablement à un dépôt de plainte", indique le directeur juridique du groupe, Christian Husson, dans cette déclaration. Selon des sources proches du dossier, l'enquête interne aurait permis de prouver que des informations, mettant en cause l'intérêt de l'entreprise, auraient été transmises à l'extérieur. Un des cadres concernés fait partie du comité de direction de Renault et un autre travaille sur le programme des véhicules électriques, le programme phare du constructeur français, selon ces sources. Les suspensions sont intervenues lundi et les cadres visés ont été sommés de quitter leurs bureaux immédiatement, ont rapporté d'autres sources. Renault va commercialiser en milieu d'année deux modèles en version électrique, la berline familiale Fluence et l'utilitaire Kangoo Express.

Identité des trois salariés "préservée"

Jeudi, la direction de Renault n'a pas minimisé la portée de la mise à pied des trois salariés de l'entreprise, sans toutefois valider la thèse de l'espionnage. L'affaire porte sur des "faits très graves", a affirmé Christian Husson, le directeur juridique et déontologue du groupe, dans une déclaration. "Ils justifient une décision conservatoire (...) dont l'objet premier est de protéger, sans attendre, les actifs stratégiques, intellectuels et technologiques de notre entreprise", a-t-il poursuivi à propos de la mise à pied des trois cadres dirigeants incriminés. Selon lui, l'enquête, qui a duré plusieurs mois, "a permis d'identifier un faisceau d'éléments convergents attestant que les agissements de ces trois collaborateurs étaient contraires à l'éthique de Renault, et mettaient en risque consciemment et délibérément des actifs de l'entreprise".

Le directeur juridique précise que cette décision, prise à l'issue d'une  investigation déclenchée par le comité de déontologie du groupe, est le résultat d'une procédure "parfaitement normée, très rigoureuse et (qui) garantit le respect des principes éthiques édictés" par le constructeur. Il ajoute que Renault "entend respecter et préserver l'identité des trois cadres concernés" conformément aux dispositions du Code du Travail, alors même que leur nom est déjà largement divulgué dans la presse. "La procédure avance, mais à ce stade, Renault ne souhaite pas faire davantage de commentaires", conclut-il.

Dans un courrier électronique au personnel, le numéro 2 de Renault, Patrick Pélata, a appelé jeudi ses salariés à la réserve dans l'affaire. "J'attends de chacun d'entre vous une attitude digne et responsable qui respecte la procédure en cours et la réserve à laquelle nous sommes tenus dans l'intérêt de tous", écrit M. Pélata dans ce message. "De nombreuses rumeurs circulent au sein de l'entreprise depuis que nous avons annoncé la mise à pied conservatoire de trois cadres du groupe. Ces rumeurs sont de nature à porter atteinte à l'image et à l'efficacité de notre entreprise", souligne-t-il.

Besson veut renforcer les obligations des entreprises sur le secret industriel

Le ministre de l'Industrie entend renforcer les obligations en matière de secret industriel pour les entreprises bénéficiant d'argent public.  "J'ai demandé à l'administration de Bercy de bien vouloir renforcer les obligations de protection des entreprises industrielles qui demandent l'aide de l'Etat, qui nous demandent une contribution financière pour innover", a déclaré jeudi à la presse Eric Besson. "Il est probable que nous aurons d'autres mesures à prendre, je vais y travailler dans les jours qui viennent", en indiquant qu'il comptait "faire de ce dossier un chantier majeur". "L'intelligence économique devient l'un des sujets majeurs de la décennie à venir", a encore déclaré le ministre, en marge du colloque "Nouveau monde, nouveau capitalisme".

le 06 janvier 2011 à 08:51
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

9 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • innervisions, le 06/01/2011 à 23h35

    Tout le monde pense que ces 3 cadres ont donné des infos à des concurrents. Mais c'est courant dans le secteur automobile que des ingénieurs ou cadres donne des infos aux journalistes de la presse automobile. Sinon, comment il serait déjà possible de connaitre les caractéristiques techniques de la future Pagani C9 (et son châssis en carbonium) ou de la remplaçante de la Lambo Murcielago. Ca me fait penser également à la manière dont un cadre d'Apple avait accidentellement oublié son iPhone 4 à un bar, comme par hasard récupéré par un journaliste de Gizmodo...et ce, quelques mois, que personne n'avait vu auparavant et ce bien avant l'annonce officielle lors du Keynote. Idem pour l'ipad 2, tout le monde connait déjà les nouveautés alors qu'apple maintient son soit disant secret sur cet appareil.

  • diktatur, le 06/01/2011 à 16h16

    Etonnant,hier on nous parlait de la France premier espion industriel d'Europe,aujourd'hui c'est l'inverse! à ne plus rien comprendre!

  • kosotto1, le 06/01/2011 à 15h20

    C'est plus compliqué que cela : "une alerte éthique portée à la connaissance du 'compliance committee'

  • andre-victor, le 06/01/2011 à 14h55

    En tant que "remède", la ministre Valérie Pécresse proposait ce matin de confier aux universités les missions de recherche... Pour sîr que de cette manière, on assurera la confidentialité des recherches, avec des étudiants-chercheurs de nationalité étrangère, et qui seront encoire beaucoup plus sensibles à des tentations financières !!!!

  • paqueu, le 06/01/2011 à 14h38

    Quelle affaire ténébreuse. Voila que l'on (ministre compris) tombe dans les romans d'espionnage. On en fait une affaire d'état mais on ne donne pas les noms, c'est quoi tout ça. Cherche t'on à faire passer en douceur les hausses de prix de mois de janvier?

  • oche74, le 06/01/2011 à 14h36

    Cela n'est pas nouveau, petit rappel souvenez vous du concorde et du Tupolev soviétique dans les années 70. Le problème c'est qu' en France il ne fallait jamais parler d'espionnage industriel devenu intelligence économique maintenant. Personne ne voulait voir la réalité en face.

  • baal_, le 06/01/2011 à 12h59

    On sait pas de quoi il s'agit mais on sait que les mots sont adaptés ... Dans les milieux autorisés, Coluche, toussa ...

  • alain-paris, le 06/01/2011 à 12h11

    Bizarre, pas un seul commentaire dénonçant les saboteurs de notre économie qui font de nous la risée de l'univers tout entier comme c'est le cas quant il y a la moindre grève

  • candidebucarest, le 06/01/2011 à 10h32

    Et on apprend grace à Wikileaks relayé par LCI que la France est championne de l'espionnage industriel !

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience