Mixité dans les conseils d'administration : "Il faut dire aux femmes d'oser"

Par Propos recueillis par Léa GIRET, le 20 septembre 2011 à 19h23 , mis à jour le 21 septembre 2011 à 18h13

Interview - Marie-Claude Peyrache est co-responsable d'un programme qui promeut l'intégration des femmes dans les conseils d'administration des grands groupes français. Selon son baromètre, le nombre de femmes dans les CA des grandes entreprises a progressé en 2011, mais risque de stagner.

TF1 News : Vous venez de réaliser un baromètre qui mesure la progression du nombre de femmes dans les conseils d'administration des grandes entreprises françaises. Que révèle cette étude ?


Marie-Claude Peyrache, co-responsable du programme BoardWomenPartners : L'un des points positifs est la progression du nombre de femmes dans les conseils d'administration. Dans les entreprises du CAC 40, la barre des 20% d'administratrices sur l'ensemble des membres des CA a été franchie cette année. Ce taux était de 14% en 2010. Un chiffre en avance sur les objectifs fixés par la loi Copé-Zimmerman, votée en 2010, qui exigeait d'avoir atteint ce seuil dans trois ans. La progression est moins forte dans les entreprises du SBF 120 (Les 120 entreprises françaises les plus importantes NDLR). Mais la tendance est tout de même positive.


TF1 News : Vous estimez que l'objectif des 40% de femmes en 2017, ce qu'exige la loi, sera difficile à atteindre. Pourquoi ?


Marie-Claude Peyrache : La barre est assez haute. Il faudrait que les entreprises du CAC 40 maintiennent leurs recrutements au même rythme dans les années à venir, c'est-à-dire intégrer 23 femmes par an. Une cinquantaine par an pour le SBF 120. Le CAC 40 devrait se tenir au ratio de 70% de femmes parmi les nouveaux entrants chaque année. C'est beaucoup. Les profils recherchés par les recruteurs sont des profils de femmes étrangères, ayant un très haut niveau opérationnel, ou bien des "noms" très connus sur le marché.  Des profils qu'on a déjà écrémé. En ce qui concerne les exigences de niveau opérationnel, c'est délicat puisque les femmes sont très peu nombreuses dans les comités exécutifs.  


TF1 News : Pourquoi les entreprises ne révisent par leurs critères de recrutement ?
 

Marie-Claude Peyrache : Quand les entreprises recrutent des "noms" ou des femmes qui ont fait leurs preuves en occupant des postes à hautes responsabilités, elles ne prennent pas de risques. C'est une garantie en cas de problème. Si elles choisissent des profils plus atypiques, des personnes avec des parcours différents ou encore des femmes très compétentes mais dans l'ombre, leur image peut en pâtir. Ces risques prennent du temps à être pris.


TF1 News : Comment améliorer la situation ?


Marie-Claude Peyrache : Notre programme prétend y participer. Il s'agit de donner plus de visibilité aux femmes qui occupent de lourdes responsabilités mais sont par exemple juste en-dessous du comité exécutif. Le problème aujourd'hui, c'est que personne ne "trouve" ces femmes, ni les chasseurs de tête, ni les recruteurs, même si elles sont très compétentes. Au quotidien, nous allons donc voir les présidents du CAC 40 et du SBF 120 et nous leur demandons quelles sont les femmes qui pourraient rejoindre le CA d'ici 3 ans. Un président d'une autre entreprise accompagne chacune de ces femmes. Elles acquièrent donc une "double-visibilité". Et ça marche : une femme que nous accompagnons et qui vient d'intégrer un conseil d'administration me disait récemment que le fait de citer le nom de son mentor l'a tout de suite placée en tête de liste. Elle était en quelque sorte adoubée par le sérail des présidents. C'est un double-bénéfice : une fois que ces femmes sont détectées, parfois, on les nomme à des postes à plus haute responsabilité par la suite.


TF1 News : Le désir de concilier vie professionnelle et vie privée n'est-il pas aussi un frein pour certaines femmes ?


Marie-Claude Peyrache : Je crois que non. Elles font face à leurs contraintes. En revanche, le problème, souvent, c'est qu'elles ne rêvent pas autant d'entrer au conseil d'administration que leurs collègues masculins. Il y a aussi un problème d'autocensure. Souvent, quand un président propose à une femme de faire partie de ce programme, elle nous disent : "Pourquoi moi ? Vraiment, vous pensez que je peux ?" Il faut dire aux femmes : "Osez". Nous espérons que les 12 femmes  qui ont intégré un conseil d'administration depuis 3 ans vont devenir des "rôles modèles", à l'instar de Christine Lagarde ou Mercedes Erra, et inciter les autres à se lancer.

Conseil d'administration et conseil exécutif : qu'est-ce que c'est ?

Le conseil d'administration définit la stratégie de l'entreprise dans ses grandes lignes. Il a un triple-rôle : d'orientation, de conseil et de contrôle. Il doit garantir la fiabilité des comptes et de toute l'information financière. Il nomme les dirigeants exécutifs, évalue leur travail et fixe leur rémunération. Il prépare la transmission des pouvoirs lorsque la direction change. Il rend compte de ses activités aux actionnaires. De son côté, le comité exécutif décide, autour du directeur général, les actions concrètes à mener pour atteindre les objectifs. Il rassemble les responsables de toutes les divisions opérationnelles. Il s'occupe de stratégie, mais à plus court terme que le conseil d'administration.

Par Propos recueillis par Léa GIRET le 20 septembre 2011 à 19:23
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