Dans le secteur de la volaille, Doux est un nom incontournable. Tous les petits éleveurs du grand Ouest de la France qui travaillent avec ce groupe sont de quasi-employés, puisque Doux est leur unique client. Et avec le placement en redressement judiciaire du groupe, vendredi dernier, à sa demande, ils craignent de tout perdre. Tout, c'est-à-dire notamment les frais engagés pour élever les poussins que le groupe leur fournit pour les élever, et à qui ils doivent normalement le revendre. Etranglés, ils n'ont pas été payés depuis 11 mois. Et ils redoutent aujourd'hui que cette ardoise ne soit jamais honorée. Les salariés, eux, craignent aussi d'être emportés par la crise que traverse Doux. Ils sont au nombre de 3400.
Face à ces milliers d'emplois potentiellement menacés, le gouvernement cherche une solution... en vain pour l'instant. Il a déjà déploré vendredi la "décision personnelle" de Charles Doux qui a refusé un "apport de 35 millions d'euros" - l'entreprise estimant pour sa part que les plans de refinancement proposés "reposaient sur des solutions à court terme qui n'offraient pas de garanties suffisantes". Evoquant dimanche une "situation d'urgence", avec des salariés et des éleveurs risquant d'être "bernés" par la décision de la direction du groupe de déposer son bilan sans plus attendre, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a annoncé l'envoi ce lundi des "deux animateurs de la cellule d'appui à la filière volaille que j'ai créée à Nantes et à Rennes" pour "veiller au respect des droits et à la préservation de l'avenir" des éleveurs. Le comité interministériel de restructuration industrielle jouera le même "rôle pour les salariés et l'outil de production".
Quelles solutions ?
Premier bénéficiaire français des aides de la Politique agricole commune avec 55 millions d'euros en 2011, mais devant faire face à 340 millions d'euros de créances bancaires, auxquelles s'ajoutent les sommes dues à une partie de ses fournisseurs et qui s'élèveraient à plusieurs millions d'euros selon les syndicats, l'entreprise a tenté sans succès ces derniers jours de trouver un accord avec ses partenaires et ses créanciers en vue d'une recapitalisation. La majeure partie des dettes du groupe, numéro cinq mondial à l'exportation, qui diffuse 50% de la production de volaille du grand Ouest de la France à travers une centaine de pays, proviennent de son implantation brésilienne où ses créances bancaires s'élèvent à 200 millions d'euros. Cette filiale brésilienne acquise en 1998 a été cédée récemment en location-gérance au géant de l'agro-alimentaire brésilien JBS Friboi. Le groupe doit également faire face à 140 millions de créances auprès de la banque Barclays, qui se dit extrêmement "déçue" par la décision de Doux de réclamer un redressement judiciaire. "Cette décision a été prise unilatéralement, sans consultation des parties prenantes travaillant au sauvetage de l'entreprise", a déclaré la banque dans un communiqué.
La nomination la semaine dernière de Jean-Charles Doux, fils de Charles Doux, comme directeur général pour remplacer Guy Odri, a toutefois été favorablement perçue par les syndicats qui estiment qu'une partie des difficultés, provoquées par la hausse des coûts des aliments, provient également d'une mauvaise gestion. La vente de certaines branches du groupe pourrait être envisagée, notamment dans le secteur des produits frais qui intéresserait le groupe concurrent LDC.









