© www.sxc.huC'est une lutte acharnée et quasi-silencieuse. Elle a pour cadre les murs et les rues de Paris, et vient de franchir une étape cruciale. Quoi de commun, a priori, entre des élus parisiens, des groupes écologistes et des sociétés d'affichage comme JC Decaux ? Première réponse : le projet Vélib', bien sûr. Mais au-delà se profile tout le problème de la publicité en milieu urbain - secteur à circonscrire pour les uns, marché convoité pour les autres. Avec une sensibilité exacerbée à Paris, ville capitale et vitrine à vocation internationale. "L'espace public est rare et cher", note Charlotte Nenner, élue Verts de Paris et spécialisée dans les questions d'affichage ; "et le fait que les discussions concernent Paris renforce ces enjeux".
"Légitime révolte"
<b>Reportage -</b> Face aux alliances objectives entre collectifs "citoyens" et élus locaux contre la publicité en ville, les afficheurs font le dos rond.
Publié le 29/11/2007
Une phase de cette lutte s'était jouée avec le déploiement du projet Vélib'. Une autre se joue en ce moment même. Il s'agit de la révision du règlement local de publicité (RLP). La loi donne une large latitude aux municipalités pour réglementer le nombre et la disposition des panneaux, ainsi que pour définir les zones "ouvertes" (dites "zones de publicité élargie") ou à protéger. A Paris, la révision du RLP, prévue depuis des années, est en cours. Un projet de restriction drastique du nombre d'emplacements (-20%) et de la taille des panneaux (avec la disparition programmée des plus grandes tailles, les "4x3") a été présenté ce mercredi à la Commission des sites, qui se réunit sous l'autorité du Préfet de Paris. Résultat sans appel pour ce vote : 16 pour, 6 contre, 2 abstentions - et "des débats très animés", selon Charlotte Nenner. Prochain rendez-vous le 17 décembre, et conclusion prévue avec l'adoption du texte par le Conseil de Paris.
Paris très en retard sur Londres
| "...matraqués avec une centaine d'amendements déposés au dernier moment..." |
Le texte présenté ce mercredi à la Commission des sites avait été voté peu auparavant par un groupe de travail où siègent élus, associations comme Paysages de France, et professionnels représentés par l'UPE. Or, s'indigne Stéphane Dottelonde, "le groupe de travail existe depuis 2003 et tout s'est joué en une seule séance. D'un seul coup, on nous a matraqués avec une centaine d'amendements, déposés au dernier moment, et l'on se retrouve avec un projet extrêmement restrictif. Tout s'était bien passé avec le projet Vélib', tout le monde se félicitait du financement par la publicité... Et voilà qu'on nous assène que les panneaux grand format vont devoir disparaître d'ici 2017, au terme de la concession. Pour l'opérateur JC Decaux, ce n'est pas très loyal".
"Qu'on ne me dise pas qu'il y a eu un débat démocratique"
Pierre-Jean Delahousse, président de l'association Paysages de France, réplique que le fameux groupe de travail est resté en sommeil deux ans... Il y avait donc du retard à rattraper. Quant à Charlotte Nenner, elle s'amuse : "La disparition des 4x3, c'est une de nos plus vieilles revendications. Que les afficheurs ne viennent pas nous dire qu'ils la découvrent au dernier moment". Quid de la concession Vélib' ? "Personnellement, glisse Charlotte Nenner, je n'ai jamais été favorable à ce financement. Pourtant, ce projet était si important pour les Verts de Paris qu'ils l'ont voté en l'état. Mais nous avions plutôt le sentiment d'être mis devant le fait accompli..." Un prêté pour un rendu, en quelque sorte. Et pas de larmes pour l'opérateur.
| "Je pense que Delanoë ne doit pas être très à l'aise avec ça" |
Mais outre la loi, le calendrier du projet de révision n'est pas neutre. A l'évidence, l'approche des municipales a joué. D'où cette réunion tenue dans l'urgence et l'adoption de multiples amendements qui ont laissé les afficheurs étourdis. "Nous avions des contacts avec la Ville de Paris, et j'avais cru comprendre qu'ils avaient non seulement le souci de protéger l'environnement, mais aussi celui de préserver le dynamisme économique. D'un seul coup, tout ceci n'existe plus", s'offusque Stéphane Dottelonde. "Il y a un contexte pré-électoral, je le constate, je n'ai pas à m'en mêler. Mais je pense que Delanoë, lui-même ancien publicitaire, ne doit pas être très à l'aise avec ça. Et la façon dont les choses se sont passées a ébranlé certains conseillers municipaux, de la majorité comme de l'opposition. Qu'on ne me dise pas qu'il y a eu un débat démocratique et transparent. Même la Chambre de commerce de Paris a protesté".
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