Les journalistes empêchant la parution des Echos, le 5 novembre 2007 © LCI |
| Les explications de la secrétaire de la société des journalistes |
Inutile de chercher Les Echos dans vos kiosques ce matin. Les salariés du quotidien ont bloqué sa parution lundi soir, "extrêmement choqués" par l'annonce de la vente du titre au géant du luxe LVMH pour 240 millions d'euros par son actuel propriétaire, le groupe britannique Pearson. "Pearson a toujours dit qu'un journal était une communauté de journalistes. Manifestement, il l'a oublié", a déclaré le président de la Société des journalistes, Vincent de Féligonde. Une assemblée générale doit avoir lieu dans la journée.
David Bell, le représentant de leur nouveau propriétaire, venu assister à un comité d'entreprise mardi au siège du quotidien, a été accueilli sous les huées. "Je comprends et Pearson comprend très bien vos points de vue et nous en tenons compte depuis quatre mois", a-t-il dit lors d'une brève allocution en anglais. "Je sais que vous n'êtes pas d'accord et je le respecte, mais nous avons négocié avec LVMH le meilleur accord en terme d'indépendance éditoriale de tous les journaux en Europe", a-t-il déclaré, régulièrement interrompu par des salariés le huant ou criant "Mensonge !".
"Nous avons appris la vente par une dépêche AFP, puis Pearson nous a envoyé un mail à 20H16 lundi, juste avant le bouclage. Certains d'entre nous ne l'ont appris que ce matin en écoutant la radion ou en regardant la télé. On ne nous a toujours pas annoncé officiellement la vente. C'est du mépris !", s'est insurgé un journaliste.
Droit de véto pour la rédaction
Particulièrement unis, les salariés des Echos sont vent debout depuis quatre mois contre un repreneur dont ils craignent une mainmise éditoriale. Cette rédaction ordinairement discrète a multiplié pétitions de personnalités, conférences de presse, tribunes, pour expliquer son opposition à la vente, allant jusqu'à faire grève à trois reprises. Mi-juillet, elle a massivement apporté son soutien à l'offre concurrente déposée par le groupe financier Fimalac, sollicité par la direction de la rédaction. Supérieure de 5 millions d'euros à celle de LVMH, cette offre n'a jamais été examinée par Pearson, lié au géant du luxe par une clause d'exclusivité.
Le groupe Les Echos a affiché en 2006 un résultat d'exploitation en progression de 18,4% par rapport à 2005. Si elle n'a pas empêché la vente, la mobilisation des salariés des Echos a conduit LVMH à assortir son offre d'importantes garanties sur l'indépendance éditoriale et sur le maintien des effectifs. Le groupe s'est notamment engagé à octroyer à la rédaction un droit de veto sur la nomination du directeur de la rédaction, et il a promis qu'aucune mesure de licenciement économique n'interviendrait durant les trois prochaines années. Pearson et LVMH ont précisé lundi que l'opération devrait être finalisée "d'ici à la fin de l'année". Le groupe de Bernard Arnault doit en effet obtenir le feu vert des autorités de la concurrence et céder La Tribune, le principal concurrent des Echos. Le nom du repreneur pressenti pour La Tribune sera dévoilé jeudi au comité d'entreprise du quotidien.
D'après agence
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