Le Monde : six mois après, le directoire claque la porte

Par D.H. (avec agence), le 19 décembre 2007 à 22h13 , mis à jour le 19 décembre 2007 à 23h06

L'"exécutif" du Monde a présenté sa démission mercredi, ouvrant une nouvelle crise avec les journalistes du quotidien, 1ers actionnaires du groupe.

Pierre Jeantet et Bruno Patino, candidats à la succession de Jean-Marie Colombani à la tête du MondePierre Jeantet et Bruno Patino, candidats à la succession de Jean-Marie Colombani à la tête du Monde © DR

Cette nouvelle crise s'est déclenchée mercredi à l'occasion d'une réunion du conseil de surveillance pour examiner les comptes du groupe, en situation financière particulièrement difficile.  Six mois à peine après son élection, le directoire du Monde, composé de Pierre Jeantet (président), Bruno Patino (vice-président) et Eric Fottorino (directeur du quotidien), a présenté mercredi sa démission au conseil de surveillance du groupe, constatant "son incapacité à pouvoir exercer ses responsabilités face aux prises de position publiques et réitérées de la Société des rédacteurs du Monde (SRM)". La SRM est le premier actionnaire de la holding de tête du groupe (Le Monde Partenaires et associés). 
 
Le directoire "avait prévu de présenter à l'ensemble des actionnaires les mesures de redressement et de restructuration nécessaires pour assurer la pérennité de nos titres", a indiqué le groupe. Mais selon des sources internes, la réunion s'est déroulée dans une ambiance extrêmement tendue. Et finalement, démission de l'"éxecutif". Celle-ci sera effective le 4 janvier à minuit.

Emoi en interne
 
Pierre Jeantet a expliqué que la décision avait été prise "avant d'entrer dans ce conseil lorsque nous avons appris que la société des rédacteurs refusait de voter le budget du monde interactif et mettait en cause l'organisation et la stratégie de cette filiale". "La question est d'avoir les moyens de fonctionner à un moment qui est difficile dans la presse. Nous avons des mesures importantes à prendre et devons être soutenus par nos actionnaires", a ajouté Pierre Jeantet, qui avait été élu en juillet. Le président de la Société des rédacteurs du Monde, Jean-Michel Dumay, a jugé que cette démission "prenait appui sur un prétexte disproportionné".
 
En mai dernier, les dirigeants s'étaient fermement opposés à la reconduction de Jean-Marie Colombani à la présidence du directoire pour un troisième mandat, critiquant sa politique d'acquisitions tous azimuts, qui a conduit à un endettement de 150 millions d'euros. La rédaction avait effectivement posé son veto à sa réélection, plongeant le Monde dans une difficile crise de succession. Pendant plusieurs semaines, les actionnaires internes (les différentes sociétés de personnel du groupe) et les actionnaires externes, plutôt favorables à M. Colombani, avaient âprement débattu pour parvenir à lui trouver un successeur. Ils s'étaient finalement entendus sur un ticket Jeantet-Patino, le premier acceptant de laisser sa place au second à mi-mandat.
 
Pierre Jeantet s'était alors engagé à travailler en priorité au désendettement du groupe. Pour ce faire, il a notamment revendu les Journaux du Midi (Midi Libre, L'Indépendant...) à Sud Ouest pour 90 millions d'euros. Mais vendredi dernier, il a déclaré devant l'Association des journalistes médias que la "lecture des bilans (du groupe plaidait) pour une recapitalisation" qui serait "idéalement de 75 millions d'euros". Des déclarations qui ont provoqué un vif émoi en interne, où elles ont été interprétées comme une volonté d'évincer les journalistes de la gestion du groupe et une "menace implicite sur l'indépendance des rédactions", selon les syndicats.

Par D.H. (avec agence) le 19 décembre 2007 à 22:13
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5 Commentaires

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  • Jean Bonnot, le 21/12/2007 à 10h17

    L'engagement syndical ou politique des journalistes tuera en premier lieu la presse écrite, la plus exposée. Chacun est libre de scier sa branche.

  • Bean, le 20/12/2007 à 11h18

    Bravo! C'est une décision juste et honnête. Il n'y a aucune raison d'endosser les responsabilités quand on n'a pas le pouvoir de décision. Si le SRM est si intelligent, qu'il sauve le journal lui-même!

  • Pouponnet, le 20/12/2007 à 10h51

    Le "Monde" à des problèmes financiers, celà est normal, car ce journal est complêtement à "gauche", et il y a de moins en moins de gauchistes, don il vend moins de journaux, de plus le gouvernement étant de droite, les subventions publiques qu'il recevait auparavant sont supprimées, je ne verserais pas une larme si ce journal trop engagé politiquement disparaissait

  • Yves, le 20/12/2007 à 03h53

    Vu d'aujourd'hui,voyez vous la difference d'epoque entre Jurassic Park et Sirius/ Beuve Mery ? moi,non, c'est egalement lointain dans le passe .Colombani avait voulu redresser le Monde en le rendant plus "piple",resultat: il l'a "desidentifie",on ne sait plus si c'est Liberation ou l'Aurore,ou encore Paris Match ou l'Economist! Depuis peu le PS reconnait le marche ,il serait bon que Le Monde choisisse le sien...il faut un choix politique et des capitaux qui l'enterinent...le marche existe,puisque c'est le PS qui vous le dit!

  • Liberte, le 19/12/2007 à 23h27

    Je respectait Le Monde comme l'un des des quotidiens les plus serieux et les plus equlibres. Depuis quelques annees maintenant, l'equilibre de neutralite s'est rompu, la qualite a chute et mon respect egalement. Les journalistes en syndicats confondent les genres, gare au peril.

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