Pierre Jeantet et Bruno Patino, candidats à la succession de Jean-Marie Colombani à la tête du Monde © DRCette nouvelle crise s'est déclenchée mercredi à l'occasion d'une réunion du conseil de surveillance pour examiner les comptes du groupe, en situation financière particulièrement difficile. Six mois à peine après son élection, le directoire du Monde, composé de Pierre Jeantet (président), Bruno Patino (vice-président) et Eric Fottorino (directeur du quotidien), a présenté mercredi sa démission au conseil de surveillance du groupe, constatant "son incapacité à pouvoir exercer ses responsabilités face aux prises de position publiques et réitérées de la Société des rédacteurs du Monde (SRM)". La SRM est le premier actionnaire de la holding de tête du groupe (Le Monde Partenaires et associés).
Le directoire "avait prévu de présenter à l'ensemble des actionnaires les mesures de redressement et de restructuration nécessaires pour assurer la pérennité de nos titres", a indiqué le groupe. Mais selon des sources internes, la réunion s'est déroulée dans une ambiance extrêmement tendue. Et finalement, démission de l'"éxecutif". Celle-ci sera effective le 4 janvier à minuit.
Emoi en interne
Pierre Jeantet a expliqué que la décision avait été prise "avant d'entrer dans ce conseil lorsque nous avons appris que la société des rédacteurs refusait de voter le budget du monde interactif et mettait en cause l'organisation et la stratégie de cette filiale". "La question est d'avoir les moyens de fonctionner à un moment qui est difficile dans la presse. Nous avons des mesures importantes à prendre et devons être soutenus par nos actionnaires", a ajouté Pierre Jeantet, qui avait été élu en juillet. Le président de la Société des rédacteurs du Monde, Jean-Michel Dumay, a jugé que cette démission "prenait appui sur un prétexte disproportionné".
En mai dernier, les dirigeants s'étaient fermement opposés à la reconduction de Jean-Marie Colombani à la présidence du directoire pour un troisième mandat, critiquant sa politique d'acquisitions tous azimuts, qui a conduit à un endettement de 150 millions d'euros. La rédaction avait effectivement posé son veto à sa réélection, plongeant le Monde dans une difficile crise de succession. Pendant plusieurs semaines, les actionnaires internes (les différentes sociétés de personnel du groupe) et les actionnaires externes, plutôt favorables à M. Colombani, avaient âprement débattu pour parvenir à lui trouver un successeur. Ils s'étaient finalement entendus sur un ticket Jeantet-Patino, le premier acceptant de laisser sa place au second à mi-mandat.
Pierre Jeantet s'était alors engagé à travailler en priorité au désendettement du groupe. Pour ce faire, il a notamment revendu les Journaux du Midi (Midi Libre, L'Indépendant...) à Sud Ouest pour 90 millions d'euros. Mais vendredi dernier, il a déclaré devant l'Association des journalistes médias que la "lecture des bilans (du groupe plaidait) pour une recapitalisation" qui serait "idéalement de 75 millions d'euros". Des déclarations qui ont provoqué un vif émoi en interne, où elles ont été interprétées comme une volonté d'évincer les journalistes de la gestion du groupe et une "menace implicite sur l'indépendance des rédactions", selon les syndicats.
Retour MYTF1
Chargement en cours...





