Pierre Jeantet et Bruno Patino, candidats à la succession de Jean-Marie Colombani à la tête du Monde © DRD'un coté Bruno Patino (à gauche), 42 ans, de l'autre Pierre Jeantet (à droite), tout juste 60 ans. Malgré son jeune âge, le premier est un cumulard : président du Monde Interactif, président et directeur de Télérama et, depuis peu, directeur de l'Ecole de journalisme de l'Institut d'études politique de Paris. Le second est un ancien journaliste devenu gestionnaire d'un grand groupe de presse régional, Sud-Ouest.
Les deux sont en quelque sorte "du sérail" puisque le père de Bruno Patino était réalisateur de radio tandis que celui de Pierre Jeantet était éditeur. Là s'arrête la comparaison. Car si Pierre Jeantet commence directement sa carrière dans le journalisme en entrant en 1972 à l'AFP, Bruno Patino, un doctorat de science politique et son diplôme de l'Essec en poche, se lance d'abord dans la finance avant de travailler pour l'ONU à New York. Ce n'est qu'en 1994 qu'il change de cap et devient correspondant au Chili pour le journal Le Monde.
Des styles différents
Pierre Jeantet suit le chemin inverse. Après avoir pris du galon au sein de la rédaction de l'AFP, il prend ses distances avec le journalisme et rejoint l'encadrement de l'Agence. Il devient secrétaire général puis directeur général adjoint. Il passe par L'Expansion en 1990 avant de rejoindre le groupe Sud-Ouest en 1993. Ce n'est qu'en 2002, au décès du PDG, qu'il prend la tête du groupe et se lance dans un plan de modernisation. Qui s'accompagnera de quelques grèves. Bien plus tard que Bruno Patino, Pierre Jeantet rejoint Le Monde en 2005 et en devient le directeur général.
Différence de parcours, différence de style aussi. Les collègues de l'AFP de Pierre Jeantet le dépeignent comme quelqu'un "très maître de lui-même" et doté d'un humour teinté d'ironie, "qui regardait d'un air presque amusé sa propre ascension". Ses détracteurs parlent, eux, de "manque de charisme". Le sexagénaire est par ailleurs peu connu des rédacteurs du Monde. La plupart ne l'ont rencontré qu'une seule fois, à l'occasion de la présentation du gratuit Matin Plus, collaboration du Monde et du groupe Bolloré. A la ville, Pierre Jeantet est marié, père de trois enfants et passionné de Wagner.
Partenaires ou adversaires ?
Peu d'informations personnelles filtrent sur Bruno Patino. Ses multiples casquettes lui laisseraient-elles peu de temps pour le reste ? Et quand l'hyperactif s'ennuie, il écrit. Non pas des romans mais un essai sur "Une presse sans Gutenberg" co-écrit avec Jean-François Fogel. Son arrivée à Télérama en 2003 avait à l'époque était ressentie comme une mise au pas de l'hebdomadaire culturel par son nouvel actionnaire majoritaire, Le Monde. Cela avait valu au quadra le surnom "d'Al Patino". Ses lunettes rondes et son visage de jeune premier lui donnent droit à un second patronyme : "Harry Papotter". Magie ou pas, c'est lui que choisira le directeur de l'IEP Paris au printemps 2007 pour diriger son école de journalisme.
Aujourd'hui, l'un des deux hommes doit convaincre les actionnaires mais aussi les rédacteurs du Monde de lui faire confiance. A moins qu'un "ticket" associant les deux candidats ne voie le jour. L'un et l'autre ont déjà fait part de leur intention de collaborer si l'un d'entre eux était élu. "Il y en a un qui est plus jeune que l'autre, à qui on peut ouvrir des perspectives pour l'avenir", explique-t-on en interne. Bruno Patino, pourrait par exemple se voir offrir un poste de numéro deux aux fonctions élargies. En attendant.
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