Jean-Jacques Servan-Schreiber est mort à l'âge de 82 ans © TF1/LCI"Celui qui voulait tout changer" : tel est le titre d'une biographie de ce touche-à-tout dont les amis saluaient l'inventivité et l'énergie, et dont les adversaires pointaient la versatilité. Jean-Jacques Servan-Schreiber, patron de presse et homme politique, auteur du "Défi américain", est mort dans la nuit de lundi à mardi à Fécamp, en Seine-Maritime, à l'âge de 82 ans. Atteint d'une bronchite, il avait été admis dimanche dans l'hôpital de Fécamp, alors qu'il passait le week-end dans sa demeure familiale à Veulettes-sur-Mer.
Atteint d'une dégénérescence cérébrale qui affectait sa mémoire, mais demeuré conscient et passionné jusqu'au bout par l'actualité selon sa famille qui refusait de parler d'Alzheimer, JJSS n'apparaissait plus guère en public. Il partageait sa retraite entre son domicile de Neuilly-sur-Seine et la maison normande de Veulettes-sur-Mer, après avoir jusqu'en 1995, enseigné à l'université Carnegie Mellon de Pittsburgh en Pennsylvanie.
"Le défi américain"
"JJSS" aura eu une carrière politique en zig-zag : député de Nancy, président de la région Lorraine, ministre de quelques jours sous Valéry Giscard d'Estaing, qu'il avait connu à polytechnique dont il fut l'élève en 1943. A peine élu à Nancy en 1970, après une campagne électorale à l'américaine qui avait bousculé les habitudes françaises, JJSS était allé intrépidement défier Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux, où il avait été sévèrement battu. Il fut aussi un militant de la décolonisation et ancien des Forces françaises libres.
Il avait publié en 1967 "Le défi américain", où il analysait les risques d'un retard face au formidable développement technologique des Etats-Unis. Traduit en une quinzaine de langues, l'ouvrage sera un best-seller inattendu et durable. Il sera suivi du "Défi mondial" dans lequel JJSS évoquait notamment le décollage du Japon.
Père de quatre garçons
Cet entrepreneur-né était l'héritier d'une famille influente, petit-fils d'un secrétaire du chancelier allemand Bismarck, fils d'Emile Servan-Schreiber, directeur des Echos. Il était, rappelle son fils Franklin, d'une fratrie de 5 enfants comptant Brigitte Gros, sénateur des Yvelines, décédée, l'écrivain Christiane Collange, le patron de presse Jean-Louis Servan-Schreiber, créateur notamment du magazine Psychologies.
JJSS était lui-même père de quatre garçons, nés de son second mariage avec Sabine de Fouquières : David, neuro-psychologue qui a signé le méga-hit "Guérir", Emile, Franklin, qui a travaillé au CIO, et Edouard, qui a collaboré à un livre avec Madeleine Chapsal, première épouse de son père. Cette dernière avait consacré à JJSS en 2004 un livre au titre-programme, "L'homme de ma vie".
Un incomparable surdoué
Car JJSS fut aussi un séducteur, grand amour de la femme de lettres Françoise Giroud qui tentera de mettre fin à ses jours après leur rupture. C'est avec elle qu'il avait fondé en 1953 L'Express. Il avait 29 ans seulement et fera de ce journal innovant le laboratoire de ses idées. Il dirigera cet hebdomadaire jusqu'en 1969 avant de devenir président (1970-1971) puis PDG du Groupe Express (1974-1977). L'hebdomdaire est le premier news magazine français.
Partisan de Pierre Mendès-France, JJSS fut mobilisé en 1957 en Algérie et avait d'emblée engagé son journal dans la lutte pour la décolonisation. Il était aux yeux de ses adversaires, gaullistes notamment, un "turlupin", selon le mot de Jacques Chirac. Pour ses admirateurs, ce passionné d'Amérique et de nouvelles techniques était un incomparable surdoué.
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(D'après agence)
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