TF1 News : Pourquoi, selon vous, les opérateurs historiques peuvent tirer leur épingle du jeu avec la sortie de l'iPhone 5 d'Apple ?
Adrien Bourreau, senior consultant chez Kurt Salmon, spécialiste du secteur des télécommunications : La sortie de l'iPhone 5 va bouleverser ce qui est en train de s'installer durablement, notamment les offres sans engagement proposées par Free et par les low cost (Sosh, B&You,...). Ce modèle n'est pas adapté pour les clients qui veulent avoir un iPhone 5.
Car l'offre sans engagement se fait sans subvention de téléphone portable, au contraire des offres avec engagement sur 12 ou 24 mois. Celles avec subvention pourraient revenir à la mode avec l'iPhone 5. C'est la première piste envisageable : que les opérateurs subventionnent un peu plus l'iPhone 5 pour garder ou gagner des clients. Car les offres sans engagement proposent des téléphones mais avec un crédit renouvelable, et les clients finissent par les payer au prix du marché.
Une autre opportunité pour eux vient de la compatibilité du nouveau téléphone d'Apple avec la norme 4G européenne. Il permettra donc de proposer des forfaits mobiles avec la 4G, sur lesquels les opérateurs historiques ont bien avancé, au contraire de Free, alors que le lancement est prévu début 2013. (*)
Une piste passe par le rachat des terminaux d'occasion des abonnés afin qu'ils bénéficient d'un iPhone 5 à meilleur prix. C'est quelque chose que propose déjà Orange, Bouygues et SFR.
Une autre marge de manœuvre, c'est de s'appuyer sur la fidélité de leurs abonnés, qui peuvent utiliser des points pour avoir une remise sur l'iPhone 5. Tout en sachant que ceux qui ont déjà un iPhone sont plus à risque. Mais l'iPhone 5 est beaucoup plus attendu que le 4S.
TF1 News : Précisément, aujourd'hui, beaucoup de monde a déjà un iPhone... Est-ce qu'une sixième version d'un même portable peut vraiment changer quelque chose ?
Adrien Bourreau : Ne pas proposer l'iPhone 5 serait clairement un gros risque pour les opérateurs. Ceux qui ne le proposeront pas au lancement vont s'en mordre les doigts. SFR et Orange ont annoncé qu'ils l'auront le 21 septembre. Et Xavier Niel, le patron de Free, veut également l'avoir dès son lancement et la laissé entendre.
On s'attend à 10 millions de ventes dans le monde dès les premières semaines. Depuis sa sortie, le Galaxy S3 s'est vendu à 20 millions d'exemplaires, l'iPhone ira donc encore plus vite.
TF1 News : Mais la sortie d'un téléphone peut-elle vraiment changer la donne face au grand chambardement causé par l'arrivée de Free ?
Adrien Bourreau : Je ne pense pas véritablement. Il faut tout d'abord faire une comparaison entre les offres avec subvention des téléphones portables, et les crédits renouvelables. Ce nouveau modèle de crédit renouvelable de Free n'est pas perçu de la même manière par les consommateurs. La majeure partie des personnes qui ont pris un abonnement chez Free ont gardé leur téléphone portable. Et ce crédit n'a pas très bonne presse : il faut remplir un formulaire, prouver que l'on est solvable, passer par un opérateur de crédit,... il y a eu des problèmes au lancement. Alors que le modèle de subvention des téléphones est spécifique à la France et est ancré chez le consommateur : il n'y a pas de dossier, pas le besoin d'avoir deux interlocuteurs... Aujourd'hui on ne peut pas encore mesurer les effets de ce crédit. La sortie de l'iPhone 5 permettra de voir si ce modèle fonctionne.
Après, est-ce suffisant pour changer la donne ? Je pense que non. La fidélité par l'engagement n'est pas forcément la solution des opérateurs. Ils devraient privilégier la fidélité par la satisfaction, en baissant les offres, par la qualité du réseau, en termes d'accompagnement, par des services innovants,... La sortie de l'iPhone 5 est une opportunité pour les opérateurs historiques de revenir sur le devant de la scène.
(*) La compatibilité 4G de l'iPhone 5 n'était finalement qu'une rumeur, cette interview ayant été réalisée avant la sortie effective du téléphone, les opérateurs historiques ne pourront donc pas saisir cette opportunité, faisait remarquer Adrien Bourreau jeudi matin.











