
L'information est donc confirmée en haut lieu. La direction de Bolloré Média a indiqué lundi avoir refusé de publier dans le quotidien gratuit Matin Plus, qu'elle détient majoritairement, un article sur les déboires de musiciens roms avec la police de Roissy. Raison invoquée : celui-ci était "extrêmement désagréable pour la France".
La non parution de cet article rédigé par la rédaction de l'hebdomadaire Courrier international, conformément aux accords en vigueur entre les deux titres, a été révélée par le chef du service Europe de l'Est de Courrier International, Alexandre Lévy, sur son blog. Matin Plus est issu d'un partenariat entre le groupe Bolloré (à 70%) et Le Monde (à 30%). Plusieurs pages du quotidien sont réalisées par des journalistes du Monde et de Courrier International, filiale du Monde.
"Petite censure" ou "journal neutre" ?
Selon Alexandre Lévy, l'homme d'affaires Vincent Bolloré, ami proche de Nicolas Sarkozy qui avait disposé de son bateau après l'élection du 6 mai, a refusé de publier cet article relatant les mésaventures de musiciens roms retenus pendant plusieurs heures par la police de Roissy. La raison de cette "petite censure, franche et décomplexée" est qu'on ne pouvait "pas parler de la sorte de la police française" selon Alexandre Lévy.
"Nous avons passé des accords avec le Monde et Courrier International qui prévoient que nous ne touchons jamais aux articles qu'ils nous transmettent. En revanche, nous pouvons décider de les passer ou de ne pas les passer", répond Jean-Christophe Thiéry, directeur général de Bolloré Média. "C'est la première fois que nous avons utilisé ce droit", ajoute-t-il.
Comparaison avec "ce qui se passait au temps de l'URSS"
"Nous avons une charte éditoriale prévoyant que nous faisons un journal neutre. Là, on avait un article qui était extrêmement désagréable pour la France parce qu'il comparait ce que faisaient ses fonctionnaires à ce qui se passait au temps de l'URSS", a-t-il expliqué. Pour Jean-Christophe Thiéry, le rédacteur en chef de Matin Plus Serge Nedjar "a pris la décision de ne pas passer l'article et cette décision a été évidemment confortée par Vincent Bolloré" et par lui-même.
Sur son blog, Alexandre Lévy expliquait que cet article "sélectionné et édité par Courrier International devait être publié en vertu d'un accord qui lie les deux publications, donnant à Courrier une totale liberté quant aux choix des sujets et des articles traduits". Alexandre Lévy ajoutait que d'après ses sources, "c'est le boss lui-même qui a pris la responsabilité de ne pas publier le papier".
De source syndicale à Courrier International, on précise que la société des journalistes réunie lundi a jugé indispensable la publication de cet article dans Matin Plus. Elle a demandé au directeur de la rédaction Philippe Thureau-Dangin de soutenir cette position auprès de Vincent Bolloré qu'il doit rencontrer mardi. En cas de refus de la part de M. Bolloré, la SDJ pourrait demander à faire jouer une clause de déontologie incluse dans le contrat de revente de contenus liant Courrier International et Le Monde. Vendredi dernier, l'intersyndicale SNJ/SNJ-CGT de l'hebdomadaire avait dénoncé "la censure" et demandé à sa direction et à celle du groupe Le Monde "de faire respecter la liberté d'expression et l'indépendance éditoriale".
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