Le site de El Jueves publiant la caricature saisie par la justice du couple princier et un édito l'expliquant, le 20 juillet 2007 © DRL'affaire fait grand bruit en Espagne. Et les principaux quotidiens s'en sont emparés ce week-end pour souligner l'effet finalement contreproductif de la décision. Au lendemain de la saisie ordonnée par la justice du numéro de la revue satirique El Jueves moquant la couronne par une caricature montrant en Une le couple princier en pleine relation sexuelle, si la plupart condamnait samedi un dessin de mauvais goût, tous jugeaient la décision de justice "inutile".
D'autant qu'elle fait en définitive "la publicité et contribue à la diffusion de la caricature" qui s'est aussitôt retrouvée sur tous les sites d'informations, selon El Pais (proche du gouvernement socialiste) qui la juge par ailleurs de mauvais goût. Mais "prétendre que l'utilisation satirique des personnages royaux (...) doit tomber sous la férule du code pénal est aujourd'hui indéfendable". El Mundo (de droite), raille en Une "la résonance mondiale" donnée par le juge à une "blague grossière". "Le dessin, qui jusqu'ici (la revue est sortie en kiosque mercredi, ndlr) avait été vu par quelques milliers de personnes, s'est retrouvé sur de nombreuses pages web, (...) et il est désormais certain que des dizaines de millions de citoyens l'ont vu", affirme le journal. Seul le conservateur ABC, à tendance royaliste, soutenait samedi la décision.
"Inquisitorial, franquiste"
Quant à l'hebdomadaire satirique, il se demandait sur son site si on était bien le 20 juillet 2007, époque à laquelle ils revendiquent d'explorer les "limites de la liberté d'expression". "Nous admettons que nous puissions (la) dépasser. Les risques du métier (...) Mais... une saisie ?!", s'insurge El Jueves face à la sévérité de la décision de justice. Le quotidien catalan El Periodico suit le même raisonnement et critique une décision "anachronique", renvoyant à l'époque du franquisme ou des premières années de la transition démocratique, tandis que la Fédération espagnole des Syndicats des Journalistes a qualifié cette action "d'inquisitoriale" et "d'anti-démocratique", rappelant, selon elle, une époque révolue.
Il faut dire que de telles décisions de justice à l'encontre de la presse sont rares en Espagne. La dernière saisie pour injure contre la famille royale date de 1986 et a visé l'hebdomadaire satirique El Crocodilo. Le juge espagnol qui en a décidé ainsi vendredi a estimé que ce dessin était "une atteinte à l'honneur et à la dignité des personnes représentées", et n'était "pas nécessaire" pour la "formation de l'opinion publique". Le ministère public avait quant à lui estimé que la revue représentait le couple dans une "attitude clairement dénigrante et objectivement infamante, pouvant constituer un délit".
Le propos de cette caricature est railler la politique nataliste du gouvernement socialiste de José Luis Zapatero. Moquant les 2.500 euros offerts par le gouvernement pour chaque enfant, le dessin montre le prince disant à son épouse : "tu te rends compte ? Si tu tombes enceinte, je n'aurais jamais été aussi près de la sensation de travailler".
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