Le groupe Bolloré censure un papier sur la police

Par D.H. (avec agence), le 04 juin 2007 à 13h10 , mis à jour le 04 juin 2007 à 17h55

La direction a confirmé lundi avoir refusé de publier dans son quotidien gratuit Matin Plus un article sur les déboires de roms avec la police de Roissy.

Vincent Bolloré entrée Havas juin 2005

L'information est donc confirmée en haut lieu. La direction de Bolloré Média a indiqué lundi avoir refusé de publier dans le quotidien gratuit Matin Plus, qu'elle détient majoritairement, un article sur les déboires de musiciens roms avec la police de Roissy. Raison invoquée : celui-ci était "extrêmement désagréable pour la France".

La non parution de cet article rédigé par la rédaction de l'hebdomadaire Courrier international, conformément aux accords en vigueur entre les deux titres, a été révélée par le chef du service Europe de l'Est de Courrier International, Alexandre Lévy, sur son blog. Matin Plus est issu d'un partenariat entre le groupe Bolloré (à 70%) et Le Monde (à 30%). Plusieurs pages du quotidien sont réalisées par des journalistes du Monde et de Courrier International, filiale du Monde.

"Petite censure" ou "journal neutre" ?

Selon Alexandre Lévy, l'homme d'affaires Vincent Bolloré, ami proche de Nicolas Sarkozy qui avait disposé de son bateau après l'élection du 6 mai, a refusé de publier cet article relatant les mésaventures de musiciens roms retenus pendant plusieurs heures par la police de Roissy. La raison de cette "petite censure, franche et décomplexée" est qu'on ne pouvait "pas parler de la sorte de la police française" selon Alexandre Lévy.

"Nous avons passé des accords avec le Monde et Courrier International qui prévoient que nous ne touchons jamais aux articles qu'ils nous transmettent. En revanche, nous pouvons décider de les passer ou de ne pas les passer", répond Jean-Christophe Thiéry, directeur général de Bolloré Média. "C'est la première fois que nous avons utilisé ce droit", ajoute-t-il.

Comparaison avec "ce qui se passait au temps de l'URSS"

"Nous avons une charte éditoriale prévoyant que nous faisons un journal neutre. Là, on avait un article qui était extrêmement désagréable pour la France parce qu'il comparait ce que faisaient ses fonctionnaires à ce qui se passait au temps de l'URSS", a-t-il expliqué. Pour Jean-Christophe Thiéry, le rédacteur en chef de Matin Plus Serge Nedjar "a pris la décision de ne pas passer l'article et cette décision a été évidemment confortée par Vincent Bolloré" et par lui-même.

Sur son blog, Alexandre Lévy expliquait que cet article "sélectionné et édité par Courrier International devait être publié en vertu d'un accord qui lie les deux publications, donnant à Courrier une totale liberté quant aux choix des sujets et des articles traduits". Alexandre Lévy ajoutait que d'après ses sources, "c'est le boss lui-même qui a pris la responsabilité de ne pas publier le papier".

De source syndicale à Courrier International, on précise que la société des journalistes réunie lundi a jugé indispensable la publication de cet article dans Matin Plus. Elle a demandé au directeur de la rédaction Philippe Thureau-Dangin de soutenir cette position auprès de Vincent Bolloré qu'il doit rencontrer mardi. En cas de refus de la part de M. Bolloré, la SDJ pourrait demander à faire jouer une clause de déontologie incluse dans le contrat de revente de contenus liant Courrier International et Le Monde. Vendredi dernier, l'intersyndicale SNJ/SNJ-CGT de l'hebdomadaire avait dénoncé "la censure" et demandé à sa direction et à celle du groupe Le Monde "de faire respecter la liberté d'expression et l'indépendance éditoriale".

Par D.H. (avec agence) le 04 juin 2007 à 13:10
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

14 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Alain, le 06/06/2007 à 06h38

    Bonjour l'article n'est vraiment pas méchant. On raconte un peu de zèle policier. PAs de quoi remuer quoi que ce soit. Curieux le sort qui en a étéfait voici le lien http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=74237#

  • Emile Zola, le 06/06/2007 à 02h54

    Monsieur Bolloré assume ses décisions. Nul n'empêche un autre journal (Charlie Hebdo, le Canard Enchaîné par exemple) de publier cet article. On appelle celà la liberté de la presse.

  • William, le 05/06/2007 à 16h27

    Un journaliste a un pouvoir sur l'opinion publique et doit avoir une certaine déontologie. Comparer la police française à la police de l'ex-Urss est une insulte à tous ces policiers qui sont victimes au quotidien de violences. Que va retenir le lecteur ? Il faut savoir que la loi encadre les policiers comme le veut une démocratie ce qui n'était pas le cas dans l'ex-URSS. Je félicite M. BOLLORE pour sa position courageuse.

  • Aldo, le 04/06/2007 à 23h08

    Si on ne peut pas parler des abus commis par certains policiers, il ne faut pas s'etonner qu'ils continuent. Et encore, Bolloré a censuré une bavure légère. Qu'est-ce que ça doit etre pour des faits plus graves? On en entend même pas parler.

  • Pascal, le 04/06/2007 à 16h35

    Censure, autocensure, pressions, coups de fil entre copains... Les conditions de vie des roms vont penser à l'ex-URSS?... l'état de la liberté de la presse aussi...

  • Lou, le 04/06/2007 à 15h57

    Bravo, au nom de quoi ce monsieur se permet d'interdire des articles je pense que ce type de reactions est tout aussi penalisant pour la france quand on veut donner des leçons de "savoir-faire" à d'autres pays. Peut-être que M. Bolloré est garant de la bonne conduite du gouvernement de M. Sarkozy pendant 5 ans ?

  • Jean.A, le 04/06/2007 à 15h55

    La censure,c'est aussi un droit!il y en a de partout.On ne peut pas dire nimporte quoi du moment qu'on est journaliste.Le journalisme,c'est un metier passionnel, c'est aussi etre plus proche de la vérité dans ses papiers!!!Alors pourquoi en faire un flan?

  • Pierre, le 04/06/2007 à 14h54

    Si on ne peut même plus cracher sur la France tranquillement et trainer la police dans la boue alors ça va très très mal, en effet ! Le truc marrant c'est que ceux qui évoquent l'URSS pour parler de dictature sont souvent à gauche de la gauche. Comprenne qui pourra ...

  • Pascal, le 04/06/2007 à 14h50

    Censure, autocensure, coups de fil. Plus que la condition des roms, c'est l'état de la liberté de la presse qui fait penser à l'ex-URSS.

  • Alain, le 04/06/2007 à 14h50

    J'approuve!! Trop de démocratie...tue la démocratie.

Lire tous les commentaires

      logAudience