Boeing rafle le "contrat du siècle" sous le nez d'Airbus

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ (avec agence), le 25 février 2011 à 06h06 , mis à jour le 25 février 2011 à 12h39

Dans la lutte opposant depuis des années le constructeur européen à son rival Boeing pour remporter le contrat des avions ravitailleurs de l'armée américaine, c'est Boeing qui a été choisi : un contrat de plus de 30 milliards de dollars. Airbus a une dizaine de jours pour faire appel.

L'annonce du choix de Boeing pour équiper l'armée de l'air américaine (24/02/2011)L'annonce du choix de Boeing pour équiper l'armée de l'air américaine (24/02/2011) © TF1/LCI

 
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Est-ce la fin de la guerre ? Probablement. Mais il ne faut jurer de rien dans un dossier qui a vu s'opposer pendant une décennie les géants américain et européen de l'aéronautique, Boeing et Airbus, pour rafler le "méga-contrat" des ravitailleurs de l'armée américaine. Reste que si le groupe EADS a encore dix jours pour faire appel, il semble pouvoir tout au plus bloquer un certain temps encore l'attribution définitive du contrat à son ennemi juré.

Le choix du gouvernement américain a été officialisé jeudi soir par le secrétaire à l'Armée de l'air, Michael Donley, lors d'un point presse au Pentagone : "Aujourd'hui, a-t-il déclaré devant les journalistes, sur la base de critères bien évalués (...) nous annonçons que l'Armée de l'air a choisi la proposition avancée par l'entreprise Boeing". Et il a tenu à préciser d'emblée que la commande avait été attribuée au terme d'un processus de sélection "équitable, ouvert et transparent", espérant que "les deux parties respecteront cette décision et permettront à cette importante acquisition d'avancer sans obstacle". Quant au secrétaire adjoint à la Défense, William Lynn, il a assuré que "Boeing l'emporte haut la main", comme pour tenter de désamorcer l'appel que tout le monde attend de la part du groupe EADS.

Un contrat à haute teneur politique

Les ravitailleurs américains KC-135 à remplacer sont en exercice depuis près d'un demi-siècle et doivent impérativement trouver leurs successeurs. D'où le match sans merci qui opposait depuis des années Boeing à l'avionneur européen dans un interminable bras-de-fer à l'enjeu énorme. Le contrat porte sur 179 appareils, pour un prix évalué à plus de 30 milliards de dollars. Dix-huit avions devront être livrés d'ici 2017. Outre la fourniture des appareils, Boeing devra en assurer l'entretien, ce qui représente un contrat courant sur  plusieurs dizaines d'années. Jeudi soir, le groupe s'est dit "honoré" par la décision du Pentagone et d'ores et déjà "prêt" à produire les appareils demandés.

Dans ce match de titans, tous les coups étaient permis. Y compris et surtout les coups politiques... et les arguments en termes d'emplois. Boeing avait plutôt les faveurs des démocrates et, associé à 800 fournisseurs répartis dans une quarantaine d'Etats, il vantait un avion tout américain, mettant en avant les emplois créés aux Etats-Unis : 50.000 au total. Airbus, qui cherchait plutôt ses soutiens côté républicain, assurait que son projet créerait 48.000 emplois aux Etats-Unis, et soulignait que l'usine d'assemblage prévue à Mobile, dans l'Alabama, apporterait un ballon d'oxygène à une région qui a été durement frappée par la marée noire dans le golfe du Mexique. L'européen mettait de plus en avant les performances supérieures de son appareil par litre de carburant, assurant aller au-delà des 372 exigences minimales fixées par le Pentagone.

Un avion qui "n'a jamais volé"

Ce dossier a ainsi déjà vu l'intervention de personnages aussi médiatiques et redoutables que le sénateur John McCain, candidat malheureux à la présidentielle américaine mais à la compétence reconnue sur les dossiers militaires. Il s'était alors révélé un allié de poids pour les Européens, en soulevant des soupçons de manoeuvres frauduleuses lors d'une précédente victoire de Boeing. Le dossier relancé, c'est EADS, associé à l'américain Northrop Grumman, qui avait remporté en février 2008 l'appel d'offres concernant les avions ravitailleurs. Mais l'opération avait de nouveau été annulée à la suite de protestations de Boeing à propos des règles de procédure.

Cette fois encore, l'annonce de cette nouvelle victoire de Boeing a été immédiatement saluée par des déclarations politiques : Patty Murray, sénatrice de l'Etat de Washington  où Boeing a prévu de construire les ravitailleurs dans son usine d'Everett, s'est félicitée de ce qu'elle a qualifié de "victoire majeure pour les travailleurs américains, l'industrie aéronautique et spatiale américaine et l'armée américaine". Silence radio en revanche du côté des élus de l'Alabama... Le président du syndicat AFL-CIO, Richard Trumka, a salué pour sa part "un énorme coup de pouce pour les travailleurs américains et l'objectif du président Obama de créer des emplois dans le pays".

Faisant remarquer que l'avion de Boeing n'a jamais volé, EADS s'est dit "déçu" et "inquiet" de la décision américaine, sans indiquer s'il comptait faire appel, comme il en a la possibilité. La commission de la Défense de la Chambre des représentants a annoncé en tout cas qu'elle allait organiser une audition pour s'assurer que l'évaluation faite par le Pentagone a bien été "transparente et juste pour chaque concurrent".

EADS "perplexe"

Le président exécutif d'EADS, Louis Gallois, s'est dit "déçu et perplexe" vendredi après la décision mais a assuré que cela ne changeait pas "la trajectoire économique" du groupe européen. Il a en outre indiqué que la décision de faire appel ou non n'était pas encore prise. A la Bourse, le marché sanctionnait en tout cas cette déception :

 
 

 



 

 

 

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ (avec agence) le 25 février 2011 à 06:06
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72 Commentaires

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  • bugscannes, le 27/02/2011 à 16h09

    Bien naif qui pouvait esperer le contraire !!!!

  • __camille__, le 26/02/2011 à 15h12

    Qu'y a-t-il d'anormal dans le fait que l'armée de l'air américaine choisisse un constructeur de son propre pays? Cela me semble être la logique et prudence même. Nous aurions fait la même chose en France si nous avions un constructeur national d'avion gros porteur. En cas de conflit, l'armée ne doit en aucun cas être dépendante d'un pays étranger, fut-il ami.

  • mirliton23, le 25/02/2011 à 19h48

    Attention :un seul composant MADE IN CHINA et le contrat explose a bon entendeur salut

  • 1337sysop1337, le 25/02/2011 à 19h13

    Vous n'avez rien compris... Il s'agit d'intelligence économique et de protectionnisme point barre. La libre concurrence n'existe que pour les fous...

  • ten75, le 25/02/2011 à 19h05

    Au dela du coté qualitatif , il va sans dire que dans le Militaire , il vaut mieux produire soit meme , car etre dépendant d'un pays , qui peut couper les vivres de matériel militaire au gré des alliances est dangereux , achèterions nous des F16

  • niets, le 25/02/2011 à 19h02

    Evidemment le protectionnisme americain a encore sevi,un jour ou l'autre il faudra leur rendre la raison,ils ne sont pas seuls au monde.

  • vladkr, le 25/02/2011 à 18h56

    Si seulement les pays Européens, le Royaume Uni en tête avaient le courage de claquer la porte du JSF-F35 (qui d'ailleurs est un véritable échec technique et financier) en représailles... et d'acheter européen.

  • axellume, le 25/02/2011 à 18h42

    Je ne pense pas

  • axellume, le 25/02/2011 à 18h39

    La France a un sacré' retard pauvre de nous Ils y en a beaucoup qui sont responsable (je ne vais pas faire un dessin)

  • fdd66, le 25/02/2011 à 18h02

    Il me semble que les négociations datent de beaucoup plus de 3 ans ( au moins 10 ans ) . Sarkop n'était pas aux manettes. Donc commentaire hors sujet. Note 0/20

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